France

Popularité de Hollande: c'est l'économie, idiot!

Olivier Biffaud, mis à jour le 29.12.2014 à 18 h 18

Depuis le début du quinquennat, jamais le pouvoir n'a connu deux mois de popularité en hausse ni deux trimestres consécutifs de croissance. Et si ces deux tendances s'inversaient début 2015?

François Hollande à l'Elysée, le 3 décembre 2014. REUTERS/Philippe Wojazer.

François Hollande à l'Elysée, le 3 décembre 2014. REUTERS/Philippe Wojazer.

Tant de fois annoncée, mais jamais au rendez-vous! Cette fois-ci est-elle (enfin) la bonne? La reprise, aussi timide soit-elle, est prévue par l'Insee pour le début 2015. Cette prévision –si elle se confirme– serait la première vraie bonne nouvelle économique pour François Hollande depuis le début de son quinquennat. Certes, on n'assisterait pas au retour tonitruant des vaches grasses, avec +0,3% de croissance aux premier et deuxième trimestres, mais, au moins cesserait-on de mouliner en boucle la ritournelle des vaches maigres.

Depuis le 1er janvier 2012, la variation du PIB n'a jamais été positive deux trimestres de suite. Il faut remonter à 2011 pour trouver deux trimestres positifs consécutifs (les troisième et quatrième) qui précédaient, du reste, un premier trimestre 2012 dans le vert. L'année 2011, la dernière année complète du quinquennat Sarkozy, avait porté la croissance à 1,7% après une année 2010 à +1,4%. En 2012, puis 2013 et 2014 –les deux premières années complètes du quinquennat Hollande–, la hausse annuelle du PIB n'a pas dépassé 0,4% à trois reprises.

Si tout se passe comme l'écrit l'Insee dans sa note de conjoncture de décembre, l'acquis de croissance annuelle sera de 0,7% à la mi-2015, c'est-à-dire un taux supérieur aux trois dernières années complètes. Autant dire que dans ces conditions, l'année à venir marquerait un véritable tournant du quinquennat sur le plan économique, avec une croissance pouvant atteindre au moins 1%. Ce n'est évidemment pas le Pérou –en tout cas ce n'est pas suffisant pour avoir un effet sur l'emploi, encore en berne en novembre–, mais cela traduirait une rupture positive.

Un scénario de sortie du pessimisme

De fait, plusieurs paramètres pouvant enclencher une spirale vertueuse sont réunis pour la première fois depuis quelques années. Deux d'entre eux sont de nature internationale et jouent un rôle déterminant. L'euro s'est déprécié face au dollar, ce qui encourage les exportations, et le prix du pétrole est en baisse constante, ce qui diminue le coût des importations des produits manufacturés. Sur le plan intérieur, le taux de marge des entreprises est en voie d'amélioration grâce, notamment, au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (Cice) et au Pacte de responsabilité.

A cette heureuse combinaison s'ajouterait un redressement du pouvoir d'achat des ménages en raison d'un accroissement des revenus d'activité et d'une moindre progression des prélèvements obligatoires. Et c'est précisément avec ce dernier facteur que pourrait se nouer un scénario de sortie du pessimisme et de la morosité, tant de l'opinion que des chefs d'entreprise. Après plusieurs années de hausse ininterrompue des impôts –en fait, depuis 2011–, les contribuables ne pourraient que se féliciter d'une pause bienvenue et fort opportune. François Hollande s'y est engagé.

Si sur le plan économique, les choses se présentent moins mal qu'auparavant pour l'exécutif, elles donnent aussi l'impression d'être un peu moins négatives –tout est relatif, évidemment– dans la façon dont les Français perçoivent le président de la République. C'est du moins ce que plusieurs enquêtes d'opinion ont mis en évidence à la fin de l'année 2014. Au début décembre, LH2 et Odoxa ont relevé un léger mieux dans sa cote de popularité et, en fin de mois, c'était au tour de l'Ifop de faire la même observation.

