Partager cet article

Dans leurs articles sur Charlie Hebdo, plusieurs médias anglais et américains censurent les dessins sur l'islam

Capture d'écran du NY Daily News

Capture d'écran du NY Daily News

Après l'attentat meurtrier contre Charlie Hebdo, des journalistes du monde entier ont exprimé leur solidarité avec le journal satirique, devenu symbole du combat pour la liberté d'expression. 

Si certaines publications ont rendu hommage à l'hebdomadaire en montrant une sélection de caricatures, y compris les plus susceptibles de choquer, d'autres ont préféré s'abstenir. Dans leurs articles de mercredi, plusieurs médias américains et anglais ont même flouté les dessins qui se moquaient de l'islam, rapporte Buzzfeed.

Le quotidien anglais The Telegraph a publié une photo d'une lectrice lisant le numéro controversé de Charlie Hebdo intitulé La vie de Mahomet, sauf que le dessin de une est complètement pixellisé. (La photo a depuis été retirée du site). 

Les éditeurs ont aussi préféré un portrait du rédacteur en chef Charb dans laquelle la une du journal qu'il tient demeure invisible. Il s'agissait du dessin intitulé Intouchables 2, avec un rabbin qui pousse un imam en chaise roulante.

Quant au tabloïd américain New York Daily News, il utilise une photo dans laquelle la caricature de Mahomet en une de l'hedomadaire est complètement floutée.

En 2012, lorsque Charlie Hebdo avait publié des caricatures de Mahomet, le quotidien new-yorkais avait illustré son article par un portrait de Charb tenant la une Intouchables 2, avec l'imam flouté, mais pas le rabbin.

L'agence Associated Press a quant à elle expliqué à Buzzfeed qu'«aucune des images distribuées par l'AP ne montrent de caricatures du prophète Mahomet. Depuis quelques années, notre politique est de ne pas diffuser d'images délibérément provocatrices.»

A la suite de cette déclaration, le journal conservateur Washington Examiner a dénoncé le «deux poids deux mesures» de l'Associated Press: si les dessins qui se moquent de l'islam sont censurés, alors pourquoi continuer à vendre des images du Piss Christ de l'artiste américain Andres Serrano? (une photo d'un crucifix dans un verre d'urine). Peu après cet article, l'AP a effacé l'image de cette oeuvre controversée de sa collection de photos. 

La majorité des grandes chaînes de télévision américaines, dont CNN et NBC, ont aussi pris la décision de ne pas montrer les dessins susceptibles de heurter certaines sensibilités.

C'est également l'approche adoptée par le New York Times qui a expliqué à Buzzfeed: 

«Suivant les règles du journal, nous ne publions habituellement pas d'images intentionnellement créées pour heurter les sensibilités religieuses. Après avoir réfléchi soigneusement à la question, les éditeurs du Times ont décidé que le fait de décrire les caricatures en question donnerait aux lecteurs assez d'informations pour comprendre les événements d'aujourd'hui.»

Au-delà des mesures de sécurité, cette attitude reflète aussi probablement le fait que certains éditeurs jugent ce genre de caricatures inutilement choquantes, voire «stupides», comme l'a écrit mercredi un chroniqueur du Financial Times

D'autres voient dans cette auto-censure une forme de capitulation lâche face à l'extrémisme, mais il s'agit aussi d'une approche plus pragmatique –à quoi bon jeter de l'huile sur le feu?– une position qui se rapproche de la réaction officielle de la Maison Blanche lorsque Charlie Hebdo avait publié des caricatures de Mahomet en 2012.

Le porte parole du président Barack Obama avait alors déclaré que si les journalistes avaient bien sûr le droit de publier des choses choquantes, ce n'était pas nécessairement toujours une bonne idée de le faire: 

«Nous avons parlé à plusieurs reprises de l'importance de protéger la liberté d'expression, qui est inscrite dans notre Constitution. Autrement dit, nous ne nous interrogeons pas sur le droit de telles choses à être publiées, simplement sur le jugement qui a présidé à la décision de les publier.»

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte