France

Attentat contre Charlie Hebdo: le frère aîné, Saïd Kouachi, «formellement reconnu sur photo comme agresseur», selon Cazeneuve.

Slate.fr, mis à jour le 09.01.2015 à 9 h 42

Toutes les informations essentielles du deuxième jour de traque

A Corcy, le 8 janvier 2015. REUTERS/Pascal Rossignol.

A Corcy, le 8 janvier 2015. REUTERS/Pascal Rossignol.

Le résumé de la situation

– Les deux principaux suspects, deux frères, sont toujours activement recherchés. Le frère aîné, Saïd Kouachi, a été «formellement reconnu sur photo comme agresseur», a annoncé Bernard Cazeneuve.

– Plusieurs interpellations ont eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi.

– Des fonds ont été récoltés pour aider à la sortie du prochain numéro de Charlie Hebdo, qui sera tiré à 1 million d'exemplaires.
– Une minute de silence a été massivement observée en France jeudi à midi.

Tous nos articles sur l'attentat meurtrier à Charlie Hebdo

 

Cazeneuve: l'un des deux frères recherchés «formellement reconnu» comme agresseur

Le ministre de l'Intérieur a fait une déclaration depuis la place Beauveau en fin de journée ce jeudi, où il a annoncé que Saïd Kouachi, l'un des deux frères recherchés dans l'enquête sur l'attentat à Charlie Hebdo, a été «formellement reconnu sur photo comme agresseur».

«Il n'a jamais été poursuivi ou condamné mais apparaissait en périphérie des affaires de son frère» cadet, Chérif, connu des services antiterroristes –et des médias. Le ministre a également affirmé qu'il n'y avait aucun lien «à ce stade» entre l'attentat contre Charlie et la fusillade ce jeudi matin à Montrouge, dans laquelle une policière est morte et un agent municipal a été gravement blessé.

Les hommes du Raid et du GIGN sont toujours à la recherche des frères Chérif et Saïd Kouachi, suspects de l'attentat.

Les différents visages d'Anonymous

Anonymous n'est pas un groupe normal. Le collectif n'a pas de leader, et tout le monde peut s'en réclamer. Il est donc quasi-impossible d'indiquer la position du collectif. 

Un des comptes les plus influents a ainsi indiqué ce jeudi matin que Charlie Hebdo était «un magazine de trolls qui perpétuent les stéréotypes racistes sur les noirs et les musulmans (mais pas les juifs). Retweeter leurs conneries n'est pas la bonne réponse.»

A l'inverse, le site belge du quotidien Le Soir indique qu'en réponse aux attaques dont a été victime le magazine satirique:

«Les Anonymous ont décidé de lancer une vaste opération baptisée "OpCharlieHebdo" qui vise à combattre les ennemis de la liberté d’expression.

"Anonymous ne laissera jamais ce droit bafoué par l’obscurantisme et le mysticisme" déclare le collectif sur son compte Twitter. "S’attaquer à la liberté d’expression, c’est s’attaquer à la démocratie. Attendez vous à une réaction massive et frontale de notre part car le combat pour la défense de ces libertés est la base même de notre mouvement."

Outre les pages Web de plusieurs organisations terroristes, les Anonymous comptent s’attaquer également aux comptes Twitter de plusieurs prédicateurs incitant à la violence ainsi qu’aux membres de l’Etat Islamique.»

Le business glauque sur le dos de Charlie

Il a fallu peu de temps avant que certaines personnes tentent de profiter de l'attentat. On notera notamment celui qui propose un exemplaire de Charlie Hebdo d'hier 75.000 euros sur ebay, un autre à 10.000 ou encore à 40.000. Ceux-ci n'ont pas trouvé preneur pour l'instant, mais un numéro de «Charia Hebdo» proposé à 16.000 euros a récolté 64 enchères.

Contacté par l'AFP, eBay a rappelé que son site était «une place de marché ouverte qui n'impose aucune restriction en termes de prix des objets en vente», mais que pour la France, eBay donnerait «à Charlie Hebdo les éventuelles commissions perçues par eBay sur les ventes de magazines et produits de Charlie Hebdo liées à cette tragédie».

Plusieurs sites profitant du hashtag #JesuisCharlie lancé hier ont été créés et proposent à la vente des t-shirts ou des casquettes estampillées Je Suis Charlie. L'auteur de la e-boutique de jesuischarlie.net se défend auprès de L'Express, assurant avoir voulu «faire un geste pour Charlie Hebdo» et avoir demandé «la fermeture de sa page» vu la polémique qui montait autour de son initiative. Le site n'est en effet plus accessible.

Capture d'écran de la boutique en ligne jesuischarlie.net, depuis désactivée

Beaucoup de ces sites se font en utilisant la plateforme Spreadshirt, un site qui permet de personnaliser des vêtements et de les vendre (Spreadshirt gagne évidemment de l'argent à chaque achat). Interrogée par L'Express, la marque se justifie:

«Depuis hier soir, il y a beaucoup de boutiques qui s'ouvrent autour de ''Je Suis Charlie''. Nous les autorisons. Mais ils doivent nous fournir la preuve qu'ils ne réaliseront pas de profits sur ces ventes» précise Spreadshirt à L'Express. Une entreprise qui se garde bien de dire, pour l'instant, ce qu'elle fera des bénéfices qu'elle pourrait en tirer...

A quoi ressemblera le prochain Charlie

Charlie Hebdo sortira mercredi 14 janvier, comme l'ont annoncé l'urgentiste Patrick Pelloux, chroniqueur du journal, sur ITélé, ainsi que l'avocat du journal. Ce dernier, Richard Malka, a expliqué au Monde que Charlie serait tiré à un million d'exemplaires, contre soixante mille habituellement, qu'il contiendrait huit pages, contre seize habituellement. L'hebdomadaire va recevoir 250.000 euros du fonds «Presse et pluralisme», et Google devrait également allouer à Charlie une somme venant de son fond «innovation numérique de la presse», rapportent Les Echos. Presstalis et les Messageries Lyonnaises de presse, qui s'occupent de la distribution des journaux, ne prendra aucune commission sur la diffusion du prochain numéro.

Où en est la traque des suspects?

Aucune communication officielle n'a été faite par les autorités sur la localisation des deux suspects de l'attentat de mercredi. Selon des sources policières citées par l'AFP, Chérif et Saïd Kouachi ont été «formellement reconnus» jeudi matin près de Villers-Cotterêts, dans l'Aisne, par le gérant d'une station-essence qu'ils ont agressé, «cagoulés, avec kalachnikov et lance-roquettes apparentes». Le Raid et le GIGN ont été déployés dans la zone. Les enquêteurs ont également retrouvé une dizaine de cocktails Molotov et un drapeau jihadiste dans la voiture abandonnée mercredi à Paris. Le Monde confirme que les suspects ont été aperçus près de la station-service. La révélation de ces informations dans la presse a irrité certains membres des forces de police, cités par L'Express.

A noter par ailleurs que le parquet antiterroriste de Paris s'est saisi, «au vu du contexte actuel», de l'enquête sur la mort d'une policière dans une fusillade jeudi matin à Montrouge. Aucun lien n'a été établi avec les événements de mercredi.

Chérif Kouachi, actif depuis 10 ans dans la mouvance djihadiste

Le Monde a reconstitué l'enquête des spécialistes du terrorisme sur l'un des frères suspects, Chérif Kouachi. Lors de son premier séjour en prison en entre janvier 2005 et octobre 2006, Kouachi rencontre un certain Djamel Beghal, qui purge une peine de 10 ans de prison pour un projet d’attentat contre l’ambassade des Etats-Unis. Les enquêteurs qui les surveillent les soupçonnent de préparer une opération de libération d’un autre terroriste, Smaïn Ait Ali Belkacem, qui purge une peine de prison à vie pour son implication dans un des attentats de la vague de 1995, celui du RER à la station Musée d’Orsay qui a fait 30 blessés.

On croise au fil des ans d’autres pilliers de la mouvance terroriste dont ceux de la «filière des Buttes Chaumont», dans le 19ème arrondissement de Paris, qui envoyait des combattants en Irak au milieu des années 2000. L’un des fondateurs de ces filières, et connaissance de  Chérif Kouachi, a revendiqué les meurtres de deux opposants politiques tunisiens en 2013. 

Comment Hollande a été informé du drame à Charlie Hebdo

Dans son édition du jour, Libération raconte comment François Hollande a été prévenu du drame survenu à Charlie Hebdo dès 11h30 mercredi:

«Le chef de l'Etat s'apprête à s'entretenir avec Patrick Pouyanné, le nouveau patron de Total. Son téléphone portable sonne. C'est l'urgentiste Patrick Pelloux, chroniqueur occasionnel à Charlie Hebdo, qui lui annonce le terrible massacre.»

Selon l'AFP, le chef de l'Etat avait reçu la direction de Charlie Hebdo le 29 septembre (dont trois des victimes, Cabu, Charb et Bernard Maris) pour évoquer les difficultés financières de l'hebdomadaire.

«Toi on te tuera pas, car on ne tue pas les femmes, mais tu liras le Coran»

Le Monde dresse en détail le récit, glaçant, de la fusillade de mercredi:

«L’un des agresseurs a dit: "Charb?". Il a tiré sur Charb. Puis ils ont égrené les noms des membres de la rédaction, et ont fait feu en rafales. Selon les propos des rescapés, ils ont crié "Allahou akbar" et "Vous allez payer, car vous avez insulté le Prophète". A Sigolène Vinson [une chroniqueuse, ndlr], ils ont dit, un canon sur la tempe: "Toi on te tuera pas, car on ne tue pas les femmes, mais tu liras le Coran".»

«Nous ne sommes pas tous Charlie –peu d'entre nous sont si bons, et aucun de nous si courageux»

Le chroniqueur américain Matt Welch, rédacteur en chef du mensuel libertarien Reason, a publié un intéressant article où il estime que le hashtag #JeSuisCharlie constitue à la fois un «sentiment admirable» et «totalement inadéquat». Se livrant à une défense enflammée du travail de l'hebdomadaire satirique depuis sa création et critiquant la réaction des médias qui ont flouté certaines de ses caricatures, il écrit:

«Donc, non, nous ne sommes pas tous Charlie –peu d'entre nous sont si bons, et aucun de nous si courageux. [...] Toute personne dans l'Occident en général [...] qui pense à tort que la liberté de parole ne doit pas être offensante, ou croit faussement qu'une prise de position artistique peut d'une certaine façon inciter à la violence meurtrière, contribuent à la dégradation constante du climat de prise de parole, et donc de la liberté.»

Visite de Hollande à Charlie Hebdo: «Comment a-t-on pu laisser le président de la République prendre un risque pareil?»

Le Monde consacre un article à la stratégie de la France face au djihadisme qui s'ouvre sur une citation d'un «haut responsable de la sécurité de l'Etat» resté anonyme sur la visite de François Hollande sur les lieux de l'attentat, mercredi vers 7h45:

«Je me suis étranglé. Je me suis demandé comment on avait pu laisser le président de la République et tant de ministres prendre un risque pareil. C’est une technique maintes fois éprouvée dans les zones de guerre. Une première attaque fait venir les officiels, une seconde, par explosifs, les décime.»

L'AFP expliquait mercredi que, après l'attentat contre Charlie Hebdo, «la sécurité a été fortement renforcée» à l'Elysée.

Des fonds récoltés pour la sortie de Charlie Hebdo

Patrick Pelloux, chroniqueur à Charlie Hebdo, qui s'exprimait ce matin sur France inter, en pleurs après avoir perdu dans l'attentat de mercredi une forte partie de la rédaction du journal, a assuré jeudi que l'hebdomadaire satirique paraîtrait mercredi prochain. «On va continuer, on a décidé de sortir la semaine prochaine. On est tous d'accord.» 

Nicolas Rauline, journaliste média aux Echos, a informé sur Twitter:

La minute de silence observée en masse

Partout en France, à 12H, des gens observant la minute de silence, qui s'inscrit dans le deuil national décrété, sont sortis de leurs bureaux, et ont interrompu leurs activités.

Les suspects localisés

Libération écrit: «Selon des sources proches de l’enquête relayées par l'AFP, les deux suspects, armés, ont été localisés dans le nord de la France».

Le Parisien précise que selon ses informations, les deux suspects ont été localisés ce matin dans l'Aisne, à proximité de Villers-Cotterêts, sur la RN2 et ont braqué une station-essence vers 10h30:

Le gérant de la station-essence a «formellement reconnu les deux hommes soupçonnés d'avoir participé à l'attentat de Charlie Hebdo», a expliqué une source proche du dossier. «Les deux hommes sont cagoulés, avec kalachnikov et lance-roquettes apparentes», a confirmé une autre source.

Capture d'écran d'une google map montrant la localisation de Villers-Cotterêts

Des lieux de cultes musulmans visés

Au Mans, une mosquée (la mosquée des Sablons) «a bien été visée par une explosion», a confirmé à Slate la préfecture de la Sarthe. Une enquête judiciaire est en cours. Un journaliste présent sur place tweete:

A Port-la-nouvelle (Languedoc-Roussillon) incident similaire, rapport le Midi-Libre:

«Deux coups de feu ont été tirés mercredi 7 janvier, vers 20 h, en direction d'une salle de prière musulmane, à Port-la-Nouvelle (Aude). Cette salle, installée dans une maison qui n'a aucune indication particulière, accueille en moyenne de trente à cinquante fidèles. La prière s'était achevée dans la soirée de mercredi vers 19 h.»

Le site du Figaro ajoute qu'«une voiture appartenant à une famille de confession musulmane a été visée mercredi soir par balles sur la voie publique dans une rue de Caromb, dans le Vaucluse. (...) Au petit matin, vers 6H00, une explosion s'est produite près de la mosquée à Villefranche dans le Rhône.» Concernant Villefranche, Le Parisien précise que l'explosion, «d'origine criminelle a détruit la vitrine d'un restaurant kebab situé dans le prolongement de la mosquée de Villefranche-sur-Saône, ce jeudi vers 6 heures, dans la rue de la Quarantaine. Selon des sources concordantes qui confirment l'information du «Progrès», il n'y a pas de victime.»

Réaction de l'ancien rédacteur en chef de The Onion

Sur le site de MSNBC, l'ancien rédacteur en chef du faux-journal satirique The Onion est revenu sur la tragédie de ce mercredi dans les locaux de Charlie Hebdo expliquant que la liberté d'expression ne pouvait pas être tuée:

«Ces gens –dont un invité et un agent de police– sont morts. C'était des caricaturistes, et des rédacteurs et des humoristes. Des gens dont le boulot dans la vie était de pointer l'hypocrisie et d'en rire; de ridiculiser la haine; d'essayer de nous montrer nos failles. Et ils ont été tués pour ça. 

Pour ceux d'entre vous qui voudraient dévaloriser tout cela, voici à quoi ressemble une attaque contre la liberté.»

 

Deuil national, ce jeudi

François Hollande a annoncé «une journée de deuil national», ce jeudi, lors de son allocution télévisée, mercredi soir et a également précisé que les drapeaux resteront en berne pendant trois jours pour signifier le deuil de la nation. Les décodeurs du Monde expliquent qu'il n'y a pas de règle précise ou «de codification claire de ce qui est entrepris ou mis en place» pour ces deux annonces. Néanmoins, pour le deuil national, «en 2001, une circulaire de Lionel Jospin avait précisé qu'outre les drapeaux en berne, un moment de recueillement des agents publics devait être organisé».

Le profil d'un des suspects

L'un des deux frères suspectés, Cherif Kouachi, 32 ans, est connu des services de police depuis de nombreuses années puisqu'il avait été interpellé en 2005 dans le cadre de l'enquête sur ce qu’on appelait la «filière des Buttes-Chaumont», dans le XIXe arrondissement de Paris, accusée d'encourager des hommes à rejoindre la rébellion irakienne. Il a été condamné en 2008 à trois ans de prison. Lire notre article sur le profil du suspect

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