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Les robots commencent à enfreindre la loi, et personne ne sait quoi faire

Extrait du film I, Robot, inspiré des livres d'Isaac Asimov Via Allociné

Extrait du film I, Robot, inspiré des livres d'Isaac Asimov Via Allociné

Un robot a récemment acheté illégalement de la drogue sur Internet. Un casse-tête pour les législateurs, qui se demandent qui condamner: le robot ou son propriétaire?

Une exposition intitulée The Darknet: From Memes to Onionland, qui se tient à Zurich jusqu’au 11 janvier prochain, vient de créer la polémique, comme le raconte Le Guardian. Deux artistes suisses ont décidé de montrer les achats faits par un robot automatisé appelé le «Random Darknet Shopper», livré à lui-même sur le deep web, cet internet caché où se passent beaucoup d’activités illicites, avec 100 dollars de Bitcoins (une monnaie numérique) à dépenser par semaine.

Ainsi, l’exposition dévoile ses emplettes: un jean Diesel, une casquette de baseball, une caméra cachée, des cigarettes, un faux sac Louis Vuitton… et 10 pilules d’ecstasy. Reçues par la poste et cachées dans un boîtier DVD, ces pilules sont au cœur d’un «dilemme philosophique lancé par l’émergence des marchés du dark net, de l’anonymat sur Internet, et des Bitcoins», note le Guardian.

En effet, comme le souligne Carmen Weisskopf, l’un des deux artistes: «Nous voulions vraiment fournir de nouveaux espaces pour réfléchir sur les produits échangés sur ces nouveaux marchés. Pourquoi sont-ils vendus? Comment nous, en tant que société, faisons face à ces espaces?»

Mais une autre question se pose, beaucoup plus pragmatique: qui est responsable de l’achat de cette drogue? Le robot, qui a pris la décision de l’acheter, ou les deux artistes, qui l’ont programmé pour aller sur le deep web acheter des produits?

Pour Ryan Calo, professeur de droit qui écrit dans le journal Forbes, la réponse à la question est complexe, du moins d'un point de vue américain:

«Si la loi dit qu’une personne ne savait pas pleinement qu’elle achetait une marchandise piratée ou de la drogue, alors il y a là un argument disant que l'artiste n'a pas violé la loi. Alors que si la loi dit que la personne n'a pas engagé ce comportement de façon imprudente, alors les artistes pourraient être coupables, étant donné qu'ils ont envoyé le robot dans un environnement où ils savaient que des choses illégales pourraient arriver.»

De leur côté, les deux artistes suisses ont fait savoir au Guardian qu'ils assumaient la pleine responsabilité des actes de leur robot, étant les propriétaires de ce dernier et donc de la drogue. En revanche, ils estiment que faire de l'art illégalement dans l'intérêt du public était acceptable et que par conséquent ils n'ont rien à se reprocher. 

On est donc encore un peu loin de l'application des lois d’Isaac Asimov, romancier, qui anticipait déjà en 1942 les problématiques liées à l’autonomisation des robots et leur intelligence artificielle:

«1) Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.

2) Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.

3) Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.»

Mais si les robots continuent à devenir de plus en plus indépendants, comme le prouve cette histoire, certains vont commencer à se dire que la science-fiction se rapproche de plus en plus de la réalité. «Ce qu'il semble de plus en plus évident pour des problèmes de ce genre est qu'ils vont passer de l'hypothèse aux installations d'art puis à la vie de tous les jours», conclut Ryan Calo. «Et je me demande à quel point nous sommes prêts.»

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