Tissons des liens avec la Guadeloupe
Y-a-t-il des blogueurs qui parlent à la métropole?
- Manifestation en mémoire du syndicaliste tué à Pointe-à-Pître le 18 février / REUTERS -
Comme tout les métropolitains, je suis ce qui se passe en Guadeloupe avec un mélange d'incompréhensions, de craintes, de douleurs face à une situation qui semble pleine de nœuds extrêmement difficiles à dénouer, surtout en période de crise économique majeure. Comme de nombreux événements, je suis devenu, comme nombre de mes concitoyens, un connaisseur du sujet, apte à en discuter dans mes diners et autour d'un café. Mais cet événement est différent, de nombreux autres, dans la manière dont j'accède à l'information. Je suis spectateur, pleinement, quasiment incapable d'imaginer une solution, ou d'influer sur celle qui peut éventuellement sortir. Spectateur total, commentateur difficile. Pourquoi?
Mon opinion sur l'actualité, je la forge souvent au contact d'amis, de pairs, largement via leur expression en ligne. C'est par le réseau, plus ou moins lâche, de blogueurs, commentateurs, amis divers, qui s'expriment en ligne, que j'accède à des analyses, à des jugements, à des témoignages. Il est peu d'événements nationaux dont je puisse dire qu'un contenu posté en ligne par un acteur du sujet ne soit pas entré dans mon scope, naturellement, par le biais de liens qui sont venus à moi. Une grève? Je connais un participant, ou une analyse me vient par un pair. Une famine? La parole d'un blogueur local m'est relayée. Une manifestation? Un participant, sur twitter, en rend compte en direct.
J'ai ainsi un réseau d'informations qui, dans son premier cercle, compte peu ou prou un millier de personnes, en mélangeant les flux qui sont enregistrés dans mon navigateur, mes followers sur twitter. Chacun est lui-même un nœud de réseau qui donne accès à quelques centaines de personnes chacun. Ce réseau m'apporte une proximité, mondiale, par un langage commun avec beaucoup de personnes à travers le monde. Je me sens proche du réfugié du Darfour parce que quelques blogueurs locaux, américains, européens, partagent avec moi cette préoccupation, parce que nous partageons ensemble nouvelles et avis. Cela vaut aussi pour la Chine, le Limousin ou la région d'Orléans: j'y fréquente des pairs.
Ce réseau, pour ce qui se passe en Guadeloupe, ne m'a pas apporté beaucoup de nouvelles, de commentaires personnels, d'expertises particulières. Ce qui se passe en Guadeloupe, je le vis quasi uniquement par la médiation des journaux télévisés, des tribunes qui se succèdent dans la presse, des émissions radio. Tout se passe par la médiation du journaliste. C'est un fait relativement nouveau, finalement, qui tient peut être à la construction assez logique des réseaux sociaux. Sans vouloir généraliser mon cas avec d'autres (j'aimerais avoir vos avis), j'ai l'impression que, si l'on devait dessiner une carte des réseaux sociaux des français et des DOM, en ligne, on verrait qu'il existe une fracture forte. Les milliers de kilomètres qui nous séparent ne sont pas effacés par le web: mes amis ont peu d'amis aux Antilles.
Barrière océanique
C'est là que le journaliste est important: quand l'information se fait dans des zones isolées, où les réseaux de producteurs d'informations n'ont pas les moyens du dialogue global. Les journalistes n'ont pas ce monopole, bien évidemment : des initiatives, visant à faciliter cette connexion de pair à pair entre citoyens, sont menées un peu partout (comme Global Voices, par exemple). Ce qui est embêtant, dans le cas de la Guadeloupe, c'est que les Antilles, c'est la France. Où sont les vidéos qui ont circulé sur Dailymotion? Où sont les blogueurs locaux, qui auraient pu émerger à l'occasion de cette crise? Où sont les webactivistes, en somme, pour faire leur boulot de connexion? Oh, bien sûr, il y en a, des blogs. Je les ai cherchés, j'en ai trouvé quelques-uns d'intéressants. Il y a le chien créole, qui a pas mal circulé grâce aux réseaux d'extrême gauche — mais on ne peut pas y discuter, il y a ciscoshow, blog local sympathique (on y a vu cette vidéo sur ce qu'est de faire le plein d'essence en pleine grêve, mais 400 vues au compteur, ce n'est pas grand chose); le LKP tient un flux de nouvelles qu'il appelle un blog... Libération a lancé son blog, donnant la parole à un acteur local (mais c'est bien de la délégation de parole par des journalistes). Agnès Maillard, sur le monolecte, parle des Antilles, en citant France Ô.
Je me demande où sont les ponts naturels, entre citoyens, directement. Les leaders politiques locaux comme les activistes se tournent essentiellement vers la population des Antilles. Les ministres et députés n'ont pas grand chose à faire de cette circonscription lointaine, déléguant volontiers au ministre de l'outre-mer la gestion de ce truc qui semble embêter tout le monde. A regarder ce drôle de paysage national, où l'océan reste une barrière, je me dis que l'urgence, sans doute, c'est aussi de recréer du lien, directement entre citoyens, par delà l'Atlantique. La continuité territoriale ne passe sans doute pas que par des subventions, des fonctionnaires et des aides: elle doit faire exister le sentiment d'un avenir — et déjà d'un quotidien — commun.
PS: pour ceux qui le souhaitent, je peux aussi donner l'adresse d'un billet de blog croustillant d'un ami, Antillais déplacé en métropole, mais je ne voudrais pas y verser les hordes sauvages des visiteurs de slate. C'est un salon privé, en catimini, où l'on met les patins pour entrer. Ce sera sur demande motivée.
