Histoire

Quand la presse française se réjouissait de voir arriver en France sa première mosquée

Repéré par Charlotte Pudlowski, mis à jour le 24.12.2014 à 12 h 17

Repéré sur Geneanet

A la grande mosquée de Paris le 30 mars 2012. REUTERS/Zohra Bensemra

A la grande mosquée de Paris le 30 mars 2012. REUTERS/Zohra Bensemra

Sur le blog Généanet, qui propose tous les jours des archives de journaux d'événements variés, on trouvait le 13 décembre une coupure du Petit Journal datant d'un siècle plus tôt. Dans un éditorial, un journaliste de gauche de l'époque, Ernest Vauquelin, se félicite du projet de construction d'une première mosquée à Paris. L'idée, qui a germé mais échoué dès 1895, est reprise à l'issue de la Première Guerre mondiale pour rendre hommage aux musulmans qui avaient combattu pour la France. 

Sur un ton de colon réjoui, Vauquelin explique dans Le Petit Journal: 

«Ses posssessions de l'Afrique du Nord, du Sénégal, du Soudan et du Centre Africain, habités par plusieurs millions de sectateurs du prophète, font de la France une des plus grandes puissances musulmanes. De plus, nous avons fréquemment des visiteurs étrangers appartenant à cette religion et nos écoles comptent, en temps normal, un nombre important d'étudiants appartenant aux pays de l'Islam.»

Vauquelin estime juste que l'on puisse trouver cette mosquée de même que l'on compte alors dans Paris églises, synagogues, ou temples. Il ajoute plus loin: 

«Cela est d'autant plus nécessaire que nous avons en ce moment, à la frontière du Nord, plusieurs dizaines de mille hommes, tirailleurs algériens ou marcoains, spahis et goumiers qui combattent sous notre drapeau pour repousser l'envahisseur. On peut facilement imaginer quelle heureuse et profonde impression ferait sur tous nos auxiliaires musulmans la nouvelle que la France, respectueuse de leurs croyances religieuses, élève dans sa capitale une mosquée où les fidèles de Mahomet pourront venir faire leurs dévotions lorsque du haut du minaret le chant du muezzin les appellera à la prière...»

Le journaliste n'était pas le seul à éprouver cet optimisme et cet enthousiasme. Quelques années plus tard, note l'Institut d'Histoire du temps présent, La Revue indigène (dont le sous-titre était «Organe des intérêts des indigènes aux colonies et pays de protectorat») justifiait la construction de la mosquée de Paris de manière similaire:

«Une telle proposition ne pouvait être oubliée et disparaître. Elle correspond trop bien à la politique que la France se doit à elle-même de suivre envers ses fils musulmans, et qui doit se traduire tantôt en actes d’équité politique ou administrative et tantôt en gestes de sympathie ou de bienveillance.»

C'est d'ailleurs in fine en grande partie grâce aux initiatives du directeur de cet organe de presse, Paul Bourdarie, que la Grande Mosquée de Paris put voir le jour, explique l'Institut d'Histoire du temps présent. La construction démarrera en 1922. 

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