Chine: quand les salariés s'éveilleront...
Avec la crise, les révoltes ouvrières spontanées deviennent plus violentes et inquiètent les autorités.
- -
Aux pires moments de la révolution culturelle, quand Mao Zedong avait lancé le slogan «il est bon de se révolter», des directeurs d'usines qualifiés de «révisionnistes» avaient succombé sous les coups d'employés fanatisés. Dans la Chine d'aujourd'hui, au contraire, Hu Jintao souhaite que s'épanouisse une «société harmonieuse».
Des médias chinois n'ont pas caché la gravité de l'événement. Les internautes l'ont commenté en affirmant que «l'intérêt des ouvriers a été négligé» (sur le site Tianya) ou en félicitant les salariés d'avoir «osé défier l'inégalité sociale» (sur Wangyi). Difficile de trouver un bloggeur qui plaigne le directeur de l'usine, comme s'il lui était reproché d'avoir été victime de sa propre maladresse.
Le 7 août, le gouvernement du Jilin nomme une nouvelle direction à Tonghua et annonce que le groupe Jianlong est «exclu à jamais» de toute future restructuration de l'aciérie. Pas d'allusion à d'éventuelles sanctions contre les meurtriers. Un parti pris ouvriériste qu'explique Jean-Louis Rocca, directeur de l'atelier de Sociologie à l'université Tsinghua de Pékin. «La période des fermetures de grandes usines d'Etat est terminée depuis plusieurs années. La classe moyenne a pris une place centrale dans la société chinoise. Mais dans un pays qui se dit communiste, l'appareil d'Etat garde des liens historiques et culturels forts avec la classe ouvrière».
Un conflit social comparable va alors permettre d'afficher un autre mode de gestion. A Linzhou, dans le Henan, une aciérie d'Etat, là encore, a été vendue à un prix très bas (64 millions de dollars) et n'a offert que de faibles compensations aux travailleurs licenciés (1000 yuans par an). Le 12, ils sont un millier à occuper l'usine et prennent un cadre supérieur en otage. Les autorités régionales se rendent sur place. Leurs voitures sont renversées en protestation contre la coupure du téléphone décidée par la police!
Mais le dialogue s'instaure dès que les autorités admettent que les travailleurs auraient du être consultés sur la privatisation: «Les responsables de cette entreprise ont pris des décisions, déterminantes pour son destin, sans en faire délibérer l'assemblée générale des ouvriers, ce qui a provoqué la colère des ouvriers, qui ont choisi un moyen d'expression irrégulier» résume devant la presse le vice secrétaire du Parti Communiste du Henan.
La violence ouvrière s'illustre aussi chez les «mingong». Ces paysans, venus vers les villes pour travailler en usines ou dans le bâtiment, s'en prennent souvent à des petits patrons qui les exploitent. Mais ils sont dispersés et sans réelle force collective. Le désœuvrement de beaucoup d'entre eux inquiète pourtant les autorités surtout dans le sud du pays où les entreprises travaillant à l'exportation ont réduit leurs activités ou fermé à cause de la crise internationale. Les «mingong» désirant rentrer dans leurs campagnes ont droit à des aides financières et des formations. Mais la plupart espèrent être embauchés dans la construction des infrastructures, routières, ferroviaires et autres, prévues par le plan de relance économique chinois.
A Pékin, nombre de sociologues ou juristes proches du gouvernement admettent le besoin urgent d'un vrai système de relation sociale en Chine. Les salariés n'imaginent pas être défendus par les syndicats officiels totalement affiliés au Parti communiste. Il arrive d'ailleurs que le parti ait tellement besoin d'interlocuteurs qu'il demande à des grévistes de désigner qui peut parler en leur nom. Ce qui a permis notamment de régler la grève des chauffeurs de taxi dans l'ile de Hainan et à Chongqing en octobre 2008.
En 2007, le pays a officiellement connu 80.000 «incidents de masses», terme désignant les manifestations et émeutes. Pour 2008, ce serait 120.000. Ce sont des conflits d'inégale importance où interviennent parfois des avocats ou des associations locales d'entraides plus ou moins tolérés par les autorités. Pour l'essentiel, les différents se règlent au cas par cas. Ce qui n'incite pas le Parti unique au pouvoir à instituer de nouvelles formes de dialogue social. Sauf peut-être si la crise amplifiait les conflits.
