Ted, le Kennedy qui a le plus changé l'Amérique
Le sénateur, décédé dans la nuit de mardi à mercredi, frère de deux influents président et candidat démocrates, s'est fortement impliqué dans de nombreuses lois sociales.
- Ted Kennedy devant un poster de son frère John F. Kennedy,REUTERS/Brian Snyder BS/MR -
«Cette première victoire pour Edward Kennedy dégrade la dignité du Sénat et le fonctionnement démocratique».
- éditorial du New York Times, "Le petit frère gagne," 19 septembre 1962.
Des débuts de mauvais augure, pour dire le moins. A l'âge tendre de 30 ans, le frère cadet du Président John F. Kennedy et de l'Attorney General (Ministre de la Justice) Robert F. Kennedy semblait complètement disqualifié pour entrer au Sénat américain. Teddy était le vilain petit canard de la portée Kennedy. Suspendu de Harvard pour avoir fait passer un examen d'espagnol, pour son compte, par un coéquipier de son équipe de football, Ted a ensuite évité de servir dans la guerre de Corée, grâce à son père, servant plutôt dans la garde d'honneur de l'OTAN à Paris, tout en n'allant jamais plus loin que le grade de «soldat de première classe».
«Nous avons essayé de traiter tout le monde plus au moins pareil», a dit Rose Kennedy, un peu contrite, évoquant la manière dont Ted a été élevé, «mais on se demande si la mère et le père n'étaient pas un peu fatigués quand le neuvième enfant est né. Il fallait faire plus d'effort pour lui lire des histoires avant de le coucher et s'intéresser à ses compétitions de natation. Il y avait un écart de 17 ans entre mon enfant aîné et le cadet, et cela faisait vingt ans que je lisais des histoires au coucher».
Lion du Sénat
A sa mort, à 77 ans, Ted Kennedy n'était plus du tout la même personne. Il était devenu «le lion du Sénat» - un maître de l'art politique qui a changé la vie américaine plus profondément que n'importe quel autre membre de son illustre famille. John F. Kennedy est devenu Président et a inspiré une génération avec son appel au service public. Robert F. Kennedy est presque devenu Président et a exercé plus de magistère moral que n'importe quel autre candidat présidentiel depuis. Ted Kennedy n'a jamais été proche du poste du Président - sa tentative en 1980 dans les primaires contre le président titulaire Jimmy Carter fut un fiasco - et le magistère moral n'a jamais été son point fort. Mais au cours des 47 dernières années, il a été à l'origine de plus de changement social que n'importe quel autre homme politique américain de son temps.
En 1965, Kennedy a piloté un projet de loi sur l'immigration au Sénat qui a mis fin à quatre décennies de préférences en faveur des Nord Européens au détriment des Asiatiques et d'autres groupes et certains considèrent qu'il a ouvert la voie à la victoire de Barack Obama à la présidentielle. En 1972, Kennedy a aidé Title IX à voir le jour, une loi qui a interdit la discrimination sexuelle dans l'éducation et a favorisé le développement des programmes sportifs pour les femmes dans les lycées et les universités américains. En 1974, Kennedy a parrainé les «amendements post-Watergate» aux lois qui géraient le financement des campagnes électoraux, limitant le montant et les sources des contributions privées aux candidats et créant un système de financement public aux élections présidentielles.
En 1986, Kennedy a proposé des amendements clés au Consolidated Omnibus Budget Reconciliation Act, qui ont garanti la continuation de la couverture santé aux ouvriers s'ils perdaient leurs emplois. En 1990, Kennedy a porté le projet de loi qui a conduit à l'Americans With Disabilities Act, qui protège les droits fondamentaux des handicapés. En 1997, il a promu le State Children's Health Insurance Program, qui a donné de la couverture médicale aux familles avec enfants qui n'étaient pas éligibles à Medicaid. Chacune de ces lois a amélioré de manière tangible la vie des américains.
Plus à gauche que ses frères
Kennedy est plus connu comme le gardien du temple de la mémoire familiale, mais même dans ce rôle il a été beaucoup moins passif qu'on ne le suppose. En entretenant la mémoire publique de ses deux frères assassinés, Ted, qui était beaucoup plus à gauche que ses frères, a minimisé leur froid réalisme lors de la Guerre Froide et leurs caractères parfois impitoyables au profit de la mise en avant de leur compassion pour les défavorisés et de leur solidarité avec la classe ouvrière. Cette version de l'héritage Kennedy n'était pas inexacte, mais elle a quand même donné aux frères aînés un air plus «libéral des années 1970» qu'ils n'étaient et a permis à Ted de présenter son propre travail comme étant beaucoup plus comme la continuation du leur. Pour comprendre la vérité, essayez la chose suivante: imaginez le calme et cérébral Sénateur John F. Kennedy en train de torpiller la nomination de Robert Bork à la Cour Suprême, comme Ted l'a fait en 1987. C'est impossible.
En général, la différence entre Ted et ses frères aînés reposait sur leur tempérament. La convivialité démonstrative qui fait partie de la comédie électorale lui venait beaucoup plus naturellement qu'à Bobby ou à Jack, qui étaient beaucoup plus réservés, voire froids - résultat, peut-être, du fait que le frère cadet a été plus proche de son grand-père maternel, John Francis "Honey Fitz" Fitzgerald, maire de Boston et politicien à l'ancienne qui dansait des gigues irlandaises et chantait "Sweet Adeline" lors des campagnes électorales.
