Le hockey sur glace veut se glisser dans le coeur des Français

Le Français Antoine Roussel, en bleu, face au Norvégien Niklas Roest, à Minsk en mai 2014. REUTERS/Vasily Fedosenko

Le Français Antoine Roussel, en bleu, face au Norvégien Niklas Roest, à Minsk en mai 2014. REUTERS/Vasily Fedosenko

Alors que le championnat de France se poursuit normalement en cette semaine de Noël avec deux journées de compétition les 23 et 26 décembre, le hockey sur glace se rêve demain en discipline importante du sport tricolore.

La France, qui se met à ouvrir des patinoires provisoires sur la Tour Eiffel ou dans le cadre majestueux du Grand Palais, deviendra-t-elle un jour une grande nation de hockey sur glace? Moins naïve qu’elle en a l’air, la question trouvera peut-être en partie sa réponse en mai 2017, en pleine élection présidentielle, lorsque le pays accueillera les championnats du monde de la discipline mis sur pied conjointement avec l’Allemagne.

En effet, la Bercy Arena, comme il faudra désormais appeler le Palais Omnisport de Paris Bercy au terme des travaux qui s’achèveront à l’automne 2015 en portant la capacité de la salle à près de 20.000 places dans sa configuration la plus large, sera pendant deux semaines l’écrin de l’une des deux premières poules de la phase initiale, soit huit équipes, avec la France, puis ensuite de deux quarts de finale. Toutes les autres rencontres, dont les deux demi-finales et la finale, auront, elles, lieu à Cologne, dans un pays jusqu’ici plus épris de hockey sur glace.

C’est un événement, car la France n’avait plus organisé de championnat du monde depuis 1951, même si elle avait eu depuis le privilège d’abriter le tournoi olympique à Grenoble en 1968 et à Albertville en 1992. «Budget, 25 millions d’euros dont 11 millions à notre charge», souligne Luc Tardif, le président de la fédération française de hockey sur glace dont l’accent rappelle forcément ses origines québécoises.

L’équipe de France, qui a affronté la Slovénie en match amical à Bordeaux et Anglet, les 19 et 20 décembre, avec des troupes profondément rajeunies pour l’occasion, n’a pas participé aux derniers Jeux olympiques de Sotchi, où elle ne s’était pas qualifiée, mais elle est sortie de son anonymat relatif trois mois plus tard lors des championnats du monde disputés en Biélorussie. En accédant aux quarts de finale de la compétition pour la première fois depuis 1995, elle s’est offert au passage le luxe d’y surprendre le Canada un an après s’être «payé» la Russie dans la même compétition.

Quelle est sa vraie valeur au regard des grandes nations du hockey sur glace dès lors que celles-ci peuvent compter sur tous leurs meilleurs joueurs engagés notamment en NHL, la ligue professionnelle américaine, et qui ne sont pas toujours disponibles lors des mondiaux?

«Au classement des nations, nous sommes actuellement 12e et il est encore possible de progresser, souligne Pierre Pousse, entraîneur adjoint de l’équipe de France auprès de Dave Henderson, le sélectionneur en chef. Culturellement, il y a six pays qui dominent notre sport: le Canada, la Russie, les Etats-Unis, la Suède, la Finlande et la République tchèque. A l’image de la Suisse, vice-championne du monde en 2013, nous avons la capacité de créer la surprise un jour. Même si en commençant un tournoi mondial ou olympique, il sera toujours impensable pour la France de dire qu’elle vise une médaille.»

Depuis Philippe Bozon, premier joueur français de l’histoire à avoir intégré la NHL au début des années 1990 et quart de finaliste avec l’équipe de France aux Jeux d’Albertville en 1992, le hockey sur glace français a, il est vrai, tracé un sillon dans la glace du monde entier.


 

Relativement méconnu du grand public, Cristobal Huet est, au premier chef, un joueur qui a imprimé sa marque aux Etats-Unis et au Canada en participant au All Star Game de la NHL et en enlevant surtout en 2010 la Coupe Stanley, le graal absolu du hockey professionnel, au sein de l’équipe des Blackhawks de Chicago dont il gardait la cage en tant que n°2.

L'événement était passé un peu inaperçu en France, peut-être aussi parce qu’après avoir disputé 48 matchs en saison régulière cette année-là, Huet n’en avait joué aucun en play-offs et avait assisté au triomphe des siens depuis le banc des remplaçants.

Il n’empêche, c’était une date dans l’histoire du hockey français qui compte aujourd’hui deux de ses représentants en NHL, Pierre-Edouard Bellemare, 29 ans, au sein des Flyers de Philadelphie, et surtout Antoine Roussel, 25 ans, qui crache des flammes sur l’aile de l’équipe des Stars de Dallas. Stéphane Da Costa, 25 ans, complète cette élite tricolore en figurant dans l’autre grand championnat mondial, celui de la KHL en Russie, en représentant le CSKA Moscou après avoir été lui-même en NHL dans l’effectif des Sénateurs d’Ottawa.

«Ce qui était presque une incongruité il y a dix ans est presque devenu une petite et belle habitude, sourit Pierre Pousse. Etre un joueur français n’est plus un handicap et le plus réjouissant est de constater que ceux qui forment l’ossature de l’équipe de France, dont plus de la moitié évolue à l’étranger, ont tous été formés sur notre sol.»

Antoine Roussel, qui a explosé lors des derniers championnats du monde, est considéré notamment comme un joueur d’un nouveau genre en NHL à la fois physique et efficace devant le but.

«Techniquement, il n’y a pas de style français, ajoute Pierre Pousse. Mais il y a un esprit français que l’on retrouve en équipe de France avec toujours beaucoup d’abnégation pour le maillot.»

Le hockey sur glace dans notre carte de France des sports

Avec 20.000 licenciés, la Fédération française de hockey sur glace se situe dans un périmètre modeste, mais elle est paradoxalement dans l’impossibilité d’en accueillir beaucoup plus en raison du parc relativement réduit des patinoires en France.

«Avec les normes du Grenelle de l’environnement et la remise en cause de certains réfrigérants utilisés dans les patinoires, quelques-unes n’ont pas pu suivre au niveau de la mise en conformité et des élus en ont profité pour les fermer, regrette Luc Tardif. Heureusement, il y a de nouveaux projets qui voient le jour comme à Nice sachant que nous voulons prioriser le Sud et le Nord-Pas de Calais qui sont des territoires à fort potentiel pour nous.» Et puis surtout, il y a l’ouverture désormais assurée d’un centre national d’entraînement du hockey sur glace, discipline qui aura son Clairefontaine ou son Marcoussis à Cergy-Pontoise à la fin 2016.

La sortie du hockey sur glace en 2006 de la Fédération des sports de glace, toujours cornaquée par le très contestable et omnipotent Didier Gailhaguet, a été, il est vrai, une vraie bouffée d’oxygène pour un sport qui peut désormais vivre en toute indépendance et avoir sa propre stratégie d’avenir.

Depuis cette émancipation, le budget alloué au seul hockey sur glace a quasiment doublé en passant de 2,5 millions d’euros à un peu moins de 5 millions. Et l’équipe de France s’est donc catapultée de la 23e à la 12e place mondiale.

Reste à réussir la mutation de la ligue professionnelle française, dite Ligue Magnus, qui est au pied d’une réforme importante avec l’obligation d’un cahier des charges plus rigoureux sur le plan économique et la réduction de l’élite des clubs de 14 à 12 à l’horizon de la saison 2016-2017, mais avec l’augmentation substantielle du nombre des matchs –les 12 équipes joueront quatre fois l’une contre l’autre en double aller-retour– de ce championnat de France qui ne manque pas de niveau, mais surtout de rythme malgré deux journées programmées les 23 et 26 décembre..

Reste surtout à faire du championnat du monde 2017 le rendez-vous qui pourrait tout ou en partie changer pour ce sport. «Le hockey sur glace a raté l’après-Albertville, constate Luc Tardif, chef de la délégation française lors des derniers Jeux de Sotchi. On voit ce que Tony Parker a apporté à l’équipe de France et au basket français grâce à sa carrière en NBA. Quelqu’un comme Antoine Roussel, qui est très disponible pour nous, sera peut-être celui qui nous permettra de passer la vitesse supérieure sachant qu’il y a d’autres jeunes qui arrivent derrière lui.»

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