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La galaxie NGC 1169: la beauté d'un grain de sable perdu dans l'étendue cosmique

Phil Plait, traduit par Andréa Fradin, mis à jour le 02.01.2015 à 12 h 41

La galaxie NGC AA69 | Photo d'Adam Block/Mount Lemmon SkyCenter/University of Arizona

La galaxie NGC AA69 | Photo d'Adam Block/Mount Lemmon SkyCenter/University of Arizona

Je sais: je viens tout juste de publier cette superbe image d'une galaxie en spirale prise par Adam Block, mais ce dernier m'a ensuite envoyé une autre photo qui m'a laissé songeur et qui, je pense, vaut la peine d'être partagée. Et puis, qui ne veut pas débuter une nouvelle année avec une incroyable photo de galaxie? (Et, oui, cliquez ici pour avoir le cliché en haute résolution, parce que l'image d'illustration n'est qu'un petit bout de celui-ci).

Voici donc NGC 1169, qui est assez similaire à la galaxie que j'ai publiée la semaine dernière. C'est une spirale barrée avec un anneau intérieur et de majestueux bras spiraux, mais qui diffère des autres galaxies parce qu'elle ne possède pas cet anneau externe et ces saillies floculantes et et cotonneuses.  Au lieu de cela, les bras sont inégaux.

Vous voyez la façon dont la partie intérieure de la galaxie est rouge quand celle à l'extérieur est beaucoup plus bleue? Apparemment, aucune étoile n'est née dans ces régions internes depuis un certain temps: les étoiles massives sont bleues, et ne vivent pas très longtemps. Une fois qu'elles explosent, elles laissent derrière elles des étoiles de plus en plus rouges au fil du temps, et c'est pourquoi les galaxies plus anciennes (ou les voisinages plus anciens des galaxies) ont cette apparence rouge.

Le bleu des armes spiraux signifie à l'inverse qu'il y a eu des naissance d'étoiles par ici ces dernières millions d'années. C'est probablement un processus lent et continu, comme il peut l'être dans notre propre galaxie, la Voie Lactée.

Vous pouvez aussi apercevoir des pointes de rose, là où le gaz s'agite sous l'effet de ces étoiles. Les bras sont également accentués par la poussière.

Malgré toute cette beauté, je n'ai pas pu trouver beaucoup d'informations sur cette galaxie dans la littérature astronomique. Juste un article de 1994, qui examine la distribution des gaz dans NGC 1169. Etrangement, il arrive à la conclusion qu'il y a peu de formation d'étoiles, ou du moins que la densité de gaz dans cette galaxie n'est pas assez épaisse pour maintenir la naissance des étoiles, à l'exception de quelques régions. Mais face à l'image d'Adam Block, je ne suis pas si sûr que cela soit vrai.

NGC 1169 est à quelques 85 millions d'années lumières de nous, une distance raisonnable. Elle paraît petite dans le ciel, ce qui explique peut-être pourquoi elle a été si peu étudiée.

J'ai été surpris d'apprendre dans l'article que la masse de cette galaxie est très similaire à celle de la Voie Lactée, ce qui fait d'elles des galaxies assez solides -à leur échelle en tout cas. Elle est également plus ou moins de la même taille que notre galaxie: 100.000 années lumière de largeur, ou presque.

Ce qui m'interroge. Je n'avais jamais entendu parler de cette galaxie jusqu'à ce qu'Adam m'envoie cette image et il semblerait que cette dernière ne soit pas assez intéressante (comprendre par là: rare) pour attirer l'attention de la communauté des astronomes.

Une galaxie entière et anonyme

Alors qu'il s'agit d'une galaxie entière. Des centaines de milliards d'étoiles, problablement autant de planètes, des volumes colossaux de gaz et de poussière distribués au gré de la danse de la gravité, du moment angulaire, des dynamiques de collision... Tout cela, et bien plus. Et pourtant, elle reste littéralement quelconque dans notre immense catalogue de cités stellaires.

Une galaxie entière comme notre Voie Lactée, essentiellement anonyme. J'ai des difficultés pour embrasser le concept de galaxie avec mon cerveau primitif de singe, pour comprendre physiquement à quel point cela est vaste. Et pourtant les distances dans l'univers sont si incroyables que cette structure colossale est dans son intégralité réduite à un autre grain de sable sur la plage. Un parmi des centaines de milliards.

C'est une incroyable leçon d'humilité. Même si, comme toujours, je ne me sens pas écrasé par elle, dans la mesure où je sais aussi que les humains sont extraordinaires –par exemple parce que nous pouvons connaître l'existence de cette galaxie. De l'autre côté d'une mer noire de milliard de milliard de milliards de kilomètres par dessus laquelle nous pouvons regarder, et apprécier cette beauté, et comprendre qu'il en existe bien d'autres similaire à celle-ci, la nôtre y compris.

L'univers est grand. Mais, une fois encore, nous pouvons l'être aussi.

Phil Plait
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