Drones de jouets! Les dangers insoupçonnés de ces engins volants

Seth Stevenson essayant les drones

Le chroniqueur high-tech de Slate.com a testé des drones pour Noël.

J’ai rêvé d’un drone de Noël. De drones sous le sapin. Petit papa Dronel, quand tu descendras du ciel, n’oublie pas mon petit soulier.

Certains articles, ici ou , semblent indiquer que les drones sont une tendance lourde des listes de Noël cette année. Pourquoi tout le monde est-il si excité à l’idée d’un tel cadeau? Les réponses sont simples:

  • 1) Ces nouveaux modèles réduits sont bien plus faciles à piloter que leurs prédécesseurs
  • 2) ils ont des caméras ce qui permet d’envisager des projets créatifs (ou malveillants)
  • 3) Tout le monde semble avoir littéralement pété un câble depuis que ces modèles réduits volants ont été rebaptisés «drones»

En donnant à un «hélicoptère radio commandé» le nom de «drone», vous laissez entendre à votre adolescent de fils, qui l’a commandé pour Noël, qu’il va sous peu commencer a effectuer des frappes létales au Yémen. Et il faut bien reconnaître que dans cette nouvelle vague d’intérêt pour les drones, il y a quelque chose de menaçant. Et les drones commercialisés ont été des sources d’histoires bien angoissantes ces derniers temps: les autorités françaises se sont inquiétées de voir de mystérieux drones survoler leurs centrales nucléaires; un habitant du New Jersey a criblé de balles un drone qui avait eu le mauvais goût de violer ce qu’il considérait comme l’espace aérien de sa propriété privée; Kanye West a peur que des drones électrocutent sa fille.

Malgré leur nouvelle dénomination d’affreux joujou, les avions télécommandés existent depuis des dizaines d’années. Je croyais donc que ces nouveaux drones n’étaient que des jouets avec un nom un peu plus effrayant et qu’un tel achat faisait moins de son utilisateur un paramilitaire en herbe qu’un passionné de modélisme aérien.

Mon objectif, en tant que spécialiste en tout genre des gadgets chez Slate.com était de tester quelques-uns de ces petits machins afin de déterminer lequel constituerait un cadeau idéal pour les fêtes

Une des marques leaders du marché est DJI et ses drones Phantom sont extrêmement populaires, alors j’ai commencé par essayer un de ces modèles.

Quand le DJI Phantom 2 Vision, Quadrocoptère Blanc est arrivé au bureau, je l’ai sorti de sa boîte, j’ai vissé ses hélices (un peu comme l’assemblage d’un petit meuble Ikea) et j’ai déplié son manuel de démarrage rapide d’une page. Tout avait l’air assez simple. En me disant que j’allais mener une petite expérimentation –en le faisant décoller de 3 mètres avant de le faire se poser à nouveau– et je me suis donc rendu sur un terrain de baseball non loin des bureaux de New York de Slate.com. Après avoir allumé la télécommande et le drone lui-même, j’ai calibré le compas du drone comme le guide me l’indiquait. Tout était prêt. J’ai actionné ses quatre hélices.

DJI Phantom 2 Vision, Quadrocoptère Blanc avec Caméra intégrée

Avant de tenter de décrire ce qui s’est alors passé, je voudrais tout de même préciser que je ne suis pas un idiot la plupart du temps, mais qu’il est parfois utile –en tant que chroniqueur high-tech– de faire comme si j’en étais un. Pourquoi? Parce qu’on est distrait, que c’est le matin de Noël et que notre gamin veut jouer MAINTENANT avec ce drone. Alors on jette un coup d’œil au guide démarrage rapide et on se dit que ça a l’air vachement simple et on provoque une petite catastrophe.

Voilà ce qui s’est passé. Le drone a quitté le sol et, malgré tous mes efforts pour tenter de le contrôler, est monté à 7 ou 8 mètres du sol avant de se précipiter droit sur la clôture entourant le terrain et de s’y ficher bien comme il faut. Il m’a fallu grimper sur la clôture pour le récupérer et il était bien coincé.

