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Jeff Koons de la provocation au bling bling pour super riches

Jeff Koons Balloon Dog REUTERS

Jeff Koons Balloon Dog REUTERS

L’artiste vivant le plus cher au monde a orchestré sa gloire et sa fortune grâce à une combinaison de charme et de ruse et une connaissance parfaite de «son marché».

Mais qu’est-il arrivé à Jeff Koons? D’agent provocateur à la fin des années 1980, il est devenu une des icônes les plus sûres et surtout les plus rentables d’une scène artistique qui se décline trop souvent en superlatifs financiers. L’artiste contemporain clame que son art doit être «accessible au plus grand nombre», mais a raflé à plusieurs reprises le titre d’artiste vivant le plus cher: en 2007 avec Hanging Heart (Magenta/Gold)  23 millions de dollars, en 2008 avec Balloon Flower (Magenta) 25.7 millions de dollars enfin deux fois en 2013 avec Tulips vendu 33.6 millions de dollars et quelques mois plus tard Balloon Dog (Orange) adjugé 58,4 millions de dollars.

Il se pose en avant-gardiste, invoque le dadaïsme et les surréalistes, se réclame de Duchamp, Dali ou Magritte. Mais cette filiation reste des plus obscures dans bon nombre de ses séries, d’Inflatables à Easy Fun en passant par Banality à l’inspiration kitsh, ou pire encore dans ses collaborations avec Khiehl’s ou H&M.

Souriant, charmeur, commercial

L’artiste gère son studio, qui emploie dans le quartier de Chelsea près de 130 personnes, comme une PME très perfectionniste. Il n’hésite pas à utiliser son huile de coude pour faire reluire les surfaces de ses pièces.

On l’imagine un brin exécrable, un peu tête à claque comme Richard Prince, on le découvre tout sourire, disponible pour répondre aux questions, souriant, charmeur, commercial…

Jeff Koons est né en 1955 en Pennsylvanie, dans  la petite ville de York, où son père tenait un magasin de meubles. Au sein de la famille sa sœur ainée était visiblement douée en tout sauf en dessin, ce qui a permis au petit Jeffrey de trouver sa place en cultivant justement un talent de dessinateur.

Parti étudier l’art d’abord à Baltimore, il choisit finalement de finir ses études à l’Institut des Beaux-Arts de Chicago sous la direction notamment du pop artiste Ed Paschke, qui l’initie au «ready made» de Marcel Duchamp. Faire d’un objet usuel une œuvre d’art. A la fin des années 70, diplôme en poche, il s’installe à New York, et devient trader à Wall Street le jour, et artiste, la nuit.

Les séries s’enchainent et remportent assez vite un certain succès grâce au soutien d’une des meilleures galeries de New York la galerie d’Ileana Sonnabend. Désormais il peut se consacrer à faire l’artiste à plein temps. En 1985, dans la série «Equilibrium» il suspend des ballons de basket dans des aquariums. En 1986, il réalise «Inflatable Rabbit», un lapin gonflable en inox. Il faut attendre 1991, pour assister au premier tournant de sa carrière avec une série réalisée pour la Biennale de Venise «Made in Heaven» qui fait scandale. Jeff Koons se met en scène avec la Cicciolina, une actrice de films porno devenue femme politique, et aussi entre temps son épouse.

Une résurrection

Les années 1990 deviennent difficiles pour Jeff Koons, entre un divorce et surtout une très longue bataille, qu’il perdra, pour la garde de son premier fils. La décennie s’achève et laisse l’américain ruiné par la bataille juridique et un redressement fiscal. Il doit alors licencier une bonne partie de ses assistants.

Pourtant 1999, marque une vraie résurrection avec la vente chez Christie's pour 1,8 million de dollars de la sculpture «Pink Panther». Un chiffre inouï pour l’époque pour une œuvre contemporaine. Pour l’artiste américain, la décennie miraculeuse est en marche, il va accompagner l’essor formidable de la scène artistique contemporaine et qui perdure encore aujourd’hui.  

