France

Après l'attentat contre Charlie Hebdo, redécouvrons notre unité

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 08.01.2015 à 17 h 43

On nous prédit le pire: une aggravation de l’islamophobie, une radicalisation encore plus grande du débat public, une nouvelle montée du Front national. Mais un autre scénario est possible.

Un homme tient une pancarte de soutien à Charlie Hebdo sur la place de la République à Paris, le 7 janvier 2015. REUTERS/Christian Hartmann.

Un homme tient une pancarte de soutien à Charlie Hebdo sur la place de la République à Paris, le 7 janvier 2015. REUTERS/Christian Hartmann.

L’onde de choc après le massacre à Charlie Hebdo sera, est déjà, de longue portée. Elle atteint une société malmenée, mal à l’aise avec elle-même, divisée. Sachant cela, plus encore dans un contexte médiatico-intellectuel dominé par les prophètes de malheur, la plupart des éditorialistes européens et américains annoncent le pire: une aggravation de l’islamophobie, une radicalisation encore plus grande du débat public et, bien sûr –c’est devenu quasiment un réflexe à chaque moment difficile– une nouvelle montée du Front national.

Mettons de côté les conséquences politiques de l’attaque du 7 janvier pour essayer de regarder le corps social. A l’appui de la thèse mécaniste qui voudrait que cette tragédie creuse un peu plus les clivages français, il y a bien sûr le fait que, pour le plus grand nombre, il n’y a guère de différence entre «islam modéré» et islamiste extrémiste, entre des citoyens pratiquant simplement leur religion et ceux qui, par tous les moyens, veulent en découdre, ici et en Syrie.

Il y a aussi un contexte d’avant le drame nourri chaque jour par un carburant anti-islam: assimilation islam-immigration, amalgame islam-terrorisme, etc, jusqu’à ceux qui confondent le respect pour les quelques trois millions et demi de Français musulmans des droits à pratiquer leur religion et la complaisance vis-à-vis de terroristes. Laquelle serait le fait de celles et ceux qui, peut-être plus simplement, craignent la montée du racisme. Ce qui ne signifie pas ignorer qu’un islamo-fascisme est en marche.

Pourtant, un autre scénario est possible. Il est celui d’une unité redécouverte. Comme si le pays, soumis à un dramatique électrochoc, retrouvait tout à coup ses réflexes républicains et reprenait conscience de ce que sont ses propres valeurs. C’est l’image que donnent aujourd’hui les responsables politiques à la suite d’un président qui a trouvé les mots pour exhorter ses compatriotes à se rassembler. C’est surtout le spectacle de ces milliers de personnes rassemblées, réunies, au sens propre du terme, qui peut laisser penser que nous avons une chance de surmonter cette tragédie.

On redécouvre
une autre France collectivement décidée à défendre ce qu’elle a

de meilleur

 

Il y a très longtemps en effet qu’il n’y avait pas eu la mise en scène visible et collective d’une France qui se lève pour dire non à la haine, non aux anathèmes, oui aux libertés. Dans le débat public, c’est la France du repli, des amalgames, des clivages à outrance qui tenait le haut du pavé; voici que l’on redécouvre une autre France collectivement décidée à défendre ce qu’elle a de meilleur, des valeurs qui sont le bien commun des Français de toute ou d’aucune confession.

On peut toujours craindre que de telles retrouvailles ne soient de courte durée et que, très vite, l’instrumentalisation politique et le jeu des postures et des calculs reprennent leurs droits. A ce stade, seuls les leaders du Front national ont tenté cette instrumentalisation mais en enfonçant des portes ouvertes, car qui aujourd’hui pourrait ne pas souscrire à la dénonciation de l’islamo-fascisme?

En tous les cas, tous les responsables de communautés musulmanes de France ont montré, par la clarté, la fermeté et la rapidité de leurs réactions qu’avec les terroristes «ils ne partagent pas le même prophète». Plus difficile sera d’éviter la réactivation du clivage civilisation: nous/barbarie-islam. Oui, nous sommes face à des barbares que nos soldats affrontent tous les jours sur différents théâtres d’opérations. Les victimes du 7 janvier ont payé de leur vie cet affrontement. Mais ces mêmes barbares, n’ayons garde de l’oublier, massacrent aussi des milliers de Musulmans. Il y a peu, au Pakistan, des enfants d’une école ont été massacrés par des terroristes islamistes. Ils ont, eux aussi, été victimes des barbares. Nous sommes pourtant très vite passés à autre chose.

Mais essayons de garder à l’esprit que le formidable élan de solidarité autour de la France, qui s’est manifesté après le massacre perpétré à Charlie Hebdo, doit nous inciter, une fois l’émotion retombée, à tenir le cap d’une unité républicaine si chèrement retrouvée.

Jean-Marie Colombani
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