Quelqu’un d’un peu sensé aurait sans doute décidé de faire une pause. Pas moi. Nullement découragé, j’ai choisi de suivre à nouveau les étapes du guide de démarrage rapide –calibrage, démarrage des hélices et guidage du drone dans les airs.

Ce qui a suivi est gravé dans mon esprit comme les images au ralenti d’un accident de voiture: le drone est monté à environ 15 mètres, bien au-dessus de la clôture que j’espérais pouvoir utiliser pour limiter une éventuelle casse. Ce monstre volant refusa de répondre à mes sollicitations frénétiques du joystick ainsi qu’à mes cris déchirant l’enjoignant de redescendre. Il continua son ascension avant de se mettre à partir de côté avec une rapidité déconcertante. Je le regardai alors avec effroi traverser une rue animée avant de s’écraser contre le 3e étage d’un immeuble. Il retomba sur le trottoir en mille éclats de plastique.

Une jeune femme très aimable se tenait à côté de l’épave de mon drone tandis que je traversais la rue pour l’inspecter. Sa caméra avait été arrachée. Les hélices étaient pliées. La batterie était sortie de son emplacement et était sérieusement endommagée. C’était une chance que personne n’ait été blessé. Je me sentais affreusement coupable et terriblement stupide[1]. J’espérais sincèrement que personne n’allait me balancer aux flics.

«Le truc le plus dangereux de ce jouet, c’est son guide de démarrage rapide», m’a dit Peter Sachs, avocat des drones et fondateur de Drone Law Journal.

«Un tel truc ne devrait pas exister.  Votre expérience n’est pas surprenante –en se fondant sur le seul guide de démarrage rapide, on ne peut qu’aboutir à un crash.»

Sachs dit que tout nouveau possesseur de drone devrait connaître quelques notions élémentaires d’aéronautique et de météorologie et ne devrait au départ piloter son drone que sous la tutelle d’un pilote de drone expérimenté et dans un espace conçu à cet effet.

Je n’avais rien fait de toute cela, honte à moi. Mais en même temps, j’avais l’intuition que mon approche désinvolte risquait de faire florès dans les jours qui allaient suivre Noël par des hordes de débutants excités à travers le pays. Les gens prennent rarement le temps d’étudier l’aéronautique quand on leur offre un guide de démarrage rapide. Ils sont impatients et font des trucs idiots. Comme moi.

Or, ces objets pesant généralement le poids d’un fer à repasser, pouvant circuler dans les airs à une vitesse de 50 km/h et étant pourvus d’hélices tout à fait à même de déchirer la cornée d’un être humain, on pourrait penser qu’il existe sans doute quelque règlement destiné à nous protéger de notre propre maladresse. Est-il possible de faire voler un drone en tout lieu? Genre: au milieu d’une grande ville? Et sans le moindre permis?

En France

France3 Centre s'est intéréssé à la question: comment faire voler un drone en toute légalité? La situation est couverte par deux arrêtés du 11 avril 2012. 

Globalement, un particulier peut faire voler un drone en France dans des zones non peuplées (ne pas être en agglomération ou à proximité d'un rassemblement de personnes ou d'animaux), sans prendre d'images et en ayant les autorisations nécessaires (on ne peut pas faire voler un drone à proximité d'un aérodrome ou d'une zone réglementée, comme une base militaire ou une centrale nucléaire).

Les détails des sanctions sont dans l'article de France 3.

Quand j’ai commencé à creuser ce sujet, il m’est apparu que les règles étaient très vagues. Il n’existe ainsi une interdiction de faire décoller un drone depuis un parc national ou un tout autre lieu fédéral. La FAA a édicté un guide assez conséquent relatif à l’aéromodélisme: ne les faites pas voler à plus de 400 pieds (environ 130 mètres), ne les faites pas voler à moins de 5 miles (environ 8 kilomètres) d’un aéroport sans en avertir la tour de contrôle et ainsi de suite.

