Monde

La bulle Poutine vient de se dégonfler

, mis à jour le 20.12.2014 à 16 h 09

Vladimir Poutine, à Moscou le 30 juillet 2014. REUTERS/Alexei Nikolskyi/RIA Novosti/Kremlin

Vladimir Poutine, à Moscou le 30 juillet 2014. REUTERS/Alexei Nikolskyi/RIA Novosti/Kremlin

Paul Krugman, prix Nobel d’économie et chroniqueur du New York Times, n’a pas pu résister au plaisir de s’en prendre à tous ceux, nombreux, qui au cours des derniers mois ont vanté le stratège, l’homme d’Etat, le joueur d’échec implacable qu’est Vladimir Poutine. L’effondrement en quelques semaines du rouble et de l’économie russe et sa dépendance au cours du pétrole montre les limites de la puissance russe... et du matador de Moscou.

Depuis son retour à la Présidence de la Russie en 2012 et le durcissement de son discours anti-occidental, Vladimir Poutine a séduit tout ce que l’Europe compte de partis d’extrême-droite et aux Etats-Unis bon nombre de conservateurs qui ont vu dans l’audace de Poutine le reflet de la faiblesse d’Obama.

Paul Krugman rappelle au passage la phrase de l’ancien maire de New York et héros du 11 septembre 2001, Rudy Giuliani, expliquant que Poutine «c’est ce que vous appelez un leader». Le problème, c’est que le leader en question n’a pas forcément les moyens de ses ambitions. Comme le souligne le chroniqueur du New York Times, «l’économie russe est à peu près de la même taille que celle du Brésil. Et comme nous le voyons en ce moment, elle est très vulnérable aux crises financières, une vulnérabilité qui a beaucoup à voir avec la nature du régime de Poutine».

La baisse du rouble qui s’est soudain accélérée au cours des dernières semaines a commencé quand les troupes russes ont été engagées en Ukraine. Alors bien sûr, une bonne partie des difficultés de la Russie tient à la baisse rapide des cours du pétrole, liée à la fois à la surabondance de l’offre venant notamment du pétrole de schiste nord-américain et à la faiblesse de la demande, essentiellement chinoise et européenne. Vladimir Poutine n’y est pour rien.

Mais les difficultés de la Russie sont «disproportionnées par rapport au choc subit. Les cours du pétrole ont fortement baissé, le rouble encore plus et les dommages à l’économie russe ont été bien plus loin que l’industrie prétrolière et gazière. Pourquoi?».

Paul Krugman explique que le mécanisme de la crise russe est semblable à celui qui a touché l’Argentine en 2002, l’Indonésie en 1998, le Mexique en 1995, le Chili en 1982. «De très mauvaises choses arrivent à une économie rendue vulnérable par des emprunts massifs réalisés à l’étranger, plus particulièrement des emprunts massifs du secteur privé avec une dette en devises étrangères, pas dans la devise du pays débiteur… Quand la devise nationale tombe, le bilan des entreprises nationales, qui ont des avoirs en roubles et des dettes en dollars ou en euros, explose. Cela à son tour inflige de sévères dommages à l’économie domestique minant la confiance et affaiblissant encore plus la devise».

C’est là où la responsabilité du régime russe est considérable. Car les pays émergents qui ont connu des crises du même type avaient des déficits commerciaux et extérieurs considérables et s’endettaient pour payer les importations. Ce n’est pas le cas de la Russie qui dégage des excédents commerciaux depuis des années grâce aux exportations de pétrole et de gaz. Alors pourquoi s’endetter? Parce que les protégés et les soutiens du régime de Poutine, les oligarques, ont accumulés les actifs à l’étranger, des appartements à Londres, à Manhattan, à Genève, à Monaco, des investissements, des oeuvres d'art, des clubs de football.. Et ce n’est que la partie visible des centaines de milliards de dollars investis à l’étranger. «Ce système était tenable tant que les prix du pétrole restaient élevés. Mais maintenant que la bulle a éclaté, la corruption qui est à la base du régime de Poutine met la Russie dans une situation désespérée».

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