Richard Arzt
Image de Une: Des voitures officielles mises sur le toît dans le complexe de Linzhou Steel Corp dans le Henan China Daily
Mis à jour le 31/08/2009 à 15h35









































Pour avoir vécu 3 ans à Shanghai, être marié depuis plusieurs années avec une femme Han, je suis avec grand intérêt ce type d'informations. Tout d'abord, félicitations pour cet article clair, documenté et plutôt neutre. C'est à souligner car trop d'articles occidentaux dressent un portrait de la Chine extrèmement noir, avec un parti pris frisant la malhonnêteté intellectuelle.
Concernant cet article, il illustre assez bien le changement d'attitudes récent des autorités Chinoises. En remontant quelques années auparavant, ce type de démonstrations de force des ouvriers aurait été réglé dans la violence par les autorités et, c'est peut être le plus important...nous n'en aurions rien su. Le gouvernement Chinois est très pragmatique et a bien compris que le sort des ouvriers et paysans représente le grand enjeu des prochaines décennies. L'éducation, la santé sont rapidement améliorés pour calmer les "masses" qui représentent un risque majeur de déstabilisation du pays. De plus, la Chine se sait "regarder" et ne veut plus donner l'image d'un pays dictatorial. La Chine veut prouver qu'une "démocratie à la Chinoise" représente une alternative au système occidental. Et au risque d'en choquer certains, voire beaucoup, je pense qu'elle va y parvenir. Cela prendra du temps mais l'évolution a été tellement rapide ces dernières années que l'on peut raisonnablement être optimiste. La Chine change et va dans le bon sens. Il faut pouvoir le dire sans être traité d'affreux pro Chinois. Ce pays doit être respecté et c'est en l'accompagnant qu'on l'aidera à devenir une puissance pacifiste. Ne perdons pas de vue que la Chine, contrairement à sa grande rivale, les Etats Unis, n'a aucune velléité guerrière et n'a pas pour prétention d'imposer Son modèle. En conclusion, le nouvel équilibre mondial qu'est entrain d'imposer la Chine, mais aussi l'Inde et le Brésil reste beaucoup plus passionnant et déterminant que nos petites mesquineries politiques franco françaises.
Merci pour cet article qui m'a permis de donner mon point de vue sur ce sujet.
http://geopolasia.over-blog.com/
Bien des français très critique envers la Chine n'ont pas ouvert leur livre d'histoire.
Notre pays est passé par les phases de la Chine aux 19éme et début du 20éme siècle, lorsque les ouvriers étaient si peu respectés par le monde dirigeant. Il est dit que Paris ne s'est pas fait en 1 jour, la Chine sera au standard international dans 20 ou 30 ans maxi.
Pour avoir vécu an Asie pas en Chine mais cotoyé des "exilés" je suis plus réservé sur votre commentaire de ne pas imposer son "modèle". L'asiatique dans son ensemble n'aime pas les faibles et n'hésite pas pas à les écraser. En toute objectivité j'ai été désagréablement surpris de voir comment les asiatiques traitent le personnel de maison. Autre exemple politique celui la, pourquoi la Chine a été anti-française, elle a compris que nous sommes un mayon faible en Europe et que notre position internationale est en déclin. Autre point son besoin vital de matières premières ne s'entourera pas de respect international pour arriver à s'approvisonner.
Oui la Chine se démocratise mais restons vigilant sur une éventuelle volonté d'imposer sa vision comme l'on fait les US.
Merci pour votre commentaire et toute ma considération à votre épouse, car partir loin de ses racines demande une grande force.
Rappelons que la Chine reste une dictature communiste qui emprisonne les opposants politiques et interdit les syndicats libres
Il conviendrait avec la prochaine réunion du G20 de recadrer la Chine et de les obliger à respecter les droits de l'homme et les lois du travail au sens BIT (Bureau internationnal du Travail),car la crise financière est aussi le résultat de la Chine qui en faisant travailer les enfants portent atteinte à la libre concurrence
http://www.tvargentine.com/
Je ne nie pas qu'il y ait une certaine évolution dans l'attitude des dirigeants chinois, mais elle me semble dictée uniquement par la sauvegarde de leurs propres intérêts; l'ensemble de ces dirigeants et leurs familles constitue une véritable "classe"avec des privilèges exorbitants. Il ne faut jamais oublié ce qui se passe en permanence au Tibet, au Xingjiang et autres provinces à fortes minorités non Han, colonisation bien souvent destinée à ranimer le nationalisme chinois, celui du peuple.
Je ne suis pas un sinophobe primaire et souvent je suis admiratif devant la tache quotidienne qui attend le gouvernement chinois. Mais de là à croire à une évolution si rapide!