Mon Europe mérite mieux que Barroso! par Sandrine Belier
La présidence de la Commission Européenne est bien l'un des principaux enjeux de la rentrée parlementaire européenne.
- Juan Manuel Durao Barroso. Sebastien Pirlet / Reuters -
1 - «Stop Barroso»: plus qu'un slogan de campagne
Juan Manuel Durao Barroso: de mémoire, jamais un président sortant de la Commission européenne n'avait tenu une telle place dans une campagne française pour les élections européennes. En faisant de l'ancien Premier Ministre portugais l'un des symboles, dès mi-mars, de notre campagne, j'ai le sentiment que nous avons réussi, avec Europe Ecologie, à réveiller l'intérêt dans l'Hexagone, sur les questions d'apparence complexes liées aux institutions, politiques et pratiques européennes.
La présidence de la Commission Européenne est bien l'un des principaux enjeux de la rentrée parlementaire européenne. Au-delà du slogan «Stop Barroso», c'est un débat qui s'est engagé dès juillet contre une Europe ultra libérale et attentiste sous contrôle des gouvernements réunis au sein du Conseil, contre une Europe paralysée par la prévalence des intérêts nationaux au détriment de la possibilité d'une politique ambitieuse commune de sortie de crise.
En obtenant, à Strasbourg, lors de la session parlementaire de juillet le report de la présentation par le Conseil du candidat Barroso au vote du parlement européen, les Verts européens alliés pour l'occasion aux socialistes et à une partie des libéraux, ont remporté la première manche de ce qui, bien plus qu'un simple épiphénomène médiatique, pourrait devenir l'un des plus importants bras de fer démocratique entre les chefs d'Etats et de gouvernements d'un côté et les représentants directs des citoyens de l'autre.
Soyons clairs, ce qui se joue n'est pas le sort d'un homme soutenu par le Conseil, mais un choix de société. Un tournant politique appelé de leurs vœux par nombre de citoyens européens qui, de plus en plus nombreux, disent stop aux vieilles politiques d'hier, sans cesse remises au goût du jour, et qui nous conduisent chaque jour qui passe un peu plus dans le mur. Stop, aussi, aux faux engagements politiques relayés médiatiquement.
Prenez la crise financière qui a plongé, en Europe et au-delà, des centaines de milliers de familles dans la plus grande détresse. Sarkozy, Merkel, Brown & Cie leur avait juré leur grand dieu qu'on ne les reprendrait plus, qu'ils allaient moraliser la finance... Résultat des courses, l'affaire des bonus. La fin des quotas laitiers et la crise qui s'ensuit pour les producteurs européens est bien à mettre au passif des Etats - dont la France - et de leur candidat Barroso. Que dire aussi de l'entêtement de l'ancien Premier ministre portugais à vouloir imposer les semences OGM sur le sol européen? Petit rappel des faits: le 22 juillet dernier, dans une indifférence quasi générale, la Commission européenne a réitéré son soutien à la commercialisation sur le marché des semences de maïs de la multinationale américaine Monsanto. Fin octobre, cette proposition devrait être soumise aux 27 ministres de l'Environnement. Divisés sur la question, ceux-ci pourraient le rester. En ce cas, la décision d'autoriser la commercialisation de ces trois semences appartiendrait à la Commission et à son président qui gère personnellement ce dossier...
Un BILAN sans perspective
Aujourd'hui je souhaite / nous souhaitons nous prononcer et débattre sur la base d'un programme. Quels sont les axes programmatiques que le futur Président de la Commission européenne entend défendre pour les 5 prochaines années? Quel est le programme de travail et les orientations que Mr Barroso s'engage à soutenir et à poursuivre? Aujourd'hui, je n'en sais rien parce que rien de tel ne nous a été présenté. Je ne peux qu'imaginer ce qu'il nous réserve sur la base du bilan de son mandat sur les 5 dernières années. Et ce bilan, ce n'est pas l'Europe que je défends. Et pour couper l'herbe sous le pied aux polémiqueurs tentés de me taxer de faire un procès d'attention, je soumets à votre réflexion les éléments qui me conduisent à considérer que le bilan de la commission Barroso est loin d'être à la hauteur des enjeux d'une sortie de crise par le haut:
- Economie et réponse à la crise financière
La Commission Barroso a systématiquement ignoré les inquiétudes exprimées face à l'absence de réglementation du secteur financier. Elle a tardé à proposer des mesures visant à atténuer les effets de la crise financière. Elle a fait preuve d'une passivité sans commune mesure à l'égard des paradis fiscaux et de la poursuite de la libéralisation des services financiers, rendant d'autant plus difficile toute régulation future du secteur financier dans l'UE.
- Social
Que dire et penser d'une politique sociale subordonnée à une vision économique à court terme? Politique de libéralisation, privatisation et déréglementation qui a mis en péril les services publics. Que dire et que penser de l'échec de la Commission sur la révision de la directive relative aux travailleurs détachés? Que dire et que penser des propositions qui ont suivi (de la directive services à la réglementation sur la durée du travail dans les transports routiers) qui n'ont eu que pour effet d'ouvrir la porte au dumping social?
- Environnement
L'environnement est devenu le parent pauvre de la politique communautaire. Sous la présidence de Mr Barroso, les gains économiques à court terme de l'industrie ont prévalu systématiquement sur les objectifs environnementaux à long terme. Sous l'impulsion de M. Barroso, la Commission a retardé et affaibli des propositions législatives majeures dans le domaine de la lutte contre les changements climatiques, telles que la limitation des émissions de CO2 des véhicules. M. Barroso promeut ouvertement l'énergie nucléaire, mettant fin à la tradition de neutralité de la commission vis-à-vis de cette technologie en affaiblissant les orientations de développement en faveur des énergies renouvelables. Je ne peux pas accepter une commission qui outrepasse ses attributions en cherchant à plusieurs reprises à faire autoriser la culture de variétés génétiquement modifiées contre la volonté même de plusieurs Etats membres et de nombreux consommateurs. Je ne veux pas d'une commission qui a retardé et affaibli la législation européenne sur la pollution atmosphérique et le traitement des déchets et n'a pris aucune mesure quant aux dispositions du règlement Reach visant à substituer les substances chimiques pour lesquelles des alternatives sures existent.
- Démocratie
Enfin, je suis atterrée par le bilan de cette commission dans ce domaine. Le président Barroso n'a pas tenu son engagement de créer un groupe de travail sur les droits de l'homme composé de commissaires. Il est resté muet sur les restitutions extraordinaires de la CIA en Europe malgré la violation de la réglementation européenne... Je suis consternée de constater que la Commission a renoncé à son rôle de gardienne des traités de l'UE et a évité d'engager des procédures d'infraction contre les états membres contrevenants et récidivistes. Je suis inquiète au regard de l'attitude d'une Commission qui s'est montrée réticente à assurer un plus grand accès à ses documents, même lorsque des décisions de justice l'enjoignaient de le faire; qui face à l'influence des lobbies dans le processus décisionnel, s'est limitée à la création d'un registre volontaire écartant toute initiative visant à plus de transparence...
Ne nous trompons pas de débat, c'est au regard de ce bilan que nous disons aujourd'hui «Stop Barroso» mais plus encore que nous affirmons que l'Europe, notre vision de l'Europe, notre Europe mérite mieux que Barroso! Il n'est pas tant question de stigmatiser un homme que de se s'interroger sur quelle Europe nous voulons pour demain.
Quelle est l'Europe que nous construit, avec le soutien des chefs d'Etats et de gouvernements, l'actuel président de la Commission? Une Europe impuissante face au monde de la finance? Une Europe destructrice d'emplois agricoles? Une Europe OGM que les citoyens refusent très majoritairement l'usage de semences génétiquement modifiées? Cette Europe n'est pas celle d'Europe Ecologie et des Verts européens, pas plus qu'elle n'est aujourd'hui celle des citoyens et d'une majorité de leurs représentants parlementaires. Ce qui se joue en ce moment, entre les couloirs du Berlaymont et ceux du Parlement est une question de choix entre différentes visions de l'Avenir.
Et d'un point de vue institutionnel, n'en déplaise à certains, je suis de ceux qui pensent que l'avenir devra se définir sous le traité de Lisbonne!
2 - Nice ou Lisbonne - La «tactique du tic-tac»
Nous nous sommes réunis dès le 16 juin à Bruxelles, une semaine après les élections, pour nous caler sur nos objectifs: faire obstacle au passage en force du Conseil à une présentation de son candidat à la session de juillet et de septembre sous le traité de Nice pour affirmer la légitimité et le poids du parlement, aujourd'hui seule institution au sein de l'Union Européenne représentant les citoyens européens. Il s'agissait bien de se faire respecter dès les premières minutes.
Ainsi, lors de cette dernière session strasbourgeoise, il est ressorti de la conférence des présidents que l'inscription à l'ordre du jour de la session de rentrée de l'investiture de José Manuel Durao Barroso serait conditionnée à la présentation par ce dernier d'un «programme convaincant». En juillet, la conférence des présidents a décidé de ne pas décider de l'inscription à l'ordre du jour de la présentation du candidat Barroso au parlement. La «tactique du tic-tac» consiste à repousser le vote sur la présidence de la Commission après la ratification, si elle a lieu, du traité de Lisbonne (référendum prévu en Irlande début octobre) pour que le nouveau président soit élu sous l'égide de ce traité qu'il sera amené à appliquer.
Une des raisons tient dans cette disposition du nouveau traité:
«En tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de président de la Commission. Ce candidat est élu par le Parlement européen à la majorité des membres qui le composent. Si ce candidat ne recueille pas la majorité, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose, dans un délai d'un mois, un nouveau candidat, qui est élu par le Parlement européen selon la même procédure.»
En clair, avec le traité de Lisbonne, Barroso devra recueillir un minimum de 376 voix sur sa personne contre une simple majorité des présents à l'heure actuelle. Autant dire que si le front anti-Barroso devait se renforcer, ses jours à la tête de la Commission seraient en ce cas, sérieusement comptés. Resterait alors au Conseil à proposer le nom d'un autre candidat, dont on pourrait aller jusqu'à imaginer qu'il soit soufflé par le Parlement lui-même... A peu de choses près, l'Union vivrait en ce cas une petite révolution de velours...
Quant à Mr Barroso, si les chefs d'Etats et de gouvernements européens tenaient malgré tout encore à le gratifier du titre du président, le traité de Lisbonne instituant une présidence de l'Union européenne pour un mandat 2 ans et demi, qu'ils lui attribuent celui de président du Conseil européen. Les choses auraient au moins le mérite d'être claires...
Sandrine Bélier
Image de une: Juan Manuel Durao Barroso. Sebastien Pirlet / Reuters
Mis à jour le 31/08/2009 à 17h18










































Certes, mais quel autre candidat proposez vous ?
Vous devenez de plus en plus "politicienne" à force de d'arguments de négation quand à l'adversaire.
C'est pourtant exact Baroso est celui que vous décrivez au deux tiers mais ayez le courage de noter dans votre discours 2 ou 3 points positifs en sa faveur car nul être humain fût-il "politique" n'est mauvais à 100%. Oubliez les habitudes Françaises si préjudiciable au compromis (du latin cum promisere = promettre avec, la plus haute attitude qui soit ).
Enfin pour terminer je vous applaudis pour votre élection, et je vous rejoint quant à mon Europe depuis si longtemps (1958 environ)
Soyons clairs.
Madame Bélier, ses amis les Verts alliés aux socialistes et à une partie des libéraux ont engagé un bras de fer démocratique au sein du parlement européen pour se débarrasser du président Barroso. Bien !
Mais, au 5ème paragraphe que viennent faire dans cette histoire, la crise financière, les centaines de milliers de familles plongées dans la détresse, Sarkozy, Merkel, Brown et Cie, les quotas laitiers et les semences OGM ?
Dans la suite de l'article madame Bélier nous détaille tous les mauvais choix faits par la Commission concernant l'économie, le social, l'environnement etc.
A aucun moment elle ne nous présente en contrepoint ce que serait son choix et celui de ses amis en lieu et place de ce qui se fait actuellement.
Je ne crois pas que c'est avec ce genre d'article que les citoyens comprendront mieux ce qui se joue à Bruxelles.
Vous êtes bien gentille, votre Europe n'est pas celle de Barroso et tout et tout, mais, et pardonnez d'avance ma crédulité, que pouvez-vous faire au juste ? Vous (les verts) êtes minoritaires au Parlement Européen.
De plus, vous l'aurez peut-être remarqué, les socialistes français ont également commencé leur campagne européenne sur ce point précis : “Stop Barroso !". Oui, mais commencé seulement. Et pourquoi cela ? Parce que leurs camarades espagnols, britanniques et allemands ont très vite affiché leur soutien à Barroso et ont demandé aux français de cesser de s'attaquer au président de la Commission... Vous (les Verts) êtes donc non seulement minoritaires au Parlement, mais au sein même de la gauche européenne, tout le monde n'est pas fondamentalement opposé à Barroso !
Vous comprendrez alors que votre petit "aux faux engagements politiques relayés médiatiquement" m'a fait doucement sourire...
C'est bête et méchant, mais c'est la réalité.
Une contradiction énorme dans votre discours me fait également tilter... Vous êtes profondément anti-Commission, que vous estimez pourfendeur de la sainte démocratie (bouhh!). Mais à côté de cela, il ne vous gène absolument pas d'encenser le Traité de Lisbonne (un modèle de démocratie, n'est-ce pas?) qui renforcera le pouvoir de la commission et... du Parlement. Europe Fédérale 1, Europe des Nations 0... et c'est la démocratie qui a gagné ?