Nicolas Vanbremeersch
Image de Une: Manifestation en mémoire du syndicaliste tué à Pointe-à-Pître le 18 février / REUTERS
Mis à jour le 23/02/2009 à 16h30








































Je suis confondu par ce qui se passe en Guadeloupe mais certainement pas étonné.
A la différence de beaucoup de gens épiloguant sur les évènements, j'ai habité 3 ans en Guadeloupe et j'ai bien juré de ne pas y retourner, même en vacances !
Cette île magnifique est le repère de tous les mauvais travers humains, la faute à qui ? la faute aux guadeloupéens, blancs, noirs ou békés, aux gouvernements successifs qui n'ont pas fait grand chose, etc...
La bas, c'est le racisme à l'envers, il vaut mieux être noir que blanc, ouvrier que col blanc, pauvre que riche, illétré qu'intellectuel...j'en passe et des meilleures.
Lorsque j'entends certains grévistes dire c'est la faute à l'état français; oublient-ils qu'ils sont jusqu'à plus ample informé français et donc, il faut dire "c'est la faute à l'état - ou au gouvernement"
Le "peuple guadeloupéen"; il n'y en a pas, il y a le peuple français et une île française sur laquelle vivent des français antillais.
Les inégalités sont nombreuses en Guadeloupe comme ailleurs, hélas. Chercher à les réduire, certes; mettre en état de siège ce paradis, non!
Négocier par la concertation, oui; prêcher l'indépendance pour obtenir le maximum, non!
Développer la concurrence économique pour mettre à mal les monopoles, oui; blocages, saccages, non!
Et pour l'anecdote: J'ai tenu dans le passé un commerce, un jour de tension, un pick-up est arrivé sur le parking et une dizaine de gars menaçant m'ont demandé de fermer boutique illico. Jem'executais vu la présence de quelques bonnes battes de base ball. Petit à petit, au gré des jours passants, je m'aperçus qu'il en avait été de même pour nombre de mes collègues. C'est comme ça qu'aux Antilles, on peut obtenir la grève générale; vous fermez, vous "soutenez" le mouvement, sinon...
Cessez un peu, guadeloupéens de ressasser sans fin les affres de l'esclavage et de la colonisation, cessez de sous-entendre sans arrêt que tout est de la faute aux blancs, aux békés, à l'Etat etc...Prenez-vous en main de manière constructive et intelligente, arrêtez de jouer les pôvres descendants des exploités coloniaux, ne soyez pas bêtement passéistes, ça vous changera et vous fera porter haut et fort les couleurs paradisiaques de votre île enchanteresse
Alors non, je n'ai pas envie aujourdhui de tisser des liens avec ceux qui crachent dans la soupe de la république! c'est bien de se faire le hérault de la lutte anti-tout, c'est encore plus facile quand on est fonctionnaire de haut rang de l'anpe,
Non, je ne retournerai pas en Guadeloupe tant que je n'aurais pas l'assurance, en tant que touriste, de passer un séjour tranquille et serein, tant que je n'aurai pas l'assurance d'être bien traité et accueilli dans les hotels et autres attractions locales et non jugé comme le blanc plein de thunes qui vient se la dorer !
Ne me taxer pas de raciste, svp, c'est du vécu.
Cordialement,
Il n'y a pas beaucoup de bloggeurs qui parlent à la métropole, mais il y a ceux de la métropole qui écoutent et essayent de comprendre et de partager les bons questionnements qui peuvent venir des îles. Ce lien par exemple :
http://wordspics.wordpress.com/2009/02/19/poetique-de-la-guadeloupe/
Si l'on considère que le peuple français est une grande famille, alors je préfère choisir mes amis, et sûrement pas ceux qui dès le départ me soupçonnent de colonialisme, d'exploiteur, de méchant colon, alors que je me rends chez eux comme pour rendre visite à des cousins proches.
Aussi longtemps que ce sentiment stupide et sectaire de "descendants d'esclaves" continuera à faire la fierté maladive des Antillais, il n'y aura pas de liens possibles.
Est ce qu'il me viendrait à l'idée de traiter les Italiens de sales colons parce que Jules César avait décidé d'envahir la Gaule !
Evoluer, avancer, changer vos mentalités, et peut-être qu'un jour, j'aurai à nouveau envie de rencontrer mes frères à nouveau fiers du drapeau tricolore.
Pourquoi pas les Franciliens tissant des liens avec la Bretagne, l’Alsace avec la Provence, la Picardie avec le Pays Basque, etc. ?
Assez de logorrhée, ressaisissons-nous !
Cessons d’être cette masse de 64 millions de gnous phagocytée par une aristocratie politico-fonctionnariale de plus en plus sédimentaire et insatiable, aussi impitoyable envers les faibles qu’elle est veule et lâche envers les forts !
Pour cela, revenons aux monuments sacrés que notre révolution a dédiés à l’humanité.
Trois d’entre eux suffisent ; 4 août 1789 : abolition des privilèges, 26 août 1789 : déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 14 juillet 1790 : fête de la fédération.
A partir de là, abolissons de nouveau l’esclavage, celui d’aujourd’hui d’autant plus implacable, efficace et performant qu’il est optimisé en permanence par des collèges d’élites, par exemple l’ENA.
Dans ce cadre, plus besoin de tisser des liens avec les DOM/TOM qui sont dans la nature des choses, particulièrement si, à l’occasion de cette refondation, resurgissent des hommes comme Toussaint LOUVERTURE.