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En Allemagne, la résistance s'organise contre le mouvement anti-islam «Pegida»

Une bannière «Réfugiés bienvenus» lors d'une manifestation contre Pegida, à Dresde, le 22 décembre 2014. REUTERS/Hannibal Hanschke

Une bannière «Réfugiés bienvenus» lors d'une manifestation contre Pegida, à Dresde, le 22 décembre 2014. REUTERS/Hannibal Hanschke

Alors que l'ampleur prise par le nouveau mouvement anti-islam Pegida laisse les dirigeants politiques allemands de plus en plus perplexes et inquiets, la résistance s'organise dans la rue comme sur le net.

Après deux semaines de trêve durant les fêtes de fin d'année, les marches organisées simultanément dans plusieurs grandes villes allemandes devraient reprendre demain. Né à l'automne dernier à Dresde, ce mouvement protestataire dont le nom est une abréviation qui signifie «patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident» rassemble chaque lundi soir des milliers de manifestants, en référence aux marches pacifiques des citoyens d'ex-RDA peu avant la chute du Mur, qui avaient lieu elles aussi le lundi soir, comme l'expliquait récemment Daniel Vernet sur Slate.

En signe de désapprobation de la manifestation prévue dans sa ville, le prévôt de la sublime cathédrale de Cologne a d'ores et déjà fait savoir que la bâtisse de style gothique restera éteinte lundi 5 janvier, comme le rapportait Die Tageszeitung cette semaine. Un geste symbolique en réponse à celui de l'Opéra Semper, à Dresde, dont toutes les lumières de la façade ont été éteintes lors de la dernière marche de Pegida dans la ville saxonne. Sur la page Facebook appelant à un grand rassemblent contre le racisme à Cologne demain soir, plus de 20.000 internautes ont confirmé leur participation.

Car la résistance s'organise dans la rue: de nombreuses contre-manifestations ont eu lieu à travers l'Allemagne courant décembre. Le nombre de participants était d'ailleurs parfois même plus important que ceux qui défilaient sous la bannière de Pegida, comme le rapportait récemment l'hebdomadaire Der Spiegel: lors des dernières marches de l'année, 2.500 manifestants faisaient face à 250 membres de Pegida à Bonn, tandis qu'à Cassel, les 200 membres du cortège de Pegida ne représentaient qu'un dixième de la foule qui leur faisait face. 12.000 personnes ont également manifesté à Munich ce soir-là avec pour slogan «Faites de la place! Les réfugiés sont bienvenus ici. Ensemble contre Pegida, le racisme et le dénigrement». Pour l'instant, aucune manifestation de Pegida n'a eu lieu à Berlin. Celle qui avait été annoncée pour le lundi 22 décembre a été un flop total, comme le rapportait récemment le quotidien Berliner Zeitung: seuls trois participants s'étaient rassemblés devant la porte de Brandebourg, face à 30 contre-manifestants.

Mais plus grande encore a été la mobilisation sur les réseaux sociaux lorsque les marches ont cessé durant les deux dernières semaines. Sous le hashtag #schneegida, des centaines de twittos allemands ont multiplié les vannes autour de Pegida entre deux repas de famille en comparant le mouvement à l'arrivée de la neige («Schnee» en allemand) fin décembre dans le pays, pastichant le mouvement contre l'islamisation («Islamisierung») de l'Allemagne en mouvement contre la «neigification» («Eislamisierung»). À peine créé, le hashtag a fait boule de neige, donnant lieu à une avalanche de jeux de mots du genre: «Je n'ai rien contre la neige, mais...», «Ça commence avec quelques flocons –et si nous ne faisons pas attention, nous aurons bientôt une couche de neige fermée sur tout le pays» ou encore «Dans certaines villes, les retraités ont déjà peur d'aller dans la rue».

Plus sérieusement, un blog nommé Pegidawatch a été créé pour compiler des données sur le mouvement anti-islam. Une pétition «Pour une Allemagne colorée» a été mise en ligne sur Change.org et a déjà récolté près de 300.000 signatures, sur un objectif d'un million. À Dresde, les citoyens qui appellent à manifester demain soir contre Pegida continuent de filer la métaphore de #Schneegida: ils appellent sur Facebook à un grand ménage du nouvel an.

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