Le côté noir de son manque d'inhibition a été le comportement criminellement négligent dont Ted a fait montre en quittant le lieu de l'accident de voiture où Mary Jo Kopechne est mort en 1969, ainsi que sa réputation d'ivrogne et de coureur de jupons qui fut la sienne avant son remariage avec Victoria Reggie en 1992.
A part sa tendance aux hurlements partisans, sa philosophie politique était beaucoup moins prévisible qu'on ne le pense. On ne se souvient pas, par exemple, que Kennedy a été un des responsables de la dérégulation des industries du transport (aérien et poids lourds) à la fin des années 1970 - et que certains membres de la gauche l'en ont blâmé. Kennedy a aussi travaillé avec le Président George W. Bush pour voter la loi de 2002 No Child Left Behind, qui continue à être le fléau des syndicats d'enseignants (pour quelques bonnes raisons et aussi pour beaucoup de mauvaises), et sur des projets de lois variés avec son improbable partenaire mormon, le Sénateur Orrin Hatch, républicain de l'Utah.
Le plus grand engagement de Ted n'a toutefois pas été réalisé: la couverture médicale universelle. Jusqu'à la fin de sa vie, Kennedy a travaillé autant qu'il pouvait dans les coulisses pour forger le projet de loi actuel afin de réformer le système de santé, surtout pour le meilleur, parfois pour le pire. C'était, a dit Kennedy, "la mission de sa vie". Dans le magazine Newsweek du 18 juillet, Kennedy a écrit, «des mesures marginales ne suffisent plus». On pourrait répondre que les mesures marginales sont les seules que connaît le Congrès. La vie de Ted Kennedy démontre le contraire.
Timothy Noah
Traduit par Holly Pouquet.
Image de une: Ted Kennedy devant un poster de son frère John F. Kennedy,REUTERS/Brian Snyder BS/MR
Mis à jour le 19/07/2010 à 15h30










































Frères de 2 présidents influents, JFK aurait-il eu un frère-président caché ?
Il commence très mal cet article ...
cordialement,
«Frère de deux influents président et candidat...»... avant de critiquer, il vaut mieux être sûr de le faire à bon escient et d'avoir lu et compris la phrase dans son entier. Cela évite les commentaires inutiles et les critiques sans fondement.
Cordialement
Un homme, un Kennedy, avec ses forces et ses faiblesses. Il aurait pu rester toute sa vie l'enfant gâté de Rose. Il a choisi de mettre ses pas dans ceux de ses frères assassinés. On imagine les combats de cet homme contre lui-même pour se hisser à la hauteur de John et Robert. Sa grande réussite aura été de voir en Obama le président dont les Etats-Unis avaient besoin, de le soutenir et finalement d'assister à son élection.
Il mérite le respect. Paix à son âme.
Pourquoi sommes-nous encore fascinés par cette famille KENNEDY, après toutes ces années ?
Si JFK n'avait pas été un jeune et beau Président qui a su faire rêver l'Amérique et même le monde entier, par ses idées modernes et démocrates, sa jolie jeune femme, ses adorables bambins, peut-être serions nous moins touchés. Ils ont donné une image modèle de la famille moderne et ont su jouer de cette image glamour. Dans la réalité c'était tout différent.
Les tragédies qui en ont décimé plusieurs membres, ont fait une légende de de cette prestigieuse famille.
On ne peut que s'émouvoir devant le destin tragique de Bob assassiné en pleine ascension, et le beau John-John, le courageux petit garçon, saluant le cercueil de son père, disparu en mer avec son épouse et sa belle soeur.
Malgré la malédiction, les KENNEDY ont toujours tenté de revenir en politique, d'affirmer leurs idées et de s'impliquer dans des combats forts. Je pense à Mme Eunice KENNEDY-SCHRIVER, qui a créé et présidé de très nombreuses années "SPECIAL OLYMPIC'S", une grande et belle organisation qui tente à promouvoir le sport adapté pour les enfants et adultes handicapés dans le monde entier.
Oui, cette merveilleuse famille nous a fait rêver. A l'occasion du décès de Ted, je suis triste pour les KENNEDY, pour les Etats-Unis et pour une certaine époque révolue, même si je sais que tout n'était pas parfait dans le meilleur des mondes. Mais que dire de notre époque, est-elle plus parfaite ? en tous les cas elle ne me fait pas beaucoup rêver moi.
Adieu TEDDY, la fille de John est prête à reprendre courageusement le flambeau. JOKIDI
Ted Kennedy a travaillé sans relâche pour l'éducation et la santé. On lui doit en autre la création du premier Comité d'Ethique en 1974 qui fût aussi le premier à émettre une série de recommandations sur les nouvelles techniques médicales de reproduction en 1979. Ce rapport visionnaire et progressiste reste toujours d'actualité. Merci Ted et bonne chance là où tu es.