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Quel futur pour les «wearable technologies»?

Juliette Ihler, mis à jour le 26.12.2014 à 7 h 41

Pourquoi les Google Glass sont déjà en passe d'être has been, et quelles technologies mettables pourraient les remplacer.

Le 19 septembre 2014. REUTERS/Adrees Latif

Le 19 septembre 2014. REUTERS/Adrees Latif

Il y a deux ans, les Google Glass faisaient trembler tous les geeks de la planète. Depuis quelques mois, aux Etats-Unis et en Angleterre, ces lunettes multifonctions sont accessibles au grand public moyennant la coquette somme de 1.500 dollars (soit environ 1.200€). Pourtant, à peine importées du futur, elles semblent déjà en passe de devenir has been.

Et pour cause, ces accessoires, comme le sont aussi l’Apple Watch ou le bracelet Mica (produit de concert par Intel et Opening Ceremony), ne sont finalement que des ordinateurs riquiqui n’ouvrant pas véritablement sur de nouveaux usages ou de nouvelles expériences. Ces gadgets, qui pourraient bien finir sur le nez de James Bond ou au poignet de l’une de ses complices, ne sont que la partie émergée des «technologies mettables», cette nouvelle famille comprenant aussi vêtements et objets aux composants informatiques et électroniques avancés.

Dans un avenir très proche, certaines de ces trouvailles risquent de changer notre quotidien. C’est du moins ce que prédit Piers Fawkes Fondateur et Président de PSFK Labs, une agence de tendance américaine basée à New York. Dans sa dernière étude sur les technologies mettables, il affirme en effet qu’«au cours des cinq prochaines années, nous assisterons au rapide développement –et à l’acceptation générale– des technologies mettables qui s’intègreront à tous les aspects de nos vies».

L’aire des technologies mettables ne fait en effet que commencer. Ce qui fait la différence entre les wearables technologies et les objets simplement connectés? Comme l’indique Alexis Botaya, co-fondateur de SoonSoonSoon, une agence de tendance située à Paris, «les Google Glass ou les montres connectées restent des interfaces que vous décidez d’allumer ou pas et auxquelles vous donnez des instructions». Au contraire, selon cet expert, dans le futur, les wearable technologies seront marquées par deux grandes tendances:

  1. «La disparition progressive des écrans et des interfaces au profit d’objets connectés à enfiler, qui captent et communiquent directement vos informations à un logiciel ou à un spécialiste de manière totalement "passive", comme c’est le cas de tee-shirts transférant vos données personnelles à votre médecin» ou encore des bracelets FitBit mesurant et comparant les performances des coureurs.
  2. «Une action en retour du vêtement sur l’utilisateur afin de lui offrir une situation plus confortable, comme c’est le cas de prototypes de vestes permettant de filtrer l’air environnant».

 

Le World Wide Wear

Bref, avec les technologies mettables de demain, plus besoin d’appuyer sur «on» et d’interagir avec un écran, mais encore, création d’un environnement adapté à chaque utilisateur.

C’est ce que pronostique aussi Olivier Ertzscheid, Maître de Conférences en Sciences de l’information et de la communication:

«Après le World Wide Web, nous sommes en train d'entrer dans l'ère du World Wide Wear: l’histoire des technologies au XXe siècle était une histoire de la miniaturisation; au XXIe siècle, l'histoire en train de s'écrire est celle du "rapprochement": les technologies "collent" littéralement de plus en plus à notre corps, à notre peau. Notre corps, notre peau et nos vêtements sont en train de devenir de nouvelles interfaces.»

Proposant un large éventail de trouvailles, le PSFK Labs dévoile ainsi ce que sera l’avenir de nos garde-robes intelligentes: un futur où les humains et les machines ne feront plus qu’un.

Dans la catégorie «Intimité Connectée», dont l’objectif est de créer un sentiment de proximité malgré la distance qui peut séparer plusieurs personnes, nous pourrons par exemple nous équiper de «T. Jacket», une veste simulant des câlins sur commande. Connectée à notre téléphone mobile, ses poches d’air peuvent se gonfler autour de la taille et des épaules, permettant ainsi de ressentir pressions et caresses afin de conserver un lien «tangible» avec nos proches.

Dans la catégorie «Ecosystème adapté», des oreillettes, équipées de récepteurs capables de mesurer rythme cardiaque et température, pourront nous aider à choisir la chanson la plus adaptée à notre biorythme.

Ou encore, dans la catégorie «Possibilités de co-évolution», qui vise à augmenter nos capacités et à mieux nous adapter à notre environnement, des lentilles de contact télescopiques nous permettront d’agrandir par trois fois notre vision de près. Autant de prothèses qui feront peut être de nous des êtres bioniques.

Le problème de la big data

L’horizon de ces visions prospectives? Pour le PSFK Labs, «peut-être rien de moins que la prochaine phase de l’histoire humaine, celle de la coévolution où disparaîtra la frontière entre technologie et biologie et émergeront des êtres hybrides». Selon Fawkes, fusionnés à nos corps, «de nouveaux outils influenceront la manière dont nous vivons, travaillons et socialisons». Aussi, si l’on en croit les dernières avancées dans le domaine, les outils tels que nous les connaissons actuellement ne sont qu’une première étape dans le long chemin du progrès technique.

Pour Alexis Botaya, ces wearable technologies posent toutefois des problèmes:

«Tous ces capteurs intégrés à nos vies et la big data collectant toutes ces informations permettent du sur-mesure en terme d’offre de soins ou de produits, ce qui est quelque chose de positif, mais le revers de la médaille, c’est le possible détournement des données à de mauvaises fins, le non respect de la vie privée par exemple.»

Ces instruments sont-ils autant de nouvelles libérations ou de nouveaux asservissement? Nous permettent-ils d’être toujours plus connectés aux autres ou ne nous isolent-ils pas un peu plus les uns des autres? Comme le suggère encore Olivier Ertzscheid, «certainement un peu des deux, une technologie en soi ne permettant pas de libérer ou d’asservir un individu, tout dépend de l’usage».

Ces technologies trouveront-elles leur place dans nos armoires? Difficile à prédire. En tout cas, pour Olivier Ertzscheid, «une des clés pour savoir si ces wearable technologies ne seront pas juste un effet de mode, c’est de regarder la manière dont elles changeront notre rapport à notre vie privée et à l’espace public, notamment au travers des données qu'elles vont permettre de collecter». Parce que nous ne sommes pas encore prêts à prendre le risque d'être en permanence filmés et enregistrés, les Google Glass risquent bien de rester dans leurs étuis, mais il n’est pas dit que toutes ces nouvelles technologies resteront au placard.

Juliette Ihler
Juliette Ihler (3 articles)
Journaliste
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