Toxicomanie: alerte aux antitussifs dans les cours de récré

A Vincennes, le 26 mars 2009. REUTERS/Charles Platiau

A Vincennes, le 26 mars 2009. REUTERS/Charles Platiau

Une trentaine de médicaments en vente libre contiennent un dérivé de la morphine. Certains sont utilisés à des fins de «défonce» par des jeunes.

Les toxicomanes, les addictologues et les pharmaciens connaissent le dextrométhorphane. Non de code: DMX. C’est une molécule utilisée contre les toux sèches («irritatives»). Les consommateurs connaissent le DMX sous de très nombreux noms de marque et sous de multiples formes (sirop, comprimé, gélule, capsule, pastille et sachet-dose). Ces médicaments en vente libre peuvent aisément  détournés à d’autres fins –dites «récréatives» ou de «défonce», comme l'a expliqué l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Elle a lancé fin novembre un appel pour mettre en garde contre ce phénomène toutes celles et ceux qui travaillent au contact des adolescents et des jeunes enfants.  L’affaire n’est pas nouvelle, mais elle prend, en France, des proportions qui inquiètent les responsables sanitaires.

Le DMX apparaît sous forme de comprimés antitussifs il y a un demi-siècle aux Etats-Unis. Il y est bientôt retiré du marché du fait de l’usage détourné qui en est fait. On le voit bientôt réapparaître sous forme de sirop, moins facile à consommer en grandes quantités par des personnes ne recherchant pas particulièrement ses propriétés antitussives. Plusieurs cas de décès associés à des consommations récréatives de DMX (associé à d’autres substances) attirent à nouveau l’attention des responsables sanitaires.

Les effets psychotropes du DMX n’ont rien de très original, généralement résumés, sous l’appellation «impression de planer». Spécialistes et/ou consommateurs parlent, selon les cas, de douce euphorie suivie de désorientation spatio-temporelle (le temps ralentit quand il ne se fige pas), de désinhibition, de sensations d'extra-corporalité et d’hallucinations visuelles et auditives. Il faut aussi compter avec l’autre versant de l’ascension: nausées, vomissements, démangeaisons plus ou moins accompagnées d’éruptions cutanées. Sans oublier en cas de dosages très élevés, les désagréables effets secondaires équivalents à ceux qui suivent l’absorption de fortes doses d’alcool. Les intoxications aiguës (anxiété, dépression respiratoire, troubles cardiaques, coma) imposent une hospitalisation en urgence.

Ce sont précisément des hospitalisations qui, avec le recensement d’utilisation détournée d’antitussifs, ont attiré l’attention des autorités françaises. Les chiffres officiels de pharmacovigilance ne sont ici que la pointe de l’iceberg. Entre 2003 et 2008, douze cas d’usage détourné ont été signalés, dont un décès, avec une moyenne d’âge de 30,5 ans (11-36 ans). Entre 2009 et 2013, trente-neuf  cas signalés, avec une moyenne d’âge de 21,4 ans (11-49 ans).

Mais l’inquiétude de l’ANSM tient surtout aux signalements de pharmaciens d’officine rapportant des demandes récurrentes de dextrométhorphane par des adolescents, le plus souvent sous forme de comprimés ou de capsule (et non de sirop). L’affaire ne concerne donc plus les personnes toxicomanes souffrant d’une situation de manque mais bien, en nombre croissant, des jeunes adultes, des adolescents et des enfants.

On observe ici les limites des possibilités d’action des autorités sanitaires en charge des médicaments.

«Nous avons demandé aux pharmaciens d’officine de placer ces spécialités derrière leur comptoir, en dehors de la zone où les clients peuvent se servir eux-mêmes, explique-t-on auprès de cette agence. Les pharmaciens peuvent aussi refuser la vente s’ils l’estiment nécessaire. Après les médecins et les pharmaciens nous venons aussi de mettre en garde l’ensemble des acteurs concernés par la prise en charge sanitaire ou sociale de jeunes publics sur l’usage détourné de ces médicaments délivrés avec ou sans ordonnance.»

Le cercle élargi des professionnels comprend les pharmaciens, les médecins généralistes, les addictologues, les pédiatres, les médecins exerçant en milieu scolaire, en planning familial et en PMI, ainsi que ceux exerçant dans les associations de prévention de drogues pour les jeunes.

