Culture

La lettre de Jean-Paul Sartre refusant le Nobel en 1964 est arrivée trop tard

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 06.01.2015 à 10 h 18

Repéré sur The Guardian, Svenska Dagbladet, Le Figaro, AFP Making-of

L'Académie avait déjà fait son choix.

Jean-Paul Sartre commente son refus du Nobel de littérature, le 22 octobre 1964. Image: Ina.fr

Jean-Paul Sartre commente son refus du Nobel de littérature, le 22 octobre 1964. Image: Ina.fr

Comme il est d'usage cinquante ans après l'attribution des prix, l'académie Nobel vient d'ouvrir ses archives concernant les lauréats de 1964. Le journal suédois Svenska Dagbladet les a consultées et ses trouvailles, relayées notamment par The Guardian, sont d'un intérêt particulier pour les Français puisque le prix de littérature 1964 avait été attribué à Jean-Paul Sartre, qui l'avait refusé.

Ces archives contiennent notamment une lettre, datée du 14 octobre, de l'auteur de La Nausée à l'Académie. Alerté par un article signé du correspondant suédois du Figaro Littéraire le donnant primé, Sartre informe alors l'académie, selon le Svenska Dagbladet, «qu'il ne souhaite pas faire partie des lauréats du prix, que ce soit en 1964 ou dans le futur, et qu'il ne pourra pas accepter une telle distinction». Une missive qui est arrivée trop tard, car le choix de l'académie s'était déjà fixé sur Sartre dès le 17 septembre, choix qu'elle n'a fait ensuite que ratifier le 22 octobre, s'imaginant sans doute que, sous la pression, l'écrivain français finirait par céder...


Ce choix n'était néanmoins pas unanime, et le refus de Sartre a peut-être coûté le prix Nobel au poète britannique W.H. Auden, qui ne l'a jamais obtenu (si vous ne voyez pas qui c'est, un de ses poèmes, Funeral Blues, est récité durant la scène de l'enterrement dans Quatre mariages et un enterrement). L'autre finaliste cette année-là était l'écrivain russe Mikhaïl Cholokhov, qui allait finalement être distingué en 1965.

Deux jours après l'attribution du prix, les journaux suédois avaient publié une lettre que leur avait envoyé Sartre, où ce dernier expliquait effectivement avoir écrit à l'Académie:

«Lorsque j'ai vu [...] que le choix de l'Académie suédoise allait vers moi, mais qu'il n'avait pas encore été fixé, je me suis imaginé qu'en écrivant une lettre à l'Académie, que j'ai expédiée le lendemain, je pouvais mettre les choses au point et qu'on n'en parlerait plus.

 

J'ignorais alors que le prix Nobel est décerné sans qu'on demande l'avis de l'intéressé, et je pensais qu'il était temps de l'empêcher. Mais je comprends que lorsque l'Académie suédoise a fait un choix elle ne puisse plus se dédire.»

En octobre dernier, à l'occasion des cinquante ans de l'attribution du prix à Sartre, le blog Making-of de l'AFP avait consacré un passionnant article à l'annonce de la distinction. On y apprenait comment un jeune reporter de l'agence (et futur essayiste à succès), François de Closets, avait obtenu le scoop du refus du prix en dénichant l'auteur dans un restaurant parisien du XIVe arrondissement, avant que Sartre ne disparaisse des radars médiatiques pendant plusieurs heures, semant le doute sur la véracité de son refus du prix. Il l'avait finalement officialisé en fin d'après-midi.

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