Culture

Vous n'avez jamais écouté Rien? C'est le moment

Eric Nahon, mis à jour le 17.12.2014 à 9 h 48

Rien, c’est le nom d’un groupe de rock mort dans le presque anonymat en ce mois de décembre. Alternatif parmi les alternatifs, il avait programmé sa dissolution dès sa création en 1999. Nécrologie et autopsie d’un phénomène post-rock.

Rien, drôle de nom pour un groupe de rock. Et justement, ce n’est pas du rock, c’est du «post-rock», ou comment déjouer le rock avec des instruments rock… Rien naît à la fin des années 1990 à Grenoble. Influencé par Tortoise, Godspeed You! Black Emperor ou Nirvana, le groupe se fait remarquer par des concerts plein de ferveur, des morceaux de dix minutes et une communication énigmatique et dépouillée.

En 2003, leur premier disque interpelle: Requiem pour des baroqueux alterne des titres chantés et des pièces instrumentales vibrantes. C’est aussi un disque gratuit ou payant. A l’auditeur de choisir.


Rien a compris très tôt l’intérêt du participatif, sur son site L’Amicale underground, qui permet de télécharger gratuitement les MP3 du groupe et de ses affiliés (Calin, Jull ou Domotic), mais aussi de payer pour recevoir de jolis CD aux pochettes cartonnées pliées à la main et limités généralement à 500 exemplaires. En 2007, le deuxième CD de Rien, joliment appelé Il ne peut y avoir de prédiction sans avenir, se transformait ainsi en pyramide une fois la pochette montée. C’est beau mais ça prend un peu de place dans les rayonnages. Mais ces objets musicaux ont été identifiés par pas mal de mélomanes au point d’être sold-out. C’est simple: des gens avaient envie de payer des musiciens pour continuer à entendre leur musique.

Car Rien et son amicale underground disposent d'un noyau de fans qui sont prêts à acheter ce qui est disponible gratuitement. Les gens sont parfois comme ça. Il faut dire qu’avec des titres comme B.A.S.I.C ou This Is Our Grunge, le groupe produit des presque tubes que l’on aurait adoré entendre en rotation lourde sur les grosses radios.


Quand ils ont dit, très vite, que le groupe cesserait sa carrière en 2014, on n’y avait pas vraiment prêté attention. En 1999, le XXIe siècle semblait loin. On attendait le bug de l’an 2000 et on espérait des voitures volantes et des hoverboards… Quand, en 2010, le groupe sort un EP baptisé 3, on écoute en attendant l’album. Quand 2 arrive en 2013, on commence à penser que ça sent le roussi. 1 débarque logiquement en décembre 2014 et met un point final à l’épopée de Rien, cinq grenoblois aux pseudos improbables (Yugo, Dos.3, Goulag, {aka}. et Francis Fruit) qui ont emballé la vie d’une poignée de furieux dans les années 00.

Aujourd’hui, on est un peu triste que ces vieux copains tirent leur révérence. Le groupe répond avec l’ironie énigmatique qui caractérise chacune de ses newsletters:

«La plaisanterie n'a pas assez duré, elle a duré ce qu'il fallait. Il devait être minuit et demi dans ce squat grenoblois, le premier décembre 1999, t'en souvient-il? Vous portiez des bonnets péruviens pour jouer un rock languide sur fond de chants de baleines. Vous êtes sortis de scène sous une timide salve d'applaudissements. Tu t'es retourné vers moi et tu m'as dit "Ceci durera quinze ans".»

Avant d’ajouter:

«Si dans vingt ans, Thom Yorke se déplace en personne de son aéronef planant au-dessus de l'Ardèche pour nous demander un concert exceptionnel, on lui crachera à la gueule.»

Allez, on en reparle dans vingt ans?

Eric Nahon
Eric Nahon (33 articles)
Journaliste
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