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Et l'année commença un 1er janvier

Charles IX François Clouet via Wikimedia Commons

Charles IX François Clouet via Wikimedia Commons

L'année n'a pas toujours commencé au premier janvier en France. La décision fait partie de plusieurs réformes prises par Charles IX pour mettre fin au désordre ans le royaume.

L'année n'a pas toujours commencé au premier janvier. C'est même par une décision royale que le début de l'année fut fixé à cette date. L'édit de Paris pris par le jeune Charles IX en 1563 était une manière d'uniformiser et de mettre de l’ordre dans son royaume en pleine guerre de religion. De quoi nous rappeler que le calendrier, aussi, est politique.

La décision est prise à la suite d'un grand tour de France. «Charles IX est présenté à son royaume par sa mère, Catherine de Médicis, qui veut en pacifier les troubles», explique l'historien moderniste Xavier Le Person. Charles IX monte sur le trône à l'âge de 10 ans, suite à la mort prématurée de son père Henri II lors d'un tournoi et au décès de son frère aîné François II après une seule année de règne. La succession d’un roi mineur survient alors que les tensions entre catholiques et protestants s'aggravent en ce milieu de XVIème siècle.

Nouvelle année à Lyon, pas dans le reste du royaume

Lors de ce tour de France, Charles IX «écoute les doléances de ses sujets et fait le constat de la diversité des pratiques». Parmi elles, celles du calendrier, qui varie d'une partie à l'autre du royaume. «Dans certains endroits, l'année commence le 25 mars, qui est le jour de l'Annonciation, ailleurs à Pâques qui est une fête mobile, ou encore à Noël», décrit Xavier Le Person. Autrement dit, quand l'an 1560 débute à Lyon, une bonne partie du royaume est encore en 1559 pour plusieurs mois. Pas ultra simple comme fonctionnement! «Cela provoque des problèmes», confirme l'historien. Une réforme pouvait apporter une solution à ce casse-tête calendaire. C'est l'objet de l'article 39 de l'édit de Paris de janvier 1563, qui fixe pour tout le royaume le début de l'année au 1er janvier 1564.

Cet édit n'est pas le seul à œuvrer à l'uniformisation de ce royaume bien disparate. A titre d'exemple, rappelons que la Bretagne a été rattachée au royaume de France seulement quelques décennies plus tôt. A la même époque, des mesures sont prises pour harmoniser le royaume et l'adapter à une gestion plus administrative. «Il faut relier cette réforme à la logique de Villers-Cotterêts», insiste Xavier Le Person. C'est-à-dire à l'ordonnance de Villers-Cotterêts prise en 1539 par François Ier, le grand-père de Charles IX, et qui fait du français la langue obligatoire dans le droit et l'administration, y remplaçant le latin.

Dans la même veine, la Grande ordonnance de Blois de 1579 de Henri III, le successeur de Charles IX à qui Xavier Le Person a consacré sa thèse, marque un effort royal de codification des coutumes du royaume.

Un début de l'année qui concerne surtout les magistrats et les prêtres

Concrètement, l'instauration du début de l'année au 1er janvier concerne surtout les magistrats, les lettrés et au premier chef les prêtres qui enregistrent baptêmes –dont la tenue des registres est obligatoire depuis l'ordonnance de Villers-Cotterêts– mariages et décès, dans chaque paroisse. «La confusion dure 3-4 ans. On voit dans les archives que certains clercs ne savaient plus quelle était l'année en cours, ils rayaient la date, corrigeaient à nouveau... Mais en 1567, la logique royale l'emporte», décrit l'historien.

«Cette réforme ne dérange que les lettrés et pas les paysans. Elle a des impacts limités sur l'ensemble des Français», estime Xavier Le Person. Il n’a pas connaissance de fêtes paysannes célébrant le début de l'année au printemps décalées au 1er janvier pour respecter la décision royale, ce que met en scène Jean Teulé dans Charly 9, son roman sur Charles IX. Le romancier y fait référence à la mort de nombreux paysans qui auraient revêtu leur fine chemise de printemps en plein hiver! Rajoutant d'autres morts à la conscience déjà tourmentée de Charles IX, le roi de la St-Barthélémy.

Pourquoi le 1er janvier? Et pourquoi pas?

Mais, au fait, pourquoi le 1er janvier? Xavier Le Person reconnaît que cela peut faire l’objet de discussions. On reprend probablement le jour de début d’année choisi par Jules César lors de sa réforme du calendrier –dit calendrier julien– qui s’imposa ensuite à tout le monde romain.

Mais la question devrait plutôt être: pourquoi pas le 1er janvier? Choisir une date qui ne correspond à aucune fête religieuse particulière n'est pas anodin. «Dans le contexte des guerres de religion, c'est un moyen d'affirmer un temps du roi supérieur au temps de l'Eglise. Cela peut aussi apparaître comme un moyen de trouver une concorde entre protestants et catholiques, autour d'un nouveau calendrier, pas religieux, mais royal», propose Xavier Le Person.

D'après ce dernier, on manque d'études sur l'acceptation de cette réforme, mais il semble qu'elle ait été adoptée en France autant par les réformés que par les catholiques. Ce qui ne fut pas le cas de toute les réformes calendaires de l'époque.

Quelques années plus tard, en 1582, le pape Grégoire VIII réorganise lui aussi le calendrier, en remplaçant le calendrier julien par le calendrier grégorien, mieux aligné sur le temps solaire, rappelle Xavier Le Person. Le calendrier julien avait accumulé un retard d’environ 10 jours par rapport au calendrier solaire au XVIe siècle. Le pape, pour retrouver la coïncidence coupa 10 jours de l’année 1582 et pour éviter le renouvellement de l’inconvénient, décida qu’on conserverait les années bissextiles, mais sur quatre années séculaires une seule serait bissextile. Si le calendrier grégorien est immédiatement adopté par les Etats catholiques que sont la France, l'Espagne, le Portugal, ou encore les cités-Etats italiennes , «cette réforme voulue par le Pape n'est pas acceptée par les protestants». En Angleterre, le calendrier grégorien n'est adoptée que deux siècles plus tard, en 1752, non sans provoquer des émeutes à Londres.

La décision de Charles IX de commencer l'année au 1er janvier a rencontré plus de succès. Mais «il ne faut pas voir l'histoire de l'Etat en termes d'une amélioration constante» prévient le moderniste. Car, loin de participer d’une construction conceptuelle de l'Etat, cette réforme se passe de manière très pragmatique. «L'Etat fonctionne alors dans des relations d'homme à homme, il s'agit pour le roi de donner satisfaction à ses sujets». Des désordres sont constatés, des sujets se plaignent, pour mettre fin au désordre du royaume, le roi prend des décisions... dont certaines façonnent toujours l'organisation du temps actuel.

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