Science & santé

«Mon mari a contracté le sida lors de relations extra-conjugales»

Lucile Bellan, mis à jour le 30.12.2014 à 15 h 44

Cette semaine, Lucile répond à une femme qui a appris que son mari avait le sida, contracté en la trompant, et qui se demande si elle devrait divorcer.

Cleopatra, par John William Waterhouse, via Wikimedia Commons

Cleopatra, par John William Waterhouse, via Wikimedia Commons

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du coeur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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Bonsoir, il y a quelque mois, j'ai appris que mon mari depuis 15 ans et père de mes 4 enfants avait le sida. Il a contracté cette maladie suite à des aventures extra-conjugales. Fort heureusement, je n'ai pas été infectée. Cette nouvelle m'a complètement détruite autant physiquement que moralement. Par principe et par respect pour mes enfants, je n'ai pas voulu entamer de procédure de divorce. Et aussi par peur qu'ils me le reprochent plus tard si leur père venait à décéder. 

Je ne lui adresse plus la parole depuis 9 mois et nous faisons chambre à part. Ai-je raison de réagir comme ça? Est-ce la bonne décision? Que faire?

Fanny

Chère Fanny, je ne suis pas en mesure de vous dire si vous avez raison de réagir de cette manière. Tout simplement parce qu’il n’existe pas de tribunal public qui décide si les sentiments et les réactions des gens sont noirs ou blancs, bons ou mauvais. La vie, elle-même, n’est pas si manichéenne. 

Vous avez appris que votre mari, le compagnon de votre vie depuis 15 ans et le père de vos 4 enfants, vous trompait. Vous êtes en droit de mal réagir. Ne vous ayant pas contaminée, la maladie qu’il a contractée lors de ses incartades ne regarde que lui. C’est-à-dire que c’est à lui de prendre ses responsabilités envers sa santé et celle des personnes qui partageront par la suite son lit. Blessée, vous avez décidé que vous n’étiez plus intéressée, et c’est votre droit. Rien ne vous oblige à lui pardonner quoi que ce soit et encore moins sous le prétexte qu’il serait malade.

Vos enfants n’ont pas à juger votre vie. Si leur père venait à décéder, il en serait le seul responsable. Et vous n’avez pas à devenir une martyre à cause de la maladie.

Il me vient en vous écrivant des réminiscences d’un deuil qui a été douloureux. Mon grand-père était un homme que j’admirais énormément. Lettré et joyeux, ses rires, ses chansons et les heures passées dans sa bibliothèque ont été de mes meilleurs souvenirs d’enfance. Il y a quelques années, il a été emporté par un cancer qui a fait des derniers mois de sa vie, et de celles de ses proches, un enfer. Il est parti triste et aigri. Alors que je cherchais à faire le deuil d’une des rares personnes que j’ai eu envie de rendre fière, je n’ai pas compris les ragots et l’amertume de celle qui, avec courage, avait partagé ses derniers instants. Ma grand-mère, épuisée par ces moments difficiles, a laissé échapper des anecdotes qui n’avaient rien à voir avec l’homme que j’avais connu. Je lui en ai voulu pendant des mois de souiller la mémoire de mon grand-père de cette manière.

Ce que je veux vous dire avec cette histoire, c’est que j’en ai voulu à ma grand-mère qui disait la vérité et non pas à mon grand-père qui avait tant fauté. Je lui en ai voulu de la façon dont elle avait rétabli la vérité et je lui en ai voulu de la façon dont elle avait gardé en elle ses griefs. J’aurais certainement souhaité que cette part d’ombre de mon grand-père soit connue de tous au moment où elle s’exprimait et qu’elle fasse partie du portrait que nous avions de lui, au même titre que ses qualités. J’étais triste, au fond, que ces histoires ne sortent au grand jour qu’au moment où il n’y a plus personne pour en discuter, que les protagonistes qui souffrent ne trouvent le courage de s’exprimer que quand ceux qui les ont fait souffrir ont définitivement disparu. Parce que cette relecture de l’histoire a posteriori donnait à mes souvenirs des airs de mensonges et de farces.

Heureusement, j’ai pardonné à ma grand-mère. Je me suis mise à sa place. Cet homme avec qui elle avait passé des dizaines d’années n’était effectivement pas exemplaire. Et elle le connaissait certainement mieux que qui que ce soit d’autre. Elle a été une femme humiliée maintes et maintes fois et elle est pourtant restée jusqu’au bout. Par sens du devoir, parce que c’est ce qui se faisait à l’époque, parce qu’elle avait trois enfants. Aussi par amour, j’imagine. Je l’admire aujourd’hui pour ça même si je ne suis pas de cette trempe. Je suis sûre de ne pas faire, à l’avenir, les mêmes choix qu’elle, mais je respecte ses décisions.

C’est à vous de décider aujourd’hui ce que vous voulez faire de votre vie. Si vous ne pouvez pas pardonner à votre conjoint et que l’amour n’existe plus entre vous, alors partez refaire votre vie ailleurs. Vous n’avez aucune raison de rester et de vous punir pendant des années. Si le sens du devoir est plus fort que tout et que vous vous sentez prête à pardonner, alors jouez cartes sur table et réorganisez votre vie ensemble. 

Actuellement, vous vivez dans le mensonge et ça ne peut pas continuer. Le jugement de vos enfants vous préoccupe, mais prenez en compte ce qu’ils vont pouvoir penser de vous et de votre mari s’ils apprennent la vérité trop tard, comme après le décès de l’un d’entre vous par exemple. Je ne peux m’empêcher d’imaginer qu’ils en souffriront comme j’ai pu souffrir de l’explosion de tristes vérités au moment du décès de mon grand-père. Pour vous, pour vos enfants, soyez responsable. En ce qui concerne le divorce dont vous semblez vouloir les protéger, ce n’est pas les respecter que de ne pas vous respecter. Il est temps de prendre une décision radicale, que cette décision soit celle de rester ou de partir. 

Oui, on vous jugera pour ça, parce que c’est ce que les gens font. Mais ce jugement n’a aucune valeur. Et si vous restez fidèle à vous-même et à vos convictions, fidèle à la vérité, il y aura toujours quelqu’un pour se mettre à votre place et même vous pardonner. Parce que vous n’avez rien fait de mal. 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (172 articles)
Journaliste
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