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N'ayez pas peur des attentats en France

Vincent Manilève, mis à jour le 22.12.2014 à 18 h 25

Manuel Valls vient de redire que «jamais nous [n'avions] connu un aussi grand danger en matière de terrorisme». Pourtant, la France n'a pas connu une période aussi «calme» depuis longtemps sur ce plan-là.

Des soldats patrouillent devant la Tour Eiffel, dans le cadre du plan vigipirate, novembre 2013. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Des soldats patrouillent devant la Tour Eiffel, dans le cadre du plan vigipirate, novembre 2013. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Cet article a été mis à jour à 18h17 le 22 décembre 2014.

Avec, en quelques semaines, plusieurs attentats à travers le monde, la peur de nouvelles attaques contre les pays occidentaux (Europe, Amérique du Nord, Australie) ressurgit et vient alimenter le spectre de la menace terroriste en France, où un homme vient  d'attaquer des policiers. Pourtant, ces actes sont de moins en moins organisés par des groupes et la France n'a pas connu une période aussi «calme» depuis longtemps. Voici des graphiques qui le montrent (nous avons utilisé pour les établir cette liste des attentats meurtriers dressées par Wikipédia).

1.Depuis 2001, les terroristes sont de plus en plus isolés dans les pays occidentaux

 

 

Depuis les attentats du 11-Septembre 2001, organisés par Oussama Ben Laden et al-Qaida, le nombre d’attentats dans les pays occidentaux organisés par des groupes a considérablement chuté. Jusqu’en 2009, on a compté six attentats organisés par des groupes terroristes (notamment les bombes dans les trains à Madrid en 2004 et dans les métros et autobus londoniens durant l’été 2005). Mais depuis, sur les 12 attentats perpétrés, aucun ne l’a été par un groupe terroriste spécifique. Que ce soit lors des attentats de Boston en 2013, perpétrés par les frères Tsarnaïev, ou en 2011, lorsque Anders Behring Breivik pose des bombes à Oslo et ouvre le feu dans un camp de jeunes sur l'île d'Utøya: ces attaques n’ont pas été perpétrées par des groupes terroristes.

En 2012, Mohammed Merah, le «tueur au scooter» responsable de la mort de sept personnes, a longtemps alimenté la rumeur d’un «loup pas si solitaire». Mais s’il s’est radicalisé en ligne, via des sites islamistes et terroristes, il semble bien qu’aucun groupe n’a organisé avec lui ces attaques.

Ailleurs dans le monde, la fin de l'année 2014 a vu plusieurs terroristes s'en prendre seuls à des cibles de pays occidentaux. En octobre, la fusillade perpétrée près d'un monument aux morts et au sein du Parlement au Canada par un homme auto-radicalisé fera un mort avant que celui-ci ne soit abattu. Il y a quelques jours, en Australie, le 15 décembre, un militant islamiste a pris en otage plusieurs dizaines de personnes dans un café de Sydney. Il y aura trois morts dont le terroriste, Man Haron Monis

2.De moins en moins d'attentats en France

 

 

La peur des attentats est très présente chez les Français, notamment depuis mars 2012 et les tueries de Toulouse. Chaque année, l'IFOP publie son baromètre de la menace terroriste. Et en septembre 2014, 74 % des Français interrogés ont estimé que la menace était «élevée». Depuis octobre 2012, cet avis est partagé par plus de 7 Français sur 10. C'est bien plus qu'au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. 

Pourtant, comme le montre le graphique ci-dessus, le nombre d’attentats perpétrés sur le territoire français a considérablement chuté depuis les années 1970. Après les attaques organisées par le groupe Charles Martel (1973), par le terroriste Carlos (en 1975 notamment), l’attentat de la rue Copernic en 1980, ou celle de la rue des Rosiers en 1982, la France va connaître une année noire en 1986 avec pas moins de 7 attentats, qui feront 15 morts au total. En 1995, le pays sera touché par 8 attentats qui feront 10 morts et une centaine de blessés, revendiqués par le groupe islamique armé (GIA). Les décennies 1970, 1980 et 1990 ont toutes été plus chargées en attentats que celles des années 2000 et 2010, et ayant fait plus de victimes comme le montre le graphique ci-dessous.

 

Mais depuis, en France, les attaques sont beaucoup plus rares, et le fait de personnes isolées, suivies de près par les services secrets français (avec les échecs que l'on connaît, comme dans le cas de Mohammed Merah). La DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) a récemment fait savoir que «depuis août 2013, cinq projets d'actions terroristes sur le territoire national, [...] impliquant des individus de retour en France ou qui n'avaient pas quitté le territoire national.» 

«Jamais, dans l'histoire de notre pays, nous avons dû connaitre une telle menace», avait déjà déclaré le Premier ministre Manuel Valls début octobre, avant d'ajouter qu'il «ne s'agit pas de faire peur», mais que «nos concitoyens et nos élus soient pleinement conscients de cette menace.» Il l'a réaffirmé lundi 22 décembre, après l'agression de policiers au couteau«jamais nous n'avons connu un aussi grand danger en matière de terrorisme.» Difficile de savoir sir Valls est alarmiste, à tort, ou si les services secrets français sont considérablement plus efficaces qu'au siècle précédent. 

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
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