France

Attentat contre Charlie Hebdo: la peur d'une récupération sécuritaire

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 10.01.2015 à 16 h 29

Repéré sur La Quadrature du Net, AFP (via Les Echos), Rue89

Le Premier ministre Manuel Valls, en compagnie de la ministre de la justice, Christiane Taubira et du ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, le 8 janvier 2015. REUTERS / Philippe Wojazer

Le Premier ministre Manuel Valls, en compagnie de la ministre de la justice, Christiane Taubira et du ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, le 8 janvier 2015. REUTERS / Philippe Wojazer

Trois terroristes ont tué 17 personnes et en ont blessé plusieurs autres entre mercredi 7 et vendredi 9 janvier. Le Premier ministre, Manuel Valls «a affirmé vendredi [matin] qu'"il sera sans doute nécessaire de prendre de nouvelles mesures" pour répondre à la "menace" terroriste, après l’attentat contre Charlie Hebdo», explique l'AFP.

Le Monde revient également sur d'autres annonces:

«Il est légitime que l’on se pose des questions sur notre propre arsenal, il ne faut pas partir de l’idée que rien ne peut bouger, mais il ne faut surtout pas improviser », avait confié [Manuel Valls avant son intervention au journal de 20 heures, vendredi soir] à des journalistes, précisant que le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, allait "réunir les spécialistes [des questions de sécurité] des groupes parlementaires pour voir ce qui peut évoluer".»

Mais dans un article publié sur son site, la Quadrature du Net, une association qui défend les droits et libertés des citoyens sur le net lance déjà un appel à ne pas tomber dans le tout répressif, et éviter la récupération sécuritaire:

«La Quadrature du Net met en garde solennellement le gouvernement de Manuel Valls contre toute tentative de récupération politique de ce terrible événement par l'instauration de nouvelles lois d'exceptions. Depuis 1986 chaque acte terroriste a été suivi d'une loi antiterroriste, lesquelles entraînent systématiquement un recul des libertés fondamentales au prétexte de la sécurité. Aujourd'hui, la dernière loi votée en novembre n'est même pas encore entrée en application que le gouvernement en annonce déjà de nouvelles, sans prendre le moindre temps de réflexion ou de mise à l'épreuve de la réalité, des effets ou de l'efficacité de ces lois.»

L'erreur serait de reproduire ce qu'ont fait les Américains en votant le Patriot Act, un peu plus d'un mois après les attentats du 11 septembre 2001. «N’oublions pas que le 11 Septembre a donné aux Etats-Unis le Patriot Act, et tout ce qu’il signifie en termes de restriction des libertés publiques et d’abaissement des exigences démocratiques», avertit ainsi Jean-Pierre Dubois, juriste et président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, qu’il a dirigée entre 2005 et 2011, dans une interview sur Rue89.

Comme l'écrit Eric Leser sur notre site:

«Le Patriot Act a donné au complexe sécuritaire américain des pouvoirs exorbitants, inconstitutionnels, sans contrôles ou presque et sans opposition dans les premiers temps. C’est évidemment quelque chose auquel il faudra faire attention en France: la raison d’Etat alimentée par la psychose et la peur est toujours dangereuse. Mais les contextes sont tout de même très différents.»

Jean-Pierre Dubois, lui, préférerait que l'on adopte la réponse espagnole après les attentats de Madrid, en 2004, qui avaient tué 191 personnes:

«Aujourd’hui, quand vous marchez dans les rues de Madrid, vous voyez moins de policiers qu’à Paris avant le massacre à Charlie Hebdo. Ça n’a pas été la réponse choisie par les Espagnols. L’hystérie sécuritaire ne protège pas.»

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