En cas de doute, l’ANSM demande au pharmacien de ne délivrer qu’une seule boîte à la fois et les différents laboratoires producteurs ont, à la demande de l’ANSM «mis en place un plan commun de minimisation des risques»

Reste que tout ceci peut apparaître bien dérisoire compte-tenu de la facilité avec laquelle on peut se procurer une ou plusieurs boîtes de l’une ou l’autre de ces spécialités dans un très large éventail des pharmacie d’officine. C’est notamment le cas des comprimés ou pastilles de Tussidane® du laboratoire Elerté ou Vicks ®  Toux Sèche du géant Procter & Gamble Pharmaceuticals. Outre du miel, une pastille de ce Vicks ®, fabriqué en Allemagne, contient 7, 33mg de DMX. Le paquet de 12 est commercialisé au prix-plancher de 4,50 euros. Pratiquement aucun effet indésirable si l’on en croit la notice.  Seule mis en garde: «Soyez prudent: ne pas conduire sans avoir lu la notice.»

Sur le fond, personne ne semble poser la question du rapport entre les risques et les bénéfices de ces antitussifs. Compte-tenu de l’usage détourné qui en est fait, convient-il d’en faire des spécialités ne pouvant être obtenues que sur prescription médicale? Convient-il même de les laisser sur le marché français? Et pourquoi certains enfants ou jeunes adolescents ressentent-ils le besoin de récréations à base de DMX? Ce sont  là de vraies questions de santé publique. 

Voici une liste indicative des spécialités commercialisées contenant du dextrométhorphane. Certaines sont remboursées (sur prescription médicale). 

ATUXANE®, sirop

BIOCADEXTRO 1 mg/ml ENFANTS SANS SUCRE, sirop édulcoré à la saccharine sodique et au maltitol

CLARIX TOUX SECHE DEXTROMETHORPHANE 15 mg/5 ml ADULTES SANS SUCRE®, solution buvable en sachet édulcorée à la saccharine sodique

CLARIX TOUX SECHE DEXTROMETHORPHANE MEPYRAMINE ADULTES®, sirop

DEXTROCIDINE® 0,3%, sirop

DEXTROMETHORPHANE ELERTE 1,5 mg/ml, sirop

DEXTUSSIL® 0,2%, sirop

DEXTUSSIL® 30 mg/15 ml, sirop en récipient unidose

DRILL TOUX SÈCHE® 15 mg/5 ml ADULTES SANS SUCRE sirop édulcoré au maltitol liquide

DRILL TOUX SÈCHE® SANS SUCRE 5 mg/5 ml ENFANTS, sirop édulcoré au maltitol liquide

ERGIX 20 mg TOUX SÈCHE®, gélule

ERGIX ADULTES TOUX SÈCHE®, sirop

ERGIX ENFANTS TOUX SECHE, sirop

EUPHONYLL TOUX SECHE DEXTROMETORPHANE 15 mg/5 ml ADULTES SANS SUCRE, sirop édulcoré à la saccharine sodique et au sorbitol

FLUIMUCIL TOUX SECHE DEXTROMETHORPHANE 2 mg/ml ADULTES SANS SUCRE, sirop édulcoré à la saccharine sodique et au maltitol liquide

HUMEX ADULTES TOUX SECHE DEXTROMETHORPHANE SANS SUCRE 15 mg/5 ml, solution buvable en sachet édulcorée à la saccharine sodique

HUMEX ADULTES TOUX SECHE DEXTROMETHORPHANE, sirop

HUMEX ENFANTS TOUX SECHE DEXTROMETHORPHANE, sirop

NODEX® ADULTES, sirop en récipient unidose

PULMODEXANE 30 mg, comprimé pelliculé

PULMODEXANE 300 mg/100 ml SANS SUCRE, solution buvable édulcorée au maltitol liquide et à la saccharine sodique

SURBRONC TOUX SECHE DEXTROMETHORPHANE 15 mg/5 ml SANS SUCRE, solution buvable en sachet édulcorée à la saccharine sodique

TUSSIDANE® 1,5 mg/ml, sirop

TUSSIDANE 1,5 mg/ml SANS SUCRE, solution buvable édulcorée au maltitol liquide et à la saccharine sodique

TUSSIDANE 30 mg, comprimé pelliculé sécable ANSM – 04/12/2014

TUXIUM® 30 mg, capsule

VICKS 0,133 % ADULTES TOUX SECHE MIEL, sirop

VICKS TOUX SECHE DEXTROMETHORPHANE 7,33 mg ADULTES MIEL, pastille

 

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