Monde

La présidente argentine vient de parrainer un jeune homme pour «l'empêcher de se transformer en loup-garou»

Repéré par Andréa Fradin, mis à jour le 30.12.2014 à 12 h 36

Repéré sur The Independent, Jezebel

Cette tradition présidentielle a été créée en 1907.

Illustration de loup garou dans Weird Tales, en 1941. | Domaine public, Wikimedia

Illustration de loup garou dans Weird Tales, en 1941. | Domaine public, Wikimedia

Ce n'est ni une blague, ni le nouveau scénario d'une série pour adolescents. Le 23 décembre, Cristina Kirchner a fait d'un certain Yair Tawil son filleul, «afin qu'il ne se transforme pas en loup-garou», écrit le site américain Jezebel.

Le jeune homme de 21 ans en question n'est évidemment pas une créature digne des films d'horreur, et la présidente de l'Argentine ne croit pas davantage au paranormal. Mais cette adoption serait liée à la croyance populaire, dans le pays, en l'existence du «lobison», un homme qui se transforme en démon «à minuit chaque nuit de pleine lune», explique The Independent, et qui mange «les excréments, les bébés non baptisés et la chair des morts». Une malédiction qui toucherait le septième fils d'une fratrie masculine à son treizième anniversaire.

Si la superstition peut prêter à sourire, elle reste populaire. En août dernier, un journal local de Santa Fe rapportait par exemple l'histoire d'un jeune homme de 16 ans, persuadé d'avoir vu le lobison dans la province de Buenos Aires. 

Une croyance aux effets parfois dramatiques: au XIXè siècle, elle aurait été ainsi à l'origine de l'abandon, et même de l'exécution, de nouveaux-nés. Pour lutter contre ces conséquences, «les présidents ont commencé à adopter le septième garçon des familles», poursuit The Independent, qui précise que la tradition existe depuis 1907. Elle a même été formalisée en 1973 par un décret, qui l'a au passage étendue aux jeunes filles.

Selon Daniel Balmaceda, un historien argentin interrogé par The Guardian, la tradition n'est pas directement liée à ces croyances de loups-garous: on a d'un côté le parrainage présidentiel, débuté en 1907 quand des émigrés russes ont demandé au président de l'époque d'être le parrain de leur sept fils, afin de «maintenir une tradition de la Russie des Tzars», et de l'autre côté un «mythe séparé du lobizon, qui a commencé parmi les gauchos argentins, les cow-boys de la Pampa argentine, adaptée d'anciennes légendes européennes sur les loups-garou».

Mais un article publié en 2012 sur Argentina.ar, le portail d'informations argentines édité sous la houlette du secrétariat de la communication publique présidentielle, lie ces deux traditions, en affirmant que la tradition russe vient elle-même de la «superstition selon laquelle le septième fils d'une fratrie masculine se transformerait en loup». «Cette croyance est arrivée en Argentine au XIXe siècle avec les immigrants», assure le site, qui affirme aussi que des enfants étaient abandonnés et parfois tués en Russie à cause de ce mythe.

Quoiqu'il en soit, en Argentine, par ce parrainage en haut lieu, les septièmes enfants obtiennent également le financement de leur éducation.

Jusqu'en en 2009, ajoute encore The Independent, seuls les enfants de famille catholique pouvaient bénéficier de cette tradition. Cette année, cette dernière s'est un plus ouverte, en accueillant un filleul de confession juive.

En 1993, Shlomo et Nehama Tawil avaient écrit au président argentin pour que leur septième fils ait l'honneur d'être «adopté», mais leur requête avait été refusée, puisqu'ils étaient de confession juive. Ils ont retenté leur chance cette année, en citant le décret de 2009, et Yair Tawil est devenu le premier filleul juif d'un président argentin, rapporte Haaretz.

Article mis à jour avec l'article du Guardian et celui de Argentina.ar.

 

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