Mais la plupart des villes et des Etats n’ont pas le moindre règlement s’appliquant spécifiquement au drones. Il n’y a pas de lois qui m’interdiraient, par exemple, de faire voler un drone au beau milieu de Manhattan en pleine heure de pointe.

Certes, le paysage juridique sur le sujet semble évoluer à grande vitesse. Le 17 novembre 2014, le National Transportation Safety Board a décidé que la FAA devrait être autorisée à édicter un règlement de l’utilisation des drones, comme elle régule le vol des 747. Un rapport encore plus récent suggère que les opérateurs de drone commerciaux devraient être munis d’un brevet de pilote. La date de mise en pratique d’une telle décision n’a pas été précisée et il n’est pas certain que cette décision s’appliquera aux amateurs.

Brendan Schulman, l’avocat du Groupe des systèmes aéronautiques sans pilote (oui ça existe) au sein du cabinet Kramer Levin de New York, représente Sachs et plusieurs intérêts liés aux drones –dont un fonds de financement des drones d’un capital de 2,2 milliards de dollars– dans une action intentée contre la FAA. Ce que ces gens reprochent principalement à la réglementation, c'est qu’ils considèrent qu’elle pourrait limiter l’usage commercial profitable des drones. Et il est clair qu’il existe de nombreux domaines dans lesquels des pilotes de drone talentueux pourraient être d’un grand secours: pour rechercher des promeneurs égarés par exemple, ou en mission de reconnaissance lors d’incendies pour protéger la vie des pompiers

Mais après mon crash dramatique, je m’inquiète quand même davantage des pilotes amateurs de drones, qui agissent comme des crétins.

Sur ce point, Schulman et moi sommes en désaccord. Il considère que les lois existantes sont suffisantes pour couvrir d’éventuelles catastrophes générées par des drones. «Tout matériel vendu est potentiellement source d’incident, m’a-t-il dit. Des gens sont blessés par des balles de baseball. Près de 150 personnes sont tuées par des tondeuses à gazon chaque année aux Etats-Unis. Nous disposons de lois qui peuvent encadrer cela et toute blessure entraînée par l’utilisation de drones est gérable dans le cadre légal actuel.» Si je fais voler un drone au milieu du centre ville, je peux être arrêté pour comportement à risque –comme l’a été un homme de 34 ans dont le drone s’est écrasé près de Grand Central, en 2013. Schulman affirme que les avions radiocommandés existent depuis bien longtemps et n’ont jamais posé de problèmes juridiques spécifiques par le passé. (Même quand ils ont tué quelqu’un, ce qui arriva au Shea Stadium en 1979 lors d’une démonstration d’avions radiocommandés au cours de la mi-temps d’un match des Jets.)

Des gens comme Schulman et Sachs –qui, et ce n’est pas une coïncidence, sont tous les deux des pilotes amateurs de drones– considèrent que leurs joujoux s’apparentent à des bicyclettes. «Vous pouvez monter sur une bicyclette et menacer la vie des autres comme la vôtre, dit Schulman, alors il est important de savoir comment elle fonctionne, connaître votre équipement et apprendre à en faire avec quelqu’un. De la même manière, nous devrions prendre en compte les risques posés par les drones vendus dans le commerce, mais nous ne devrions pas pour autant les considérer comme des bombes. Je ne crois pas qu’ils soient dangereux au point qu’il faille imposer la possession d’un permis.»

Mon expérience me fait aboutir à des conclusions bien différentes. Je pense que les drones s’apparentent bien davantage à des objets comme les mobylettes, des véhicules qui peuvent dépasser les 40 km/h. Ces véhicules nécessitent, aux Etats-Unis, la détention d’un permis quand ils sont utilisés par des personnes de moins de 18 ans. Ce qui est assez logique: les drones peuvent être dangereux. Imaginez juste un instant un scénario catastrophe: un drone a frôlé le bout de l’aile d’un avion long-courier à proximité de l’aéroport JFK au début du mois de décembre. La prochaine fois, il pourrait s’engouffrer dans un réacteur et provoquer une catastrophe.

