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Vous pouvez (enfin) regarder «The Interview» en ligne. Mais devriez-vous le faire?

The Interview © Sony

The Interview © Sony

Si vous voulez défendre la liberté d'expression, oui. Si vous voulez regarder un bon film, non.

Le Père Noël est arrivé en avance pour les défenseurs de la liberté d’expression. A 13H, heure américaine, le 24 décembre, Sony a mis sur YouTube (accessible depuis les Etats-Unis) sur Google Play, sur Xbox video, et sur son propre site, sa comédie controversée, auparavant retirée des salles, LE film sur l’assassinat de Kim Jong-un. En ce jour de Noël, dans quelques villes américaines, on peut même se rendre au cinéma et voir en salles ce film si discuté, mais si peu vu jusqu'ici.

La même semaine, on est passé de l’impossibilité totale de voir le film, à toute une palette d’écrans disponibles. Mais devriez-vous vraiment regarder le film?

Oui, si vous avez quelques heures devant vous et que vous voulez soutenir la liberté d’expression en payant une entreprise pour sa comédie presque dépourvue de blagues drôles. Si le postulat de départ du film est intriguant en théorie (Le présentateur d’un talk show dans l’esprit d’Entertainment Tonight, Dave Skylark (James Franco) et son meilleur ami, le producteur Aaron Rapaport (Seth Rogen) obtiennent une interview avec Kim Jong-un, et se retrouvent chargés par la CIA de l’assassiner) le film n’est en fait jamais à la hauteur de ses promesses.

En gros, c’est simplement Pineapple Express II: A la recherche de l’assassinat de Kim Jong-un.

Et c’est bien dommage.

Il faut avouer que les premières minutes sont assez géniales: une jeune fille nord-coréenne chante une chanson joyeusement sadique face à des milliers de spectateurs («Nous souhaitons … que les Etats-Unis explosent dans une boule de feu infernale») juste avant qu’un missile ne soit lancé en arrière-plan. Ou Eminem s’assied pour l'émission de Dave, –Dave en direct– pour révéler avec nonchalance que les paroles homophobes de ses chansons sont en réalité «une piste révélant son homosexualité».

Mais à l’issue de cette ouverture amusante, le film empile des blagues nulles sur les Asiatiques (des imitations de l'accent qu'Aaron fait au téléphone avec son contact nord-coréen) et beaucoup trop de diffusions de Firework, de Katy Perry (Kim en est secrètement fan), tout en sous-utilisant tristement la comédienne Lizzy Caplan, qui joue la responsable des deux garçons au sein de la CIA. (Même si dans l’une des scènes les plus drôles du films, elle donne une réponse acerbe à Aaron et Dave qui ne cessent de faire des remarques sexistes sur son rôle à la CIA).

La fin du duo

On a aussi l’impression que l’alchimie entre Franco et Rogen s’évanouit. Ils se disputent beaucoup dans le film et se font sans cesse peur —souvenez-vous de ce qu’on a dit, c’est une sorte de Pineapple Express II— mais les blagues ne font jamais vraiment mouche. Comme quand Dave annonce qu’il prévoit de revenir sur sa parole d’assassiner  le dictateur, et de se retirer de l’affaire parce qu’ils sont devenus copains; s’ensuit un échange lourdeau entre les amis sur le verbe «se retirer». Mdr.

Bien sûr, le film a toujours le mérite de se moquer d’un dictateur qui le mérite amplement. The Interview échoue peut-être en tant que véritable comédie, mais il parvient à écorcher Kim Jong-un, particulièrement dans l’interview qui constitue l’apogée du film («Pourquoi ne nourrissez-vous pas votre peuple?» demande Dave en direct) et dans le trépas final. La scène est conforme à ce que vous avez vu sur Internet.) Voilà, le film a ça pour lui. Mais si vous aimez la critique de dictateurs plus tranchante, plus subtile, vous devriez probablement faire ce que tout le monde semble faire en ce moment: revoir Team America: World Police.

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