Comme Andy Warhol avant lui, Jeff koons ne cherche pas à faire un art compliqué et le revendique. «L'art doit être accessible à tous. Le monde de l'art utilise le goût comme forme de ségrégation. J'essaye de faire un travail que tout le monde puisse aimer, que les gens les plus simples n'imaginent pas ne pas pouvoir comprendre. Je viens d'un milieu très provincial

En 2012, le peintre américain Alex Katz disait que Warhol était un fantastique graphiste mais certainement un pauvre peintre. Qu’en est il pour Jeff Koons? Est-il un fabuleux peintre, un prodigieux sculpteur? Il est tellement entouré de petites mains qu’on ne sait plus très bien si les siennes ont déjà touchés un pinceau pour de vrai. Mais ce n’est pas son problème.

«Je suis fondamentalement une personne de concept. Je ne suis pas physiquement impliqué dans la production. Je n'ai pas les compétences nécessaires, alors je cherche les meilleurs… J'essaie toujours de maintenir l'intégrité de l’œuvre».

Il sait aussi se faire rare en limitant sa production: jamais plus d’une quinzaine de sculptures, et une poignée de tableaux par an. Il se perçoit comme un chef d’orchestre qui fait travailler une ribambelle d’assistants. S’il travaillait seul, il se serait incapable de faire plus d’«une ou deux peintures par an» comme il l’avouait voici quelques  années. Alors comment expliquer qu’un artiste qui fait faire et veut plaire au plus grand nombre soit devenu l’idole des super riches. Certains démontrent un «système» Koons, comme le magazine Artnews qui avait interrogé il y a quelques années tous ceux qui le côtoient: conservateurs, galeristes ou encore collectionneurs. Beaucoup reconnaissaient que Koons a orchestré sa gloire et sa fortune grâce à une combinaison de charme et de ruse et une connaissance parfaite de «son marché». Il sait à qui ses œuvres peuvent s’adresser et à qu’il peut faire appel pour le soutenir. Dans ce système même les critiques les plus féroces  ont leur rôle. Il est convaincu qu’à chaque génération, un artiste doit être considéré comme le parfait exemple de ce qui ne va pas avec l'art actuel, et il entend jouer pleinement ce rôle.

Le doigt de Dieu

Il est persuadé qu’il ne travaille pas pour le présent, mais pour obtenir une place dans l’histoire de l’art. Dans un livre qu’il a écrit en 1986, il affirmait avoir le doigt de Dieu. Rien que cela.

Pour chacune de ses pièces, l’américain est capable de décrire une œuvre de référence dans l’histoire de l’art. «Made in Heaven » renvoie ainsi au peintre de la Renaissance Masaccio, « Antiquity series » à l’art gréco-romain…

La fascination exercée par ses pièces énormes et rutilantes sur la nouvelle classe mondiale de multi millionnaires n’est pas sans rappeler un autre «excès de chaleur» dans l’histoire de l’art. Jeff Koons semble être une bonne réplique de ces peintres du milieu du XIXème siècle qui ont été qualifiés plus tard de «pompiers». L’ancien galeriste Pierre Nahon, dans son lumineux Dictionnaire amoureux de l’art moderne et contemporain donne une définition de l’art pompier: «issu de l’Académie, adoré par la bourgeoisie».

Jeff Koons n’est évidemment pas le représentant d’un art officiel qui se déciderait dans les salons et les académies. Il est le représentant du marché de l’art qui impose sa loi aujourd’hui. Il est contrôlé par une poignée de galeristes, de spéculateurs et quelques nouveaux méga collectionneurs.

Jeff Koons jusqu’au 27 avril 2015 au Centre Pompidou, 19 Rue Beaubourg, 75004 Paris de 11h à 21h tous les jours, sauf le mardi. Nocturnes jusqu’à 23h, tous les jours sauf mardi

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