Allemagne

À Berlin, on achève bien les clubs –mais pas les centres commerciaux

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 19.12.2014 à 11 h 12

Repéré sur Berliner Zeitung, Clubcommission, Der Tagesspiegel

Vue du centre commercial Mall of Berlin à Berlin le 10 décembre, 2014. REUTERS/Fabrizio Bensch

Vue du centre commercial Mall of Berlin à Berlin le 10 décembre, 2014. REUTERS/Fabrizio Bensch

Transformer un centre commercial en temple de la techno pour sauver la club culture berlinoise: voilà l'audacieuse proposition présentée par la Clubcommission, un consortium qui rassemble boîtes de nuit et salles de concert de la capitale allemande, rapporte le quotidien Berliner Zeitung. Comme l'écrit la Clubcommission dans un communiqué mis en ligne sur son site à la mi-décembre:

«Un sondage-éclair réalisé le week-end auprès des plus de 140 membres que compte la Clubcommission a révélé que de nombreux exploitants de clubs et organisateurs d'évènements seraient prêts à investir dans le lieu et à en exploiter des parties délimitées.»

Le projet? Un «Hall of Berlin» qui rassemblerait plusieurs clubs techno au cœur de la ville, là où ont éclos la plupart des clubs qui ont rendu la capitale allemande célèbre auprès des clubbers du monde entier durant les décennies 1990 et 2000. La Clubcommission en parle comme d'«une action concrète contre la mort des clubs à Berlin.»

C'est une proposition poétique mais bien peu réaliste...

Le centre commercial visé n'est pas n'importe quel centre commercial, mais le flambant neuf «Mall of Berlin», une immense galerie réunissant près de 250 enseignes sur quatre niveaux qui a ouvert en septembre dernier à deux pas de la Potsdamer Platz, et dont le nom évoque avec un mauvais goût certain l'époque de la division de Berlin («Wall of Berlin»), visiblement parce qu'elle a été construite sur l'ancien no man's land qui longeait la frontière côté Est.

Depuis son inauguration, pas une semaine ne passe sans que le Mall of Berlin ne fasse les gros titres de la presse locale: de graves malfaçons et défaillances de sécurité ont été identifiées à l'intérieur du centre commercial, une partie des ouvriers roumains employés sur le chantier n'ont toujours pas été payés par l'entreprise chargée de piloter les travaux de construction, qui vient d'ailleurs de déposer le bilan, et les visiteurs, faute d'enseignes originales, se font rares.

Profitant de la polémique qui enfle autour du centre commercial, que les Berlinois surnomment désormais «Mall of Shame», les patrons de clubs entendent une fois de plus alerter l'opinion publique sur la situation délicate dans laquelle ils se trouvent aujourd'hui, cette fois-ci avec humour (leur communiqué s'appelle: «Mall of Berlin – on achète le truc!»), dans une ville donnée en pâture aux promoteurs immobiliers et où les clubs sont de plus en plus chassés aux confins de la ville quand ils ne ferment tout simplement pas définitivement. C'est ce qui est par exemple arrivé au Kiki Blofeld, un club niché dans un hangar à bateaux au bord de la Spree qui a dû fermer ses portes il y a trois ans et a réouvert au printemps dernier à Lichtenberg, dans les faubourgs de Berlin-Est. Faute d'avoir su attirer les clubbers aussi loin du centre-ville, il a déjà mis la clef sous la porte au bout d'une saison, comme le rapporte le quotidien Der Tagesspiegel.

D'autres clubs sont aujourd'hui menacés par un projet de construction d'autoroute à l'Est de Berlin, comme Magdanela, Zur Wilden Renate ou Sisyphos (déjà sous le coup d'une fermeture administrative depuis cet été), qui longent la Spree côté Est, signale la Club Commission, qui propose un prix de rachat symbolique du centre commercial fixé à un euro afin de ne tromper personne sur ses intentions réelles, tout en rappelant qu'à une époque, quand Berlin n'intéressait pas encore les investisseurs, ces acquisitions à des prix ridiculement bas étaient monnaie courante.

Faire revenir la techno au cœur de Berlin? Un comble dans ce centre commercial où pour des raisons de sécurité, toute musique est interdite jusqu'à nouvel ordre, comme le rapportait il y a quelques jours Der Tagesspiegel, de crainte que les visiteurs n'entendent pas le son de l'alarme en cas d'incendie!

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (344 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte