Obama Nobel de la paix: quand il s'attaquait au Pentagone

Le Pentagone et le complexe industrialo-nucléaire n'ont pas l'intention de renoncer à leurs missiles et à la situation d'alerte «avancée» permanente.

Le président américain Barack Obama a reçu ce vendredi matin prix Nobel de la paix. Nous (re)publions sur série d'articles sur la diplomatie américaine depuis l'élection d'Obama. Celui-ci avait déjà été publié en août 2009.

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Barack Obama rêve de «Zéro». Un monde sans armes nucléaires. Aucune. Zéro. Les lions nucléaires se coucheront près des brebis non-nucléaires et espéreront qu'aucun loup nucléaire n'amasse ou ne cache d'arme mortelle là-bas, dans le noir. Avant d'en arriver là, la question cruciale - en quoi il ne s'agit pas seulement d'un rêve, en grande partie rhétorique -, dépendra de la manière dont les commandants nucléaires du Pentagone prennent au sérieux ce qui, dans les faits, s'apparente à un décret leur coupant les vivres. Et certains indices nous disent que la Maison Blanche devra plus fermement mener sa barre si elle veut transformer le rêve d'Obama en réalité.

Le Zéro fait partie des plans d'Obama dès le début de sa présidence. Dans un discours, en avril à Prague, il parlait de son désir de voir un «monde sans armes nucléaires». Et quand il rencontra le président russe, Dimitri Medvedev à Moscou, en juin, les deux dirigeants se mirent d'accord sur de drastiques réductions dans le nombre d'ogives et de lance-missiles encore aujourd'hui dans les mains de chaque pays, renouvelant le traité de désarmement SALT (Strategic Arms Limitation Treaty) qui devait expirer à la fin de l'année.

Mais depuis peu, certaines sources font état d'une tentative de «torpillage» contre Obama menée par des généraux de la chaîne de commandement nucléaire, non pas vraiment à cause de la réduction du nombre des missiles, mais plutôt du défectueux système «commande et contrôle» qui nous rend vulnérable lors d'une guerre nucléaire accidentelle.

Comment ce que l'on nomme le «complexe industrialo-nucléaire» prend-il au sérieux l'objectif d'Obama du Zéro? J'ai récemment assisté à une grande réunion des dirigeants du nucléaire à Omaha, au Nebraska, près du quartier général de STRATCOM, le commandement stratégique américain.

L'événement s'appelait «The First Annual Strategic Deterrence Conference» (le premier congrès annuel de stratégie de la dissuasion) et j'en ai eu vent, quasi à la dernière minute, par Bruce Blair, l'un des fondateurs de la «Global Zero Initiative», une ONG qui a récemment dévoilé son «plan d'action» concernant un désarmement total d'ici 2030. J'ai donc tout laissé tomber pour me rendre à Omaha, parce que je suis en train d'écrire un livre sur le nouveau paysage nucléaire, qui inclut aussi le rêve du Zéro .

Mais le Zéro ne faisait pas partie du programme. Il y avait par contre sept conférences où se rassemblaient certains poids lourds militaires, généraux et amiraux, et d'autres éminents analystes et observateurs de think-thank, presque tous dévoués à renforcer et prolonger la vie de nos armes de dissuasion nucléaire. Au beau milieu de quatorze heures de «les-ogives-sont-notre-avenir», un conférencier -  archevêque de Baltimore - s'est faufilé avec l'autorisation de faire un discours d'une demi-heure intitulé «Armes nucléaires et questions morales: le chemin vers Zéro». Si, après ce sermon, des épées ont été forgées en socs de charrue, je ne les ai pas vues.

Quand je dis que je sens le complexe industrialo-nucléaire ne pas se jeter de bon cœur dans le programme Zéro du président, je ne pense pas que nous nous dirigions vers le scénario du thriller classique de la Guerre Froide, «Sept jours en mai», dans lequel un groupe de généraux complotent contre le Président venant de signer un accord de désarmement avec les Russes (et dans lequel Burt Lancaster, chef de la sinistre cabale, tient là un de ses meilleurs rôles).

Mais ce qui m'inquiète, par contre, c'est que nous perdions l'occasion de négocier un virage historique dans notre évolution nucléaire, et que le Zéro d'Obama se noie dans un marécage d'inertie et  bureaucratique, ainsi que dans la négligence passive-agressive d'intérêts bien enracinés pour qui la marche vers Zéro d'Obama s'apparente à une «commission de la mort» dont ils seraient les sujets. Leur opposition va peut-être se muer en un sincère désir de protéger la nation, mais ils ne sont peut-être pas les juges ou les gestionnaires les plus objectifs de ce chemin vers Zéro.

Obama a déjà nommé un tsar de la voiture tout puissant pour relancer l'industrie automobile - s'il prend Zéro au sérieux, il devrait faire de même avec le désarmement nucléaire.

Je dois d'abord remarquer, bien sûr, que je ne sais pas si le Zéro d'Obama sera possible ou faisable, encore moins s'il est un objectif moralement désirable. Est-ce que l'absence de dissuasion nucléaire augmentera le taux de mortalité des guerres conventionnelles? Quand le dernier missile nucléaire sera-t-il mis à la casse - un événement que même Obama pense ne pas voir «de son vivant» -, c'est très dur de le savoir aujourd'hui. Je penche plutôt vers ce que, je crois, j'ai lu sur le blog, extrêmement bien documenté, Armscontrolwonk.com: le plus difficile, en terme de réduction nucléaire, n'est pas de descendre à 0 mais de diminuer à 10.

Malgré tout, c'est une très bonne nouvelle - ou du moins ça devrait l'être - de voir que le président des États-Unis s'est fixé comme but le zéro armes nucléaires. Mais alors que nous avons aujourd'hui un président, un commandant en chef calé à Washington, qui se dit non seulement réductionniste mais abolitionniste en termes de nucléaire - quelqu'un qui pourrait faire de l'objectif Zéro autre chose qu'un rêve ou une opération marketing - voilà que Zéro semble se perdre en route. Où sont les groupes de travail au sein du gouvernement et de l'administration? (Jamais je n'avais pensé poser un jour cette question.)

Il doit déjà mobilier les fonctionnaires des départements d'État et de la Défense, par exemple, pour mettre en place une directive de politique présidentielle sur la stratégie de sécurité nationale des États-Unis. Un précieux pamphlet qu'a récemment signé la Fédération des scientifiques américains (FAS) et le Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC), intitulé «De l'armement stratégique à une dissuasion minimale» offre à Obama le modèle de cette directive de politique présidentielle à même de motiver les départements responsables.

Ou alors, s'il prend vraiment le Zéro au sérieux, il pourrait suivre les points aussi audacieux que précis du «Plan d'Action» de la Global Zero Initiative afin d'y arriver d'ici 2030.

Là où ça devient ironique, c'est de voir que pendant les fonctionnaires du Pentagone et la plupart de l'establishment de Washington sont loin de s'être intéressés à la question du Zéro, en prenant presque l'attitude condescendante d'un «laissez-le rêver, nous serons encore là quand il sera parti depuis longtemps», certains des plus durs et belliqueux personnages de la Guerre Froide ont à la surprise générale - ou du moins à la mienne -, commencé à souscrire au Zéro comme à une option réaliste du nouvel âge nucléaire.

Tout a commencé en janvier 2007 avec la désormais célèbre (chez les fanas de la question nucléaire) tribune du Wall Street Journal signée par une bande d'intraitables figures de la Guerre Froide, dont George Shultz et Henry Kissinger et qui appelaient à l'abolition des armes nucléaires.

Cela a continué avec les surprenants supporters du «Plan d'Action» de la Global Zero Initiative; lors de la conférence de presse en juin, son principal porte-parole se révéla être Richard M. Burt, mieux connu pour avoir été un négociateur relativement dur du Département des armes nucléaires de Reagan et de George Bush (père), s'étant opposé à Zéro vers la fin du second mandat de Reagan, alors que ce dernier commençait à pousser quelques gémissements dans ce sens.

Burt (qui est aussi reporter spécialisé en défense pour le New York Times) m'a dit que la situation géopolitique a tellement changé depuis la fin de la Guerre Froide qu'il pensait aujourd'hui plus sûr qu'il n'y ait plus aucune arme nucléaire du tout. En bref, quand Obama rêve de Zéro, cela n'a rien à voir avec le naïf et hippie gel nucléaire; la clique des anciens de la guerre nucléaire cautionnant Zéro ne le fait pas vraiment passer pour un enfant du pouvoir des fleurs

Mais Obama doit se comporter en commandant en chef s'il veut réaliser son rêve. Le premier signe qu'Obama et ses généraux ne sont pas vraiment sur la même longueur d'onde a été donné en février, quand le commandant nucléaire en chef - le général de l'Armée de l'Air Kevin Patrick Chilton, patron de STRATCOM - a exprimé son désaccord avec le président sur l'état des forces nucléaires américaines qualifié de «frôlant la catastrophe».

Lors de sa campagne, Obama promettait de «travailler avec la Russie pour que les missiles russes et américains ne soient plus à deux doigts de frôler la catastrophe». Mais selon un article d'Elaine M. Grossman du Global Security Newswire, le général Chilton contesta l'emploi du terme par Obama: «il sous-entend que les armes sont sorties des mains de quelqu'un» avait déclaré le général lors d'une conférence de deux jours sur la guerre aérienne. «Et ce quelqu'un a le doigt sur la gâchette. Vous avez peur qu'il éternue, parce qu'elle est trop sensible.»

Le général décrivit ensuite ce qu'il appelait «la réalité de notre posture d'alerte aujourd'hui»: «L'arme est dans on étui ...[et] a deux cadenas à combinaison dessus; il «faut deux personnes pour ouvrir ces cadenas» ; et «ce n'est pas possible dans les ordres authentifiés du président des États-Unis.»

Ce que fait là le général, c'est se servir de la sémantique pour atténuer un problème réel. Quand les fanas de la question nucléaire parlent de «deux doigts de la catastrophe», ils dénoncent en général, avec des relents dramatiques, un état d'alerte avancée ou de «lancement sur avertissement» (ce qui signifie que nous pourrions lancer une attaque nucléaire si nous sommes avertis d'une attaque prochaine), s'opposant à l'état d'alerte de «lancement sur attaque» ou de «contre-offensive» (signifiant que nos  missiles partent une fois que ceux de notre ennemi nous ont touchés).

Le problème avec une posture d' «alerte avancée» (et je suis sûr que vous vous souvenez de mon précédent article sur le sujet), c'est que le président pourrait risquer de prendre une décision de lancement avant qu'il soit certain que les alarmes d'attaques ne sont pas des «faux positifs».

Officiellement, notre doctrine a toujours été plus proche de la contre-attaque: nous n'allons pas riposter tant que nous ne sommes pas sûrs d'avoir été touchés. Mais des critiques comme Bruce Blair, qui a enquêté sur le système d'alerte de la Guerre Froide au sein d'une commission sénatoriale, nous mettent en garde depuis des années sur le fait que malgré des déclarations de «contre-attaque» nous sommes en réalité dans un état d'alerte «avancée» qu'on pourrait rapprocher, avec quelque pertinence de ces «deux doigts de la catastrophe».

Et donc le général Chilton coupait bien les cheveux en quatre quand il ergotait sur l'usage de ces «deux doigts» par Obama. Les «révolvers» peuvent sortir de leurs «étuis» - le logiciel de lancement de missiles peut être reprogrammé et prêt à l'attaque - en quelques minutes sur la seule base d'avertissements, et, ce qui s'en suit, c'est qu'une guerre nucléaire accidentelle n'est pas impossible. De plus, les remarques du général sur les «deux cadenas à combinaison» sont trompeuses; je suppose qu'il fait référence ici au «système à deux clés», qui demande que deux militaires tournent en même temps deux clés pour lancer les missiles, mais ce système n'est pas pertinent quant au débat sur la rapidité de l'attaque. Ces deux cadenas peuvent être ouverts en quelques minutes.

Une chose encore plus préoccupante que cette manière cavalière qu'a prise le général Chilton pour décrédibiliser l'inquiétude d'Obama, est le fait qu'il soit soutenu par le patron de l'Armée de l'Air, le chef d'Etat-Major Norton Schwartz, qui a déclaré vouloir «repousser un peu» l'insinuation selon laquelle le «frôlement de catastrophe» signifiait que «ces choses sont prêtes à être lancées».

«Ce n'est pas du tout le cas», a déclaré Schwartz. «Nous parlons d'une discipline et d'un processus rigoureux qui n'a rien à voir avec une réaction épidermique». Encore, il utilise des termes comme discipline et processus, sous-entendant que, si toutes les cases de la liste sont cochées, alors aucune erreur n'est possible. Les deux généraux tentent de discréditer les termes - quelque peu dramatiques «deux doigts de la catastrophe» - afin d'éviter le véritable problème: la réalité de l'alerte avancée.

Le plus troublant reste qu'Obama refuse de relever le défi soulevé par ses généraux de premier ordre: il leur montre ainsi qu'il ne prend pas le problème au sérieux, qu'il peut se dégonfler. Si Obama veut prouver le sérieux de son engagement envers Zéro, il devrait appeler le général Chilton pour s'assurer qu'ils sont sur la même longueur d'onde concernant l'état d'alerte réel. Et sur ce qu'il veut qu'il soit. Et s'il pense que, dans les faits, c'est un système un peu trop à fleur de peau, alors il devrait rapidement le modifier.

Mais avant cela,d'autres indices nous montrent que le complexe industrialo-nucléaire traîne des pieds pour mettre en œuvre la politique nucléaire du nouveau commandant en chef. Il s'agit de la Revue de posture nucléaire (NPR) qui doit avoir lieu en décembre 2009. La NPR est une procédure périodique qui s'est enclenchée bien avant qu'Obama ne devienne président - et la grande question de savoir de quelle manière elle va prendre au sérieux Obama et son rêve de Zéro.

Le premier signal inquiétant de ce front est venu au début du mois, quand le Pentagone a rendu publique une série d'ordres du jour concernant la future NPR. Bien que la publication débute par un apparent vernis de Zéro, elle s'oriente rapidement vers une longue liste de desiderata concernant le maintien, la mise à jour, la modernisation et l'amélioration de notre système de dissuasion nucléaire. «Dans son discours du 5 avril à Prague», débute cette publication du NPR du 6 août, «le Président Obama a été clair sur ses intentions de réduire le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de sécurité nationale des États-Unis et de s'orienter concrètement vers un monde sans armes nucléaires. Il a aussi promis que, tant que les armes nucléaires existeraient, les États-Unis détiendront un arsenal sûr, sécurisé et efficace afin de dissuader tout ennemi potentiel et défendre nos alliés.»

«Il a aussi promis... » Voilà tout ce autour de quoi tourne cette publication de la NPR: la réalité du «aussi» montrant que nous vivons dans un monde où le Zéro n'est qu'un doux rêve.

Arrêtez vous sur la tournure de la phrase:  «tant que les armes nucléaires existeront»: le Pentagone est lié aux industriels, comme d'habitude. Il y a aussi ici quelques termes codés, pour ceux qui savent de quoi il retourne. Prenez «efficace», qui, dans ce contexte, peut être interprété comme le fait que notre arsenal vieillissant et apparemment endommagé de têtes nucléaires demandent plus que l'actuel «Life Extension Program» (LEP, programme d'extension de vie - un nom ironique) qui doit rénover les têtes nucléaires datant de la Guerre Froide afin d'assurer la crédibilité de leur capacité de dissuasion.

La grande partie de l'establishment nucléaire s'est efforcé de jeter le LEP aux ordures et de le remplacer par le programme RRW - le «Reliable Replacement Warhead» (remplacement durable des ogives) -, qui demandera de mettre en place toute une nouvelle génération de têtes nucléaires et qui exigera probablement des essais en sous-sol (et non pas de simples simulations par ordinateurs, jugées insuffisantes), ce qui poussera encore les États-Unis à refuser de signer le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires. Obama a fait de la ratification de ce traité un de ses objectifs, mais l'establishment des fabricants d'armes nucléaires ne veul pas être paralysé à cause de lui. Encore une autre façon pour la bureaucratie nucléaire de faire dérailler les projets du commandant en chef.

Et il y a encore la conclusion de ces ordres du jour, qui sous-entend ostensiblement la possibilité que la soi-disant «reprise» des relations russo-américaines ne soit qu'un prélude à un réarmement digne de la Guerre Froide.

«Des postures et des structures de force alternatives sont analysées dans ce NPR afin d'envisager d'autres avenirs possible, y compris des environnements sécuritaires où les relations avec la Russie se sont considérablement améliorées, mais aussi des cas où le traité START n'entre pas en vigueur et si la reprise des relations avec la Russie ne continue pas.» (c'est moi qui souligne en italique). Bien sûr, le pire des scénarios n'est pas impossible, mais je n'ai pas vraiment l'impression qu'on se donne les moyens de se préparer au meilleur.

Qu'est-ce qui est le plus frappant dans cette publication de la NPR? Pas un seul point n'est dédié à l'atteinte du but Zéro. Et dans une autre série de quatre ordres du jour de la NPR, publiée en juin, aucun n'était dédié à Zéro non plus. J'ai trouvé une autre raison montrant  que le Zéro d'Obama n'est pas pris au sérieux - dans un sens opérationnel, et de chaîne de commandement -, et cette raison je l'ai trouvée quand j'ai assisté au premier congrès annuel de stratégie de la dissuasion, à Omaha.

Ce congrès, qui avait lieu dans le Qwest Center au nom évocateur [«Qwest» est le nom d'un opérateur de télécom américain, propriétaire du stade en question, mais le terme rappelle aussi la «nuclear qwest» ou course aux armements, NDT], rassemblait une brochette impressionnante de potentats du nucléaire, venant d'à peu près tous les coins de la planète -  les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'ancienne URSS. Il y avait même une femme «colonel supérieur» de l'armée de la République populaire de Chine («nominée pour la «sixième promotion annuelle des dix femmes les plus influentes de Chine», disait le programme).

Même s'il y avait quelques voix dissidentes, la majorités des conférences tournaient autour du renforcement du programme de dissuasion nucléaire. Il y avait des tours de tables autour du  «rôle de la dissuasion dans la stratégie de défense nationale des Etats-Unis au XXIème siècle», du «rôle des armes nucléaires», des «forces de lancement nucléaire» ou intitulés «Armes et infrastructures», etc., tous présentés par les meilleurs prosélytes de la modernisation du statu-quo nucléaire.

Ce congrès était sorti du casque du général Chilton, et gardait une place pour les récalcitrants du nucléaire, dont les célèbres anti-nucléaire tels Lawrence Korb, Daryl Miller et le Dr. George Perkovich. Et, dans un sens, le congrès pouvait se voir comme une fenêtre sur le traditionnel secret sacré de STRATCOM et de sa mission nucléaire. Mais on pouvait aussi le voir comme un renforcement de cette mission, car il ignorait ostensiblement le décret d'Obama visant à le démanteler. La réunion était, après tout, nommée en un très clair «premier congrès annuel de stratégie de la dissuasion», ce qui augure d'autres «annuels» à venir.

J'ai trouvé les débats intéressants, mais je suis du genre à toujours avoir été fasciné par la complexité métaphysique et morale de la stratégie nucléaire. Et, tout compte fait, la plupart des conférences auraient pu se tenir durant la Guerre Froide. Les positions fondamentales de la dissuasion nucléaire qu'Obama a promis de défier n'ont quasiment jamais été remises en cause.

Les fins stratèges STRATCOM ont tout de même laissé une petite place pour un moment Zéro: ce discours de l'archevêque de Baltimore, Edwin Frederick O'Brien. Il parla à la conférence du dîner sur «Armes nucléaires et questions morales : le chemin vers Zéro». Le Père Father O'Brien est un membre du Congrès des Evêques catholiques qui dénonce cette usage de la dissuasion - commettre un génocide pour en empêcher un -, comme immoral depuis déjà 1983. Le discours a créé une sorte d'étrange juxtaposition : hey, au fait là, vous tous les commandants nucléaires, vous vous engagez dans ce qui, pour les évêques catholiques, est immoral et implicitement génocidaire. Mais ça n'a pas l'air de vraiment vous faire changer de disposition d'esprit.

Si Obama veut vraiment changer les esprits et changer les comportements de l'establishment nucléaire, alors il doit prendre les mesures suivantes:

Tout d'abord, il doit prendre une «Directive de politique présidentielle» sur la stratégie de défense nationale des États-Unis, une directive qui demanderait au secrétaire de la Défense et le chef de l'Etat-Major, comme le conseille la Fédération des scientifique américains, de «traduire l'initiative présidentielle en termes détaillés d'impératifs de force, de déploiement, et de plans d'attaque que devront appliquer les Services, le Commandement unifié et les Commandants de combattants individuels».

De plus, alors qu'il rêve de Zéro dans un futur indéterminé, deux étapes spécifiques de dé-alerte peuvent être immédiatement et unilatéralement mises en œuvre afin de réduire le risque d'une guerre nucléaire accidentelle. Je les ai énumérées dans cet article pendant les primaires de l'an dernier.

Obama doit montrer à l'establishment nucléaire qu'il est le patron. Il devrait botter quelques culs de fonctionnaires au Pentagone. Zéro est peut-être un rêve irréalisable, mais nous ne le saurons jamais avec certitude tant qu'Obama ne mettra pas tout en œuvre pour que le Pentagone le prenne au sérieux. Un rêve que l'on diffère est un rêve auquel on ne croit pas.

Ron Rosenbaum

Traduit par Peggy Sastre

Image de Une: Le porte-avions américain USS John Stennis    REUTERS