Partager cet article

Attentat contre Charlie Hebdo: en 2005, la presse dressait le portrait d'un des suspects

Des policiers examinent des impacts de balles sur une voiture après l'attentat contre Charlie Hebdo. REUTERS/Philippe Wojazer.

Des policiers examinent des impacts de balles sur une voiture après l'attentat contre Charlie Hebdo. REUTERS/Philippe Wojazer.

Selon une source proche du dossier citée par l'AFP, un avis de recherche national a été lancé, mercredi 7 janvier, contre trois hommes soupçonnés d'avoir participé à l'attentat contre Charlie Hebdo, qui a coûté la vie à douze personnes. «La police recherche deux frères d'une trentaine d'années, dont un avait été condamné en 2008 pour avoir participé à une filière d'envoi de combattants en Irak», écrit l'agence, dont les informations recoupent celles de Reuters. «Un troisième homme âgé de 18 ans figure parmi les suspects.»

Selon des informations concordantes citées par plusieurs médias, l'un des trois hommes en question, Cherif Kouachi, 32 ans, est connu des services de police depuis de nombreuses années puisqu'il avait été interpellé en 2005 dans le cadre de l'enquête sur ce qu’on appelait la «filière des Buttes-Chaumont», dans le XIXe arrondissement de Paris, accusée d'encourager des hommes à rejoindre la rébellion irakienne. Il avait également été mis en examen dans l'affaire du projet d'évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, membre du GIA condamné pour l'attentat du RER C du musée d'Orsay, en 1995.

En 2004, Cherif Kouachi avait fait l'objet d'un reportage du magazine Pièces à conviction
qui le présentait comme «un fan de rap, plus prêt à profiter de la vie et des jolies filles que d'aller à la mosquée».

En 2005, Mark Houser, un journaliste du Pittsburgh Tribune, avait dressé le portrait de Cherif Kouachi avec l’aide de son avocat:

«Me Vincent Ollivier a expliqué que son client, Cherif Kouachi, exprimait des remords et était soulagé, et même reconnaissant, d’avoir été arrêté.

 

Kouachi, 22 ans, a vécu toute sa vie en France et n’était pas particulièrement religieux, selon Me Ollivier. Il buvait, fumait de l’herbe, faisait l’amour avec sa petite amie et gagnait sa vie en livrant des pizzas. Ses parents, des immigrés algériens, sont décédés.

 

[…] Me Ollivier a admis que son client avait dit à d’autres militants qu’ils devraient s’attaquer à des intérêts juifs en France. Mais il a dit que c’était une attitude qu’il adoptait pour paraître déterminé.»

«Plus le départ approchait, plus je voulais revenir en arrière. Mais si je me dégonflais, je risquais de passer pour un lâche», avait expliqué Chérif Kouachi lors de son procès, en 2008.

Toujours en 2005, Me Ollivier s’était exprimé à propos de son client dans Le Parisien:

«Mon client a été manipulé. Plus l'échéance de son départ approchait, plus il avait peur. Il ne savait plus comment sortir de cette situation. […] Il fume, il boit. Ce qui l'intéresse, c'est le foot. C'est une cible idéale pour les prêcheurs islamistes.»

Un portrait du même type était dressé par Libération:

«Chérif Kouachi, qui a été élevé en foyer à Rennes et a passé un brevet d'éducateur sportif avant de gagner Paris, n'a jamais quitté l'Hexagone. […] Il se définit comme "un musulman occasionnel". Mais a été "choqué" lui aussi "par l'intervention américaine en Irak et par les exactions des marines à Abou Ghraib", rapporte Me Ollivier.»

L'article du quotidien à propos de celui qui allait alors être condamné à trois ans de prison (dont la moitié ferme, peine déjà absorbée par sa détention préventive) pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste se terminait sur les lignes suivantes:

«La tentation du jihad a bien failli le transformer en chair à canon. Le livreur de pizzas ne veut pas mourir à 22 ans.»

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte