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  • Par Ron Rosenbaum
  • Chroniqueur culturel de Slate.com, Ron Rosenbaum est l'auteur de The Shakespeare Wars et Explaining Hitler.
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Obama Nobel de la paix: quand il s'attaquait au Pentagone

Le Pentagone et le complexe industrialo-nucléaire n'ont pas l'intention de renoncer à leurs missiles et à la situation d'alerte «avancée» permanente.

Le président américain Barack Obama a reçu ce vendredi matin prix Nobel de la paix. Nous (re)publions sur série d'articles sur la diplomatie américaine depuis l'élection d'Obama. Celui-ci avait déjà été publié en août 2009.

***

Barack Obama rêve de «Zéro». Un monde sans armes nucléaires. Aucune. Zéro. Les lions nucléaires se coucheront près des brebis non-nucléaires et espéreront qu'aucun loup nucléaire n'amasse ou ne cache d'arme mortelle là-bas, dans le noir. Avant d'en arriver là, la question cruciale - en quoi il ne s'agit pas seulement d'un rêve, en grande partie rhétorique -, dépendra de la manière dont les commandants nucléaires du Pentagone prennent au sérieux ce qui, dans les faits, s'apparente à un décret leur coupant les vivres. Et certains indices nous disent que la Maison Blanche devra plus fermement mener sa barre si elle veut transformer le rêve d'Obama en réalité.

Le Zéro fait partie des plans d'Obama dès le début de sa présidence. Dans un discours, en avril à Prague, il parlait de son désir de voir un «monde sans armes nucléaires». Et quand il rencontra le président russe, Dimitri Medvedev à Moscou, en juin, les deux dirigeants se mirent d'accord sur de drastiques réductions dans le nombre d'ogives et de lance-missiles encore aujourd'hui dans les mains de chaque pays, renouvelant le traité de désarmement SALT (Strategic Arms Limitation Treaty) qui devait expirer à la fin de l'année.

Mais depuis peu, certaines sources font état d'une tentative de «torpillage» contre Obama menée par des généraux de la chaîne de commandement nucléaire, non pas vraiment à cause de la réduction du nombre des missiles, mais plutôt du défectueux système «commande et contrôle» qui nous rend vulnérable lors d'une guerre nucléaire accidentelle.

Comment ce que l'on nomme le «complexe industrialo-nucléaire» prend-il au sérieux l'objectif d'Obama du Zéro? J'ai récemment assisté à une grande réunion des dirigeants du nucléaire à Omaha, au Nebraska, près du quartier général de STRATCOM, le commandement stratégique américain.

L'événement s'appelait «The First Annual Strategic Deterrence Conference» (le premier congrès annuel de stratégie de la dissuasion) et j'en ai eu vent, quasi à la dernière minute, par Bruce Blair, l'un des fondateurs de la «Global Zero Initiative», une ONG qui a récemment dévoilé son «plan d'action» concernant un désarmement total d'ici 2030. J'ai donc tout laissé tomber pour me rendre à Omaha, parce que je suis en train d'écrire un livre sur le nouveau paysage nucléaire, qui inclut aussi le rêve du Zéro .

Mais le Zéro ne faisait pas partie du programme. Il y avait par contre sept conférences où se rassemblaient certains poids lourds militaires, généraux et amiraux, et d'autres éminents analystes et observateurs de think-thank, presque tous dévoués à renforcer et prolonger la vie de nos armes de dissuasion nucléaire. Au beau milieu de quatorze heures de «les-ogives-sont-notre-avenir», un conférencier -  archevêque de Baltimore - s'est faufilé avec l'autorisation de faire un discours d'une demi-heure intitulé «Armes nucléaires et questions morales: le chemin vers Zéro». Si, après ce sermon, des épées ont été forgées en socs de charrue, je ne les ai pas vues.

Quand je dis que je sens le complexe industrialo-nucléaire ne pas se jeter de bon cœur dans le programme Zéro du président, je ne pense pas que nous nous dirigions vers le scénario du thriller classique de la Guerre Froide, «Sept jours en mai», dans lequel un groupe de généraux complotent contre le Président venant de signer un accord de désarmement avec les Russes (et dans lequel Burt Lancaster, chef de la sinistre cabale, tient là un de ses meilleurs rôles).

Mais ce qui m'inquiète, par contre, c'est que nous perdions l'occasion de négocier un virage historique dans notre évolution nucléaire, et que le Zéro d'Obama se noie dans un marécage d'inertie et  bureaucratique, ainsi que dans la négligence passive-agressive d'intérêts bien enracinés pour qui la marche vers Zéro d'Obama s'apparente à une «commission de la mort» dont ils seraient les sujets. Leur opposition va peut-être se muer en un sincère désir de protéger la nation, mais ils ne sont peut-être pas les juges ou les gestionnaires les plus objectifs de ce chemin vers Zéro.

Obama a déjà nommé un tsar de la voiture tout puissant pour relancer l'industrie automobile - s'il prend Zéro au sérieux, il devrait faire de même avec le désarmement nucléaire.

Je dois d'abord remarquer, bien sûr, que je ne sais pas si le Zéro d'Obama sera possible ou faisable, encore moins s'il est un objectif moralement désirable. Est-ce que l'absence de dissuasion nucléaire augmentera le taux de mortalité des guerres conventionnelles? Quand le dernier missile nucléaire sera-t-il mis à la casse - un événement que même Obama pense ne pas voir «de son vivant» -, c'est très dur de le savoir aujourd'hui. Je penche plutôt vers ce que, je crois, j'ai lu sur le blog, extrêmement bien documenté, Armscontrolwonk.com: le plus difficile, en terme de réduction nucléaire, n'est pas de descendre à 0 mais de diminuer à 10.

Malgré tout, c'est une très bonne nouvelle - ou du moins ça devrait l'être - de voir que le président des États-Unis s'est fixé comme but le zéro armes nucléaires. Mais alors que nous avons aujourd'hui un président, un commandant en chef calé à Washington, qui se dit non seulement réductionniste mais abolitionniste en termes de nucléaire - quelqu'un qui pourrait faire de l'objectif Zéro autre chose qu'un rêve ou une opération marketing - voilà que Zéro semble se perdre en route. Où sont les groupes de travail au sein du gouvernement et de l'administration? (Jamais je n'avais pensé poser un jour cette question.)

Il doit déjà mobilier les fonctionnaires des départements d'État et de la Défense, par exemple, pour mettre en place une directive de politique présidentielle sur la stratégie de sécurité nationale des États-Unis. Un précieux pamphlet qu'a récemment signé la Fédération des scientifiques américains (FAS) et le Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC), intitulé «De l'armement stratégique à une dissuasion minimale» offre à Obama le modèle de cette directive de politique présidentielle à même de motiver les départements responsables.

Ou alors, s'il prend vraiment le Zéro au sérieux, il pourrait suivre les points aussi audacieux que précis du «Plan d'Action» de la Global Zero Initiative afin d'y arriver d'ici 2030.

Là où ça devient ironique, c'est de voir que pendant les fonctionnaires du Pentagone et la plupart de l'establishment de Washington sont loin de s'être intéressés à la question du Zéro, en prenant presque l'attitude condescendante d'un «laissez-le rêver, nous serons encore là quand il sera parti depuis longtemps», certains des plus durs et belliqueux personnages de la Guerre Froide ont à la surprise générale - ou du moins à la mienne -, commencé à souscrire au Zéro comme à une option réaliste du nouvel âge nucléaire.

Tout a commencé en janvier 2007 avec la désormais célèbre (chez les fanas de la question nucléaire) tribune du Wall Street Journal signée par une bande d'intraitables figures de la Guerre Froide, dont George Shultz et Henry Kissinger et qui appelaient à l'abolition des armes nucléaires.

Cela a continué avec les surprenants supporters du «Plan d'Action» de la Global Zero Initiative; lors de la conférence de presse en juin, son principal porte-parole se révéla être Richard M. Burt, mieux connu pour avoir été un négociateur relativement dur du Département des armes nucléaires de Reagan et de George Bush (père), s'étant opposé à Zéro vers la fin du second mandat de Reagan, alors que ce dernier commençait à pousser quelques gémissements dans ce sens.

Burt (qui est aussi reporter spécialisé en défense pour le New York Times) m'a dit que la situation géopolitique a tellement changé depuis la fin de la Guerre Froide qu'il pensait aujourd'hui plus sûr qu'il n'y ait plus aucune arme nucléaire du tout. En bref, quand Obama rêve de Zéro, cela n'a rien à voir avec le naïf et hippie gel nucléaire; la clique des anciens de la guerre nucléaire cautionnant Zéro ne le fait pas vraiment passer pour un enfant du pouvoir des fleurs

Mais Obama doit se comporter en commandant en chef s'il veut réaliser son rêve. Le premier signe qu'Obama et ses généraux ne sont pas vraiment sur la même longueur d'onde a été donné en février, quand le commandant nucléaire en chef - le général de l'Armée de l'Air Kevin Patrick Chilton, patron de STRATCOM - a exprimé son désaccord avec le président sur l'état des forces nucléaires américaines qualifié de «frôlant la catastrophe».

Lors de sa campagne, Obama promettait de «travailler avec la Russie pour que les missiles russes et américains ne soient plus à deux doigts de frôler la catastrophe». Mais selon un article d'Elaine M. Grossman du Global Security Newswire, le général Chilton contesta l'emploi du terme par Obama: «il sous-entend que les armes sont sorties des mains de quelqu'un» avait déclaré le général lors d'une conférence de deux jours sur la guerre aérienne. «Et ce quelqu'un a le doigt sur la gâchette. Vous avez peur qu'il éternue, parce qu'elle est trop sensible.»

Le général décrivit ensuite ce qu'il appelait «la réalité de notre posture d'alerte aujourd'hui»: «L'arme est dans on étui ...[et] a deux cadenas à combinaison dessus; il «faut deux personnes pour ouvrir ces cadenas» ; et «ce n'est pas possible dans les ordres authentifiés du président des États-Unis.»

Ce que fait là le général, c'est se servir de la sémantique pour atténuer un problème réel. Quand les fanas de la question nucléaire parlent de «deux doigts de la catastrophe», ils dénoncent en général, avec des relents dramatiques, un état d'alerte avancée ou de «lancement sur avertissement» (ce qui signifie que nous pourrions lancer une attaque nucléaire si nous sommes avertis d'une attaque prochaine), s'opposant à l'état d'alerte de «lancement sur attaque» ou de «contre-offensive» (signifiant que nos  missiles partent une fois que ceux de notre ennemi nous ont touchés).

Le problème avec une posture d' «alerte avancée» (et je suis sûr que vous vous souvenez de mon précédent article sur le sujet), c'est que le président pourrait risquer de prendre une décision de lancement avant qu'il soit certain que les alarmes d'attaques ne sont pas des «faux positifs».

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