Comme si l’opinion détectait une évolution

Objectivement, le chef de l'Etat ne renverse pas la table et son impopularité reste à des niveaux historiquement hauts. Mais un frémissement de sa cote est perceptible depuis l'émission En direct avec les Français que lui a consacrée TF1, le 6 novembre. Curieusement, cette prestation télévisée n'a pas été perçue de la même manière par les observateurs politiques professionnels et par l'opinion publique: jugée globalement ratée par l'ensemble des médias, elle a été, semble-t-il, plutôt appréciée par les Français. Ce hiatus avait fait l'objet d'une longue analyse de Thierry Herrant, directeur général du pôle image et contenus chez Publicis, dans un article intitulé «Evaluation d'un fiasco ou fiasco de l'évaluation?».

Par rapport au début novembre, la popularité du président a grimpé de 4 à 5 points en décembre. Ce gain trouve essentiellement son origine parmi les sympathisants de gauche, car sa cote ne varie guère à droite et au centre. Et là, nouveau paradoxe, alors que la gauche du PS et la gauche de la gauche «tapent» à bras raccourci sur le dos du jeune ministre de l'Économie, Emmanuel Macron ne cesse de voir monter l'adhésion de l'opinion en sa faveur, de sondage en sondage. Même à gauche!

A l'évidence, il se passe quelque chose que les analyses traditionnelles ont du mal à appréhender. C'est comme si les frémissements de la reprise et ceux de la popularité se conjuguaient, en écho au célèbre slogan «C'est l'économie, idiot!» qui fit la fortune électorale de Bill Clinton en 1992 –le gouverneur démocrate de l'Arkansas avait défait le président républicain sortant, George Bush père, en conduisant une campagne sur l'économie, encore l'économie, toujours l'économie.

C'est comme si l'opinion publique détectait, avant même les observateurs, ou espérait, une évolution qui remettrait le pays sur les rails. Si c'était le cas, cette observation devrait combler ceux qui ne cessent d'opposer le peuple aux élites... même si dans le cas d'espèce, elle ne va pas précisément dans le sens du «Hollande-bashing» qui est aussi une de leurs spécialités.

Le Hollande international dans la peau du Hollande national

Reste, évidemment, que cette hypothèse reste à confirmer. Car si le pouvoir socialiste n'a jamais connu deux trimestres consécutifs de croissance, son chef n'a lui, comme le note Yves-Marie Cann, directeur en charge de l'opinion à l'institut CSA, «jamais [...] bénéficié de deux mois consécutifs de hausse de sa cote de confiance». Les mesures faites dans les sondages de janvier apporteront un premier élément de réponse à cette interrogation. Pour la première fois de son quinquennat, peut-être, le chef de l'Etat joue vraiment gros sur le terrain de la confiance qu'il peut insuffler –ou non– au pays. Jamais, sans doute, n'a-t-il eu, objectivement, autant de cartes en main pour y parvenir.

Alors que sa détermination sur le plan international est une des caractéristiques de son quinquennat, elle a indubitablement été supplantée pendant les deux premières années par son indécision sur le plan intérieur. C'est au moins comme ça que les Français le lui ont fait savoir. Le pari qu'il doit maintenant se fixer est de mettre en adéquation ces deux caractéristiques opposées. En clair, de faire entrer le Hollande international dans la peau du Hollande national. Sa «représidentialisation» en cours est à ce prix. Et donc au prix de décisions fortes et lisibles.

La mise en place de cette mécanique est, on l'aura compris, extrêmement délicate. Chaque pièce doit s'emboîter au bon moment au bon endroit. Il est aisément imaginable que l'opposition ne laissera pas se développer sans réagir un processus qui permettrait au chef de l'Etat de remonter à la surface. Il est vrai que, pour le moment, la droite vise essentiellement les prochaines consultations électorales –départementales en mars et régionales en décembre 2015– pour maintenir Hollande dans un «corner». Mais sur ce terrain, elle aura fort à faire avec le Front national.

Olivier Biffaud
Olivier Biffaud (28 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte