Science & santé

La haute altitude, un plaisir à consommer progressivement

Planète Santé et Eric Schaerlig, mis à jour le 29.12.2014 à 14 h 45

L'appel irrésistible des cimes ne devrait pas faire oublier que les excursions à haute altitude requièrent quelques précautions importantes.

L'Everest, en 2007. REUTERS/ Desmond Boylan

L'Everest, en 2007. REUTERS/ Desmond Boylan

Qui n'a pas rêvé un jour de pouvoir emmener sa famille parcourir de nombreux sommets, ou gravir les montagnes mythiques de pays lointains?

Le rêve devient de plus en plus facile à réaliser grâce à l'amélioration continue des moyens de transport et aux billets d'avion toujours moins chers. Mais l'appel à la prudence devient d'autant plus nécessaire, si l'on ne veut pas que les vacances se soldent par des soucis de santé parfois graves qui ruineraient tous nos espoirs.

De nombreuses destinations touristiques (sans parler des stations de montagne suisses et françaises) se caractérisent en effet par une altitude souvent importante. Que l'on pense par exemple au Tibet, au Ladak, au Kilimandjaro, ou encore au Machu Picchu ainsi qu'aux hauts plateaux andins. Certains pays ne connaissent même aucun lieu situé à une altitude inférieure à 2.500 mètres.

Or, la haute altitude est en soi un élément hostile, et constitue une source de difficulté ou de danger, si l'organisme n'y est pas progressivement habitué. Car la diminution de la pression atmosphérique en fonction de l'altitude signifie que l'air va peu à peu s'appauvrir en oxygène, cet élément chimique dont notre corps ne saurait se passer au risque de souffrir d'«hypoxie», comme le disent les spécialistes.

Conséquences parfois mortelles

Une telle hypoxie peut avoir diverses conséquences. Certaines sont banales –mais malgré tout désagréables– alors que les plus graves peuvent dangereusement compliquer une grossesse, voire être mortelles.

En tête de liste des problèmes de santé entraînés par l'altitude figure ce que l'on appelle le mal aigu des montagnes, signe d'une perturbation du flux sanguin vers le cerveau et caractérisé par des maux de tête, des vertiges ou des nausées. Ces manifestations, selon l'altitude atteinte et la vitesse d'ascension, peuvent affecter jusqu'à un enfant/adolescent sur trois, qui manifeste alors, et jusqu'à deux tiers des adultes. Chez les très jeunes enfants, cela se manifeste par une irritabilité accrue et un subit manque d'entrain, alors qu’à partir de 8-10 ans les symptômes sont similaires à ceux de l’adulte tels que décrits précédemment.

Le mal aigu des montagnes, s'il disparaît en principe spontanément, peut néanmoins progresser très rarement vers quelque chose de bien plus grave, car potentiellement mortel, que les médecins nomment l'œdème cérébral de haute altitude (en anglais HACE). Les maux de tête sont alors beaucoup plus vifs, et la coordination des mouvements devient plus difficile, avec éventuellement des difficultés pour marcher ou parler.

Il est donc important que les parents détectent à temps chez leurs enfants ces symptômes qui pourraient faire soupçonner un tel trouble (bien que rare, et n'ayant pas fait l'objet d'une étude spécifique chez l'enfant).

Il est encore un autre trouble dû à l'altitude, que les spécialistes nomment le HAPE (pour œdème pulmonaire de haute altitude), mais il semble que les enfants habitant en plaine y soient rarement sujets. Il apparaît généralement 36-72 heures après l'arrivée en altitude, et se manifeste le plus souvent par une difficulté de respiration même au repos, par une accélération anormale du pouls, voire une cyanose (coloration bleutée de la peau). Les enfants ayant souffert d’un manque d’oxygène ou des problèmes cardio-vasculaire à leur naissance y seraient plus sensibles.

Que faire et comment prévenir?

Face à de tels troubles dus à l'altitude, une série de précautions simples permet de les prévenir dans une certaine mesure. A commencer par une constante importante que l'on a tendance à oublier dans l'euphorie de l'ascension: prendre de l'altitude de façon très graduelle, donc monter très lentement, à une cadence d'environ 300-400 mètres par jour au-delà de 3.000 mètres. Cela permettra à l'organisme, qui dispose de moyens d'adaptation, d'absorber progressivement la raréfaction de l'oxygène.

De même, afin de préparer le corps aux changements qui l'attendent, il vaut mieux éviter les efforts trop intenses durant les quelques premiers jours de la randonnée. Une consommation adéquate d'eau et de sucres est également recommandée.

Si l'un ou l'autre des signes de mal aigu des montagnes devaient néanmoins survenir, il faudrait d'abord s'accorder un bon repos, pour voir si les signes cliniques s'améliorent, et sinon tenter d'agir sur la cause principale du trouble –la concentration de l'air en oxygène– en essayant de perdre de l'altitude.

Si les symptômes sont plus alarmants, faisant soupçonner un œdème cérébral ou pulmonaire, une évacuation rapide vers la plaine doit alors s'imposer, en complément des éventuels médicaments que votre médecin vous aura recommandés avant le départ.

En conclusion, on voit bien que l'attrait irrésistible des cimes nécessite une préparation sérieuse. A la fois pour l'itinéraire envisagé, qui doit permettre une montée en altitude progressive d'étape en étape, et pour les voies possibles permettant si nécessaire de redescendre à une altitude moindre. Sans oublier l'analyse par votre médecin de votre aptitude à une telle excursion à haute altitude.

Références: adapté de «Enfants, femmes enceintes et altitude», Drs Hervé Duplain, Petra Rehakova et François Farron, Hôpital du Jura, Delémont, et Dr Emrush Rexhaj, Inselspital, Berne, in Revue médicale suisse 2014;10:1024-7. En collaboration avec les auteurs.

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