Elections départementales: le PS rayé de la carte dans certains territoires?

Une carte de France de 1843 signée du géographe Alexandre Vuillemin.

Une carte de France de 1843 signée du géographe Alexandre Vuillemin.

Le PS sait déjà qu'il va perdre ces élections, mais une autre peur s'installe: celle de son élimination totale de plusieurs conseils départementaux.

Christophe Borgel est agacé. Il ne parvient pas à faire taire la rumeur qui bruisse dans les rangs socialistes: le PS pourrait se retrouver, après le scrutin des 22 et 29 mars prochains, sans aucun conseiller départemental dans plusieurs départements. «Qu’il y ait des interrogations, d’accord, mais enfin il ne faut pas pousser. Ce sont les frondeurs qui parlent de catastrophe, c’est ça?», rumine le responsable des élections du PS, un brin sur les nerfs.

Il faut dire que le dernier sondage en date donne le PS troisième force politique derrière l’UMP (25%) et le FN (28%), avec seulement 17% des intentions de vote. Dans certains départements, comme le Var, la Moselle, le Loir-et-Cher, les Hautes-Alpes ou le Loiret, les socialistes n’arrivent même pas à recruter de candidats. «Les vieux se font discrets, ils ne veulent pas se prendre de tôle», commente un responsable toulonnais. Résultat, dans ce département où la gauche ne contrôle actuellement que 10 des 43 sièges, les rares courageux à s’être manifesté auprès de la fédération locale sont encore un peu verts face à la machine électorale frontiste et à des troupes UMP reboostées depuis le retour de Nicolas Sarkozy.

Le PS sait déjà qu'il va perdre ces élections: selon les calculs de son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis, il pourrait céder 30 à 40 départements sur les 62 qu’il préside aujourd’hui. Mais depuis quelques semaines monte la peur que le parti disparaisse carrément du conseil départemental dans les territoires les plus à droite: le Var, donc, mais aussi les Alpes-Maritimes (où le PS ne compte que 5 sièges dans l'assemblée sortante), le Haut-Rhin (5 sièges également), le Maine-et-Loire... Une situation impossible dans un conseil régional (désigné à la proportionnelle) et rarissime dans une grande ville –c'est le cas, depuis mars dernier, à Perpignan, où la gauche avait été éliminée dès le premier tour.

Nationalisation des élections locales

Le consultant politique Vincent Pons, du cabinet Liegey Muller Pons, proche du PS, rappelle une contrainte générale: les élections intermédiaires sont toujours défavorables au pouvoir en place. «Un an après la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007, la droite essuyait un revers aux élections municipales. Même chose lors des régionales de 2010, largement remportées par la gauche, puis lors des cantonales de 2011», illustre t-il, théories du vote-sanction et du surge and decline à l'appui. Les départementales de 2015 seront en grande partie des élections nationales, avec une probable lame de fond anti-PS touchant, à des degrés divers, tous les cantons.

Le changement de mode de scrutin rend aussi plus probable qu'avant un raz-de-marée en faveur d'un parti dans un conseil général. Les conseils départementaux sont désormais renouvelés d'un seul bloc tous les six ans et non, comme avant, par moitié tous les trois ans, ce qui permettait de compenser un éventuel mauvais cru trois ans plus tard.

De plus, le redécoupage des cantons a créé une homogénéité démographique qui n’existait pas auparavant: là où certains candidats se présentaient devant 5.000 à 10.000 électeurs, ils sont désormais confrontés à 40.000 votants. Même si le gouvernement a proposé un découpage électoral qui favorise a priori le PS, «les conseillers généraux sortants devront faire campagne auprès d’électeurs qu’ils ne connaissent pas toujours», explique Frédéric Sawicki, professeur de sciences politiques à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

«Autodestruction»

Ce problème va se répéter aussi du fait du scrutin binominal paritaire, puisque désormais on ne votera plus pour un seul conseiller, mais pour un homme et une femme. Ce qui signifie moins de sortants (actuellement, seuls 13,5% des conseillers généraux sont des conseillères) et donc moins de candidats connus des électeurs, ce qui aurait éventuellement pu permettre au PS de limiter la casse.

Surtout, cette loi introduit un seuil de 12,5% des inscrits pour qu’un binôme puisse se qualifier. «Bon nombre de socialistes ne passeront pas au second tour», prédit Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l'université Lille-2. Etant donné le faible intérêt des Français pour cette élection, surtout lorsqu’elle n’est pas couplée à un autre scrutin comme ça l’a déjà été en 2011 (seuls 44% des électeurs s'étaient déplacés), cela rend les triangulaires pratiquement impossibles et risque de faire des ravages au sein des candidats PS si le parti n'est que la troisième force au niveau national. «De tous les scrutins, c’est celui qui a la prime à la majorité la plus forte», analyse Joël Gombin, politologue au CURAPP et collaborateur de Slate.

«La réforme des cantonales s’est faite au plus mauvais moment pour le PS, résume Rémi Lefebvre. Il y a moins de candidats sortants, le redécoupage géographique fait que les électeurs connaîtront encore moins les candidats et voteront donc davantage sur la base de considérations nationales. C’est de l’autodestruction!»

Divisions et difficiles alliances

Dans les territoires les plus menacés, les élus socialistes anticipent également un nouveau bide électoral. «On peut se retrouver dans la même dynamique que lors des municipales», craint la députée Sylviane Bulteau, conseillère générale de La Roche-sur-Yon, en Vendée, département où trois des quatre conseillers PS avaient été élus en 2011 (avec l'ancien découpage) avec moins de 52% des voix. «De nombreux élus pensent qu’ils n’ont plus assez de militants pour mener une campagne de terrain. Ils ont une attitude très fataliste alors que la campagne n’a même pas commencé», s’indigne Vincent Pons.

La bataille est rendue encore plus difficile par les divisions au sein même du PS. C'est le cas, par exemple, à Angers, où Jean-Luc Rotureau, ex-adjoint du maire socialiste Jean-Claude Antonioni et dissident aux municipales, envisage à nouveau de concurrencer le PS pour les départementales. Un calcul dangereux alors que l’UMP s’est installée confortablement dans la mairie angevine, détenue par le Parti socialiste depuis 1977.

Idem du côté des alliances avec les communistes ou Europe Ecologie-Les Verts, loin d’être toujours au rendez-vous. Ainsi, Pierre Laurent a exclu tout accord électoral PCF-PS au niveau national «tant que [le PS] soutiendra cette politique gouvernementale». Du côté d’EELV, «les discussions ne sont pas terminées mais pour le moment nous sommes très en-dessous du nombre d’alliances qui nous semble indispensable», confirme Christophe Borgel. Ces discussions sont particulièrement pressantes dans les départements les plus à droite, comme les Alpes-Maritimes.

Reste un facteur qui pourrait permettre au PS de limiter la casse et de conserver une représentation, même minimale, dans chaque département: «les départementales, c’est 30 élections par département», rappelle un haut-responsable du PS. Il faudrait donc que le PS perde des dizaines et des dizaines d’élections au sein d’un même territoire pour y être rayé de la carte.

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