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L'homme qui devait aider un réalisateur chinois à écrire le scénario d'un polar sans crime

Repéré par Cécile Dehesdin, mis à jour le 05.01.2015 à 11 h 12

Repéré sur New York Times, China Film Biz

Crime Scene / Alan Cleaver via Flickr CC License By

Crime Scene / Alan Cleaver via Flickr CC License By

L'auteur de polars hong-kongais Nury Vittachi, qui écrit la série de romans policiers du maître du Fengshui, raconte une drôle d'expérience dans le New York Times:

«Il y a quelques années, un réalisateur basé en Chine m'a appelé après avoir lu un des mes romans policiers. "Est-ce que vous pouvez m'aider à écrire un scénario pour un film policier?", m'a-t-il demandé. "Le seul truc délicat, c'est que ça se passe à Pékin, donc il ne peut pas y avoir de crime."»

«Bienvenue dans le monde de l'écriture de scénarios en Chine, où les polars n'ont pas de crime, les histoires de fantômes pas de fantômes, et les politiques corrompus ne peuvent pas être corrompus», commente Nury Vittachi.

Pour être filmé en Chine, un scénario doit être approuvé par l'agence gouvernementale dédiée à la presse, la publication, la radio, le cinéma et la télévision. Comme l'expliquait déjà en 2011 Rob Cain, un Américain qui travaille dans l'industrie du cinéma avec la Chine depuis 1987, l'agence «ne dit généralement pas aux réalisateurs ce qu'ils doivent faire; elle les conseille sur ce qu'ils ne peuvent pas faire».

Et la liste de tabous est longue: pas de sexe ou de violence, pas d'obscénité, de religion, de superstition, de jeu, de consommation d'alcool ou de drogue et, donc, pas d'activité criminelle. Pas non plus d'histoire non scientifique –c'est-à-dire pas de voyage dans le temps, ou de fantôme.

Les crimes sont autorisés s'ils se déroulent ailleurs qu'en Chine, et par des non-Chinois, précise dans le New York Times, Nury Vittachi: «Si on parle de crime international, le méchant ne doit pas être Chinois», lui a ainsi expliqué un scénariste hong-kongais expérimenté. Ou alors, ils doivent se dérouler à une autre époque:

«"C'est pour ça qu'on fait généralement des films avec des 'vieux guerriers', ou des histoires qui se passent avant la fondation de la République populaire de Chine", explique le scénariste hong-kongais. Il veut dire qu'on peut montrer quelque chose de négatif en Chine, à condition que cela se soit déroulé avant la révolution communiste en 1949 –et attention à ne pas dépeindre cette époque comme glorieuse, parce que vous pourriez être censuré.»

En 2006, Rob Cain était sur le tournage d'une comédie romantique à Shanghai. Dans une des scènes, les deux personnages principaux discutaient dans une salle de cinéma. Après les prises nécessaires, l'équipe a eu l'idée d'en tourner une plus comique, en ajoutant un figurant filmant l'écran de cinéma en arrière-plan. 

«Ce qu'on ne savait pas, c'est qu'il y avait un espion dans notre équipe, de l'agence ou d'une autre entité gouvernementale, qui a rapporté aux autorités locales que notre film contenait une scène suggérant  "subversivement" qu'il y avait des pirates en Chine.»

Résultat, l'équipe s'est retrouvée devant un membre du parti à Shanghai et a dû se battre pour sauver son tournage, arguant de sa bonne foi et de son ignorance.

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