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Les fêtes chrétiennes ne sont pas que des jours fériés

Jean G. Thiellay et Nonfiction, mis à jour le 25.12.2014 à 19 h 00

Un livre sur les célébrations chrétiennes qui est davantage un ouvrage de spiritualité qu'une histoire rigoureuse des fêtes du christianisme.

Crèche de Noël / Eusebius via WikimediaCC

Crèche de Noël / Eusebius via WikimediaCC

Jours de fêtes: Histoire des célébrations chrétiennes

de Robert Féry

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Toutes les civilisations ont éprouvé le besoin d’inventer, sous des prétextes divers, des jours de réjouissances collectives, tant civiques que religieuses. À la suite du judaïsme, des Grecs et de Rome, le christianisme n’a pas fait exception à la règle. Et les anthropologues, ethnologues, etc., ont eu beau jeu de déceler depuis des siècles, dans nos sociétés, plusieurs cycles festifs au cours de l’année (Noël, Carême et Carnaval, Mai, la St Jean, pour se borner aux fêtes les plus «laïques»). L’Église, elle, a commencé dès ses origines, ou presque, à mettre en place son propre calendrier liturgique: rien que les datations de Pâques et de Noël supposèrent un travail de réflexion important! Ce sont pourtant ces fêtes «majeures» (incarnation et résurrection restent tout de même les clefs de la foi chrétienne) que les disciples du Christ s’efforcèrent, non sans mal, de fixer d’abord. Les fêtes mariales vinrent plus tard, après le Concile d’Éphèse (431), et plus tard le cycle sanctoral, et ce dernier ô combien mouvant, on le sait, depuis des siècles -et par ailleurs contesté au sein même du christianisme, puisqu'il n'est pas partagé par les protestants.

Il est de fait, pourtant, que notre calendrier, et les habitudes sociales qui en découlent évidemment, portent encore la marque de ces choix, qui remontent pour la plupart au IVe siècle. Le fait est que, même dans notre Occident passablement déchristianisé, nous continuons à célébrer Noël (certes, bien commercialement, mais aussi en famille), parfois les Rameaux (les enfants, surtout) et Pâques (les enfants encore, qui cherchent les œufs dans nos jardins), encore un peu la Toussaint (souvent confondue de nos jours avec la fête des morts, initialement prévue le lendemain seulement). Quant à l’Ascension ou au 15 août -surtout affaire de «ponts», riches ou non d’escapades vers les plages- selon les années, et à l’Épiphanie -s’il n’y avait la traditionnelle galette des rois- qui se soucie encore de leur signification!

Revenons aux choses sérieuses, à savoir, les origines et la signification de cette douzaine de fêtes, qui ont bel et bien, et avant tout, un sens religieux, mieux, spirituel. L’auteur, prêtre du diocèse de Metz, nous propose donc de les passer en revue, en les accompagnant naturellement de deux chapitres sur des «temps de préparation», fort importants pour les chrétiens, l’Avent et le Carême, toutes choses que Robert Féry met heureusement «en perspective», comme on dit aujourd’hui. Pour ces fêtes comme pour ces temps liturgiques, l’auteur s’efforce, autant que les sources le permettent (mais elles sont souvent tardives –IIIe et IVe siècles, le plus souvent– et parfois sujettes à caution aux yeux de l’historien…) de préciser origine et significations de ces célébrations, souvent plus précoces en Orient d’ailleurs.

Il convoque à la barre nombre de textes, scripturaires d’abord (en abondance), puis les Pères de l’Église (les grands orientaux, mais aussi, plus tard, St Thomas ), le journal de voyage d’Égérie, les canons conciliaires, et même les textes «récents» de Pie XII ou de Vatican II. Il arrive même à l’auteur d’avoir recours à des documents figurés, telles les innombrables «adorations des mages» semées à travers les siècles dans la peinture occidentale –et pas seulement florentine ou siennoise: n’oublions pas flamands et rhénans, Matthias Grünewald le prouve, ou l'icône (VIe ou VIIe siècle?), aujourd’hui conservée au monastère de Ste Catherine, au cœur du Sinaï qui est l'une des plus anciennes représentations de la nativité.

Les chapitre successifs passent alors en revue d’abord l’Incarnation (la date de Noël fut fixée tardivement (330-350?), évidente christianisation de l’ancienne fête romaine de Sol invictus); puis l’Épiphanie, d’abord célébrée en Orient. L’auteur nous fait heureusement grâce des querelles christologiques et mariales, celles concernant la fixation de la date de Pâques (peut-on espérer que juifs, catholiques latins et orthodoxes se mettront enfin d’accord un jour?). Le livre rappelle encore le sens de certaines fêtes bien oubliées aujourd’hui de nos contemporains: la Fête-Dieu , évidemment liée au développement du culte de l’Eucharistie, à partir du XIIIe siècle (Bulle Transiturus de 1264) et surtout du XVe siècle; la Transfiguration; quant à «l’Exaltation de la Sainte Croix» due à la «découverte» de 336 (mais la fête ne commença à en être célébrée à Rome qu’au VIIe siècle) en présence de l’Impératrice Hélène (au passage, l’auteur ne peut s’empêcher un «qu’importe l’exactitude des faits»), bien rares sont ceux qui s’en préoccupent encore parmi nous, même chrétiens.

C’est dire in fine tout l’intérêt de ce petit livre qui, certes, ne prétendait nullement à être une énième histoire de la liturgie –il en est d’excellentes– mais un instrument de réflexion spirituelle, tant il se place résolument dans un contexte de foi –de la part d’un prêtre, le contraire eût été étonnant– voire de simple spiritualité pour les non-chrétiens. N’attendez ici ni histoire savante, ni subtilités théologiques: seulement la foi d’un croyant qui s’adresse aux hommes de son temps, en leur rappelant quelques données qui, pour être simples, n’en sont pas moins essentielles pour comprendre le sens de ces fêtes qui nous réunissent encore, à l’église parfois, ou simplement autour de la table familiale. Et si l’auteur se risquait à nous donner le même genre de livre sur le cycle sanctoral? Il est vrai qu’il est tant de saints locaux, voire de pure fantaisie (qui n’a jamais invoqué St Frusquin –si vous saviez le sens, mesdames– ou St Glinglin) : pourtant, peut-être que les grands, les vrais, en vaudraient la peine? Bon courage, Père.

Jean G. Thiellay
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Nonfiction
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