En général et au vu de leur popularité croissante et de la probabilité qu’ils risquent de se retrouver bientôt entre les mains d’un nombre croissant de pilotes inexpérimentés, je considère que nous devrions envisager des limites légales plus strictes relatives à la vitesse, au poids, à la portée et à l’utilisation des drones amateurs. A l’heure actuelle, la FAA considère que tout objet de moins de 25 kilogrammes et volant à moins de 400 pieds peut être considéré comme un modèle réduit. Mais imaginez un objet de 25 kilos manipulé par un gamin de 12 ans foncer droit sur vous à 50 km/h. Ces choses que nous désignons comme des «jouets» ne devraient pas peser plus que quelques kilos et ne devraient pas monter à plus de 30 mètres dans les airs. Sans quoi ils sont trop difficiles à contrôler. Même des soldats américains ont des problèmes pour contrôler leurs drones de reconnaissance de moins d’un metre de long et pesant 2 kg comme en atteste cette vidéo hilarante.


J’ai tenté de faire encore une fois voler le DJI Phantom 2 Vision, mais ses hélices ont refusé de s’actionner. J’avais dû vraiment casser une pièce importante lors de ce crash. (Par ailleurs, le fait que la boîte du Phantom contienne quelques hélices supplémentaires semble indiquer que ses concepteurs sont parfaitement au courant des éventuels problèmes rencontrés par leur modèle.) Vous savez quoi? J’étais soulagé qu’il ne vole plus. J’avais été vraiment terrifié par ce qu’il était capable de faire.

Alors maintenant, vous êtes en train de vous demander ce que vous devriez faire, vu que vous avez promis un drone à votre enfant pour Noël. On se calme, j’ai la solution. La plupart des boîtes qui fabriquent des drones –comme DJI, déjà citée ou une autre compagnie comme 3DR font des drones sérieux pour les connaisseurs. Mais une compagnie française, Parrot, produit des drones géniaux et bien moins intimidants.

Le Parrot AR Drone 2.0 est assez bien conçu pour vous offrir des après-midis entières de détente entre parents et enfants, à des vitesses réduites et ses protèges hélices en mousse en font un objet bien moins effrayant.

Vous voulez un truc encore plus cool? Le Parrot MiniDrone Rolling Spider est un tout petit drone qui peut voler dans votre salon. Ces deux modèles sont radio-guidables depuis votre smartphone et ils sont en mesure de prendre des photos qui seront stockées automatiquement sur votre téléphone. Il est alors possible de les manipuler comme un réalisateur hollywoodien qui retravaillerait des vues aériennes

Mais faites attention: même les Parrots ne sont pas intégralement sans danger. J’ai ainsi administré une coupe tout à fait inattendue à une plante ornant les bureaux de Slate.com car une des hélices du AR Drone s’en était un peu trop rapprochée. Une tentative de faire décoller le Spider depuis la paume de ma main m’a gratifié d’une petite entaille. Mais globalement, ces modèles sont tout à fait adaptés à des utilisateurs novices.

Parrot MiniDrone Rolling Spider.

Si vous voulez étudier l’aéronautique, utiliser une télécommande sophistiquée et faire voler votre avion dans les cieux, achetez le modèle de DJI; c'est une belle machine qui procurera beaucoup de joie aux adultes et aux ados assez mûrs ayant pris le temps de se familiariser avec pareilles machines. Mais si ce que vous voulez, c’est permettre à vos gamins de faire les foufous avec des jouets cools qu’ils pourront utiliser dès qu’ils les auront sortis de la boîte dans votre jardin, achetez les Parrots.

Ou alors laissez tomber les drones. Vous avez déjà envisagé les véhicules antigravitationnels radiocommandés?

1 — NDLE: sans compter que, dans le commerce, ce drone coûte environ 800 euros Retourner à l'article

 

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