Boire & manger / Slatissime

Comment sauver le whisky pourri reçu à Noël

Temps de lecture : 2 min

Le blend reçu en cadeau n’était pas à la hauteur de vos attentes? Pas de panique, voici la recette pour le métamorphoser et lui éviter de finir dans le Coca.

Pour composer un assemblage, le blender s’appuie sur quantité d’échantillons aux différents profils aromatiques (ici, Dewars). / Christine Lambert
Pour composer un assemblage, le blender s’appuie sur quantité d’échantillons aux différents profils aromatiques (ici, Dewars). / Christine Lambert

L’amateur de whisky le plus inflexible n’a pas toujours le cœur d’imposer d’exigeantes consignes au Père Noël. Moyennant quoi, au moment de dépiauter les paquets sous le sapin, il doit parfois composer avec un excès de témérité de la part de maman ou tonton: les verres carrés où la glace se fige en biais pour minimiser le contact avec le liquide, les inutiles petites pierres de granit pseudo-glaçons (perso, j’ai de quoi remonter la muraille de Chine), les baguettes pour faire vieillir soi-même son malt, le gilet en tweed parfumé au scotch...

Mais, le plus souvent, il affronte dans le désarroi un manque criant d’originalité et hérite tout simplement de la version (éventuellement XL et repackagée dans un étui lamé, faux bois, peau de kilt ou métal hurlant) d’un blend vendu en tête de gondole au supermarché. Et, esprit de Noël oblige, il fait comme moi, l’amateur de whisky (oui, vous): il claque chaudement des bises à son entourage attentionné quoique peu averti, et il garde son cadeau car c’est offert avec amour.

Entendons-nous bien, et ne me faites pas écrire ce que je ne pense pas: tous les blends (whiskies assemblant au moins un single grain et un single malt) ne sont pas –loin de là– des sous-whiskies, et nous reviendrons d’ailleurs bientôt sur le sujet. Mais cette année, au lieu de réserver la bouteille WTF pour les soirées où vos amis moins orthodoxes la noieront dans le Coca, essayez plutôt de la rendre (à peu près) à votre goût, en perfectionnant par la même occasion vos talents d’assembleur. Oui, cette année, créez votre propre blend.

Comment créer son propre blend

L’idéal est de partit d’un blend (celui qui vous a été offert, donc) plutôt sec et léger, très marqué par le grain (ce sera le cas s’il a coûté moins de 30€), qui vous servira de «base», comme disent les assembleurs, et de tester vos mélanges sur de petites doses: 2 à 5 cl dans un verre ou un doseur gradué.

A l’aide d’une pipette ou d’un compte-gouttes, ajoutez-y deux bons traits (10 à 20%) d’un single malt charpenté, soufré ou au contraire gavé de xérès, un truc tannique qui colle aux dents. Vous piocherez donc dans la famille aromatique des «riches et fruités»: Mortlach, Benrines 15 ans, Dailuaine, Glenfarclas 15 ans, GlenDronach 15 ans, Macallan 18 ans... C’est ce qui modifiera la structure, la colonne vertébrale de votre nouveau blend. Mélangez bien.

Mieux vaut ne pas multiplier les intervenants. Choisissez un single malt, deux tout au plus, en gardant à l’esprit que votre blend de base en rassemble déjà une tripotée, souvent jusqu’à une quarantaine, quantité nécessaire pour lui conférer un goût constant bouteille après bouteille, année après année.

Ajoutez ensuite quelques gouttes d’un malt tourbé-fumé aux notes sèches, où l’influence du bois est minimale. Vous cherchez la puissance de la fumée, le feu de cheminée, pas le fruité goudronné: Caol Ila 12 ans, Talisker 10 ans, Laphroaig 10 ans… Gouttez au fur et à mesure, et rectifiez l’assaisonnement car c’est de cela qu’il s’agit: ce single malt-là se vit comme le poivre qui donne du tonus et fait vibrer l’ensemble. Ne dépassez pas la dose de 10%, à moins de vouloir lui laisser l’ascendant et d’en faire un blend tourbé.

Mélangez bien. Laissez reposer quelques heures, si vous le pouvez quelques jours: un assemblage réussi a besoin de stabilité pour s’épanouir.

N’hésitez pas à multiplier les essais de dosages, jusqu’à trouver le point d’équilibre parfait, sans vider vos précédents verres pour pouvoir comparer l’évolution de ce work in progress. Les anges qui rasent-motte joyeusement dans la cuisine vous souhaiteront bonne année pour peu que vous les laissiez ratisser leur part.

Christine Lambert Journaliste

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