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Au XXIème siècle, les guerres de conquête mènent au désastre

Vladimir Poutine, à Moscou le 30 juillet 2014. REUTERS/Alexei Nikolskyi/RIA Novosti/Kremlin

Vladimir Poutine, à Moscou le 30 juillet 2014. REUTERS/Alexei Nikolskyi/RIA Novosti/Kremlin

Poutine après les néo-conservateurs américains est en train de l’apprendre, la guerre moderne appauvrit le vainqueur tout autant que le vaincu

Il y a plus d’un siècle, Norman Angell, homme politique, auteur et journaliste anglais publiait un livre intitulé «The Great Illusion»  (La grande illusion) dont la thèse était que l’âge des conquêtes était terminé ou sur le point de l’être. Pour le chroniqueur du New York Times et Prix Nobel d’économie Paul Krugman, Norman Angell a raison avec quelques décennies de retard. Il n’a pas prédit la fin de la guerre dans le monde, mais le fait que les guerres d’agression pour permettre à une nation de devenir plus puissante n’ont plus aucun sens. Elles appauvrissent autant les vainqueurs que les vaincus.

«C’est apparemment une leçon difficile à comprendre», écrit Paul Krugman. «Vladimir Poutine n’a certainement pas eu le texte et nos néoconservateurs [américains] certainement pas non plus. Comme le montre leur admiration pour Poutine, ils n’ont rien appris de la débâcle iraquienne».

La thèse de Norman Angell est la suivante. Le pillage n’est plus ce qu’il était. Vous ne pouvez traiter une société moderne comme une province conquise par l’empire romain sans détruire la richesse et la valeur de ce que vous essayez de prendre. Et la guerre ou la menace de guerre en mettant à mal les relations commerciales et financières infligent des coûts supérieurs à ceux de déployer des armées. «La guerre vous rend plus pauvre et plus faible, même si vous gagnez».

Et les exceptions à cette règle la confirment. Il y a bien sûr encore des guerres menées pour le profit et le plaisir de la conquête, mais elles se déroulent invariablement dans des régions du monde où les matières premières brutes sont la seule source de richesse. C’est vrai en République Centrafricaine tout comme sur le territoire conquis par l’Etat Islamique dont la seule ressource est le pétrole.

Mais ce qui fonctionne pour un seigneur de la guerre est auto-destructeur pour une nation comme les Etats-Unis ou la Russie. Vladimir Poutine a annexé la Crimée presque sans opposition, mais cela lui a rapporté: une péninsule dont l’économie est un désastre et qu’il faut aider, la fuite des investisseurs de la Russie et tout cela avant que la baisse du prix du pétrole transforme la situation en une crise financière de grande ampleur.

Alors pourquoi Vladimir Poutine et de nombreuses personnes influentes ailleurs dans le monde et notamment aux Etats-Unis n’ont rien compris?

La réponse à la première question, concernant Vladimir Poutine, est assez simple. Paul Krugman nous rappelle qu’il ne faut pas perdre de vue son passé. «Il est un ancien homme du KGB, ce qui signifie qu’il a passé ses années de formations à être un voyou professionnel. La violence, les menaces de violence, le chantage, la corruption, c’est ce qu’il connaît. Et il n’a jamais eu de raison pendant des années d’apprendre autre chose. Les prix élevés du pétrole ont rendu la Russie riche et comme tous ceux qui dirigent au moment d’une bulle, il s’est sûrement convaincu lui-même qu’il était responsable de son propre succès. Je suppose qu’il n’a pas réalisé jusqu’à il y a quelques jours qu’il n’avait aucune idée de la façon dont fonctionne le XXIème siècle».

Concernant la persistance de la volonté de conquête, aux Etats-Unis notamment, Paul Krugman estime que la guerre en Irak était pour les néoconservateurs une façon de montrer la puissance américaine et de tester sur le terrain leurs conceptions idéologiques comme l’exportation de la démocratie. «Les rêves des néocons ont pris un sérieux coup quand l’occupation de l’Irak est devenue un sanglant fiasco, mais ils n’ont rien appris de cette expérience…». C’est pour cela qu’ils ont comparé favorablement Poutine à Obama accusé de faiblesse.

Mais la preuve que la guerre ne paie pas ou ne paie plus, c’est que l’aventure irakienne a nettement affaibli la position des Etats-Unis dans le monde et a coûté plus de 800 milliards de dollars en dépenses directes et bien plus en dépenses indirectes.

«L’Amérique est une vraie superpuissance, donc nous pouvons encaisser de telles pertes. Mais une économie pétrolière comme la Russie n’a pas la même possibilité de surmonter ces erreurs. Je n’ai aucune idée de ce qu’il adviendra du régime de Poutine. Mais Poutine nous a offert une leçon à méditer… Dans le monde moderne, la conquête est pour les perdants».

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