Je peux me tromper, mais il me semble que les Verts de l'époque avaient majoritairement voté NON au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. Celui-ci a depuis été transformé en Traité de Lisbonne. Et un grand nombre d’écologistes français ont vilipendé ce jeu de Bonto consistant à remplacer un Traité par un autre.
Il est amusant de voir les Verts utiliser ce qu'ils ont combattu pour arriver à leurs fins. Il n’était peut-être finalement pas si mal ce traité?
Mme votre article est intéressant mais comme d'habitude très anti mais sans proposition. Il est bien connu que tous nos "éminents" représentants nationaux ou communautaires sont très critiques dans l'opposition mais aux commandes, en conformité avec les précédents adversaires politiques.
Je crois que vous devriez commencer par faire un article HONNETE sur l'action des écologistes dans le gouvernement de M. JOSPIN.
Je pense que l'Ecologie est un vrai sujet qui touche l'ensemble des besoins de la gestion d'un pays : la finance (aussi que cela vous déplaise), le social, l'environnement, la justice, la santé, l'éducation, l'aménagement du territoire.....
Votre pb ne pas avoir comme écologiste présenté un programme de gouvernement réaliste ( les écologistes du moins français ne paraissent pas très sérieux, preuve pour faire un score honorable aux européennes vous avez choisi comme chef de file M. DC que vous aviez boudé il ya quelques années) sans d'autres formation archaïques comme le PS qui est dans une déconfiture affligeante.
Mme pour être crédible cessez de nous parler du non nucléaire, qui effectivement est un risque écologique majeur, pour nous parler de les remplacer par des génératrices éoliennes incapables de couvrir de vrais besoins et qui de plus défigure le paysage et non rentables sans subvention, cessez comme le fait le gouvernement actuel de vouloir taxer tout et rien au nom de l'Ecologie nouvelle religion qui va de plus en plus vers le sectarisme et non vers l'éducation.
Par contre imposer le solaire obligatoire dans tout le sud de l'Europe, dans un premier temps, cela permettrait d'améliorer l'environnement mais en PLUS de créer de l'emploi en Europe par la maîtrise pour peu de temps encore, des technologies du solaire.
Alors Mme arrêtez d'être une piètre polticienne très véhémente dans l'opposition, représentante d'amis dont le bilan a été bien terne dans le gouvernement de M. Jospin.
JE VOTERAI ECOLOGIE et non vert ( piètre nom) le jour où vous présenterez un programme réaliste et sous une vraie bannière Ecologique. Votre ami M. DC l'a compris je crois, car il parle de la gauche (nom ridicule qui ne veut rien dire) avec retenue, je pense qu'il se pose la vraie question un mouvement politique Ecologique peut-il gouverner, certainement mais pas avec Mme Voynnet M. Cochet, M. Mammere et autres gesticulateurs sans envergure.
A vous lire prochainement dans un article constructif: PROPOSITION D'UN GOUVERNEMENT ECOLOGIQUE.
@Marianne
"Mais, au 5ème paragraphe que viennent faire dans cette histoire, la crise financière, les centaines de milliers de familles plongées dans la détresse, Sarkozy, Merkel, Brown et Cie, les quotas laitiers et les semences OGM?" Le tout libéral, la fin des quotas laitiers, le feu vert à la culture OGM relèvent des politiques communautaires conduites par le Conseil et la Commission...
Quand aux propositions, je suppose qu'il s'agit de celles portées par Europe Ecologie et de l'ensemble du groupe parlementaire des Verts européens (programme identique d'un Etat à l'autre) durant la campagne des européennes...
Monsieur,
Vous avez sans doute raison. Mais les élections européennes sont loin et pardonnez-moi de n'avoir prêté que peu d'attention à la campagne des Verts.
Maintenant c'est différent, certains sont élus au parlement européen et je constate, d'après les autres commentaires, que je ne suis pas la seule à trouver cet article un peu court en ce qui concerne les propositions.
Vous-même d'ailleurs, ne faites qu'une supposition. C'est dire si nous avons tous besoin, comme le dit MAYOMBE, d'un article constructif !
Très cordialement.
@Marianne,
Pour les propositions d'Europe Ecologie portées par les eurodéputés membres du groupe parlementaire européen Verts/ALE: http://www.europeecologie.fr/programme cf contrat écologiste)
Concernant l'auteur, d'autres articles devraient visiblement venir, Sandrine Bélier étant enregistrée comme chroniqueuse sur Slate France. A suivre donc au cours des prochaines semaines...
Il y a moins d'un an, les idées de gauche apparaissaient archaïques, les idées libérales, désagréables mais modernes. Les temps ont changé, rien n'incarne mieux l'archaïsme idéologique que ce triste Barroso, même si la gauche demeure ringarde.