Science & santé

«Je me demande si je devrais voir une escort girl»

Lucile Bellan, mis à jour le 16.12.2014 à 16 h 54

Cette semaine, Lucile répond à un jeune homme qui souffre beaucoup de son célibat et réfléchit à tenter une «girlfriend experience», c'est-à-dire faire appel à une escort girl pour avoir l'illusion de passer un moment avec une petite amie.

Sasha Grey dans Girlfriend Experience, un film de 2009 de Steven Soderbergh

Sasha Grey dans Girlfriend Experience, un film de 2009 de Steven Soderbergh

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du coeur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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Bonjour, mon cas est compliqué. Je me sens un perdu, frustré, et j’ai besoin de conseils.

A 23 ans, je souffre d’un grand manque sentimental et sexuel qui me pèse. Alors que la plupart de mes amis sont en couple, ou très actifs sexuellement, je suis pour ma part célibataire. Un célibat qui dure depuis mes 19 ans, après avoir été moins d’une année en couple pour la première et unique fois. Ma dernière relation sexuelle remonte à plus d’un an.

Pourtant, je pense être une personne sympathique, «pas moche», loin d’être relou, plutôt très respectueux envers les femmes et leurs envies. Je peux être assez timide mais je fais des efforts pour contrer ça. Je sors faire la fête, j’ai essayé Tinder, mais sans grande satisfaction.

J’ai de nombreuses amies. Des filles avec qui j’ai une grande entente, pour qui j’ai parfois eu des sentiments et un désir plus qu’amical. Evidemment ça n’a jamais été réciproque, ou j’ai toujours gardé pour moi ces idées par peur de perturber une précieuse amitié. Pourtant, j’ai été témoin d’amis de longues dates qui se sont mis en couple.  Et souvent je me suis dit «pourquoi pas moi?»

On me parle souvent de friendzone. Ce terme m’horripile pour les raisons bien exprimées dans cette BD.

Quand je fais des rencontres, j’essaie du mieux que je peux de plaire et d’être clair sur mes envies. Il en résulte que je me trouve à me faire juste une amie supplémentaire. Parfois ce peut être une très belle amitié, mais ce n’est pas vraiment ce que je veux et ce que je cherche.

Ce manque m’a parfois conduit à vouloir voir une escort girl, pour ce qu’on appelle une «girlfriend experience», sans jamais oser franchir le pas. Ce mélange d’avoir à la fois envie d’une relation amoureuse et d'un plan cul m’a souvent perturbé. L’un ou l’autre m’apporterait pourtant déjà une meilleure confiance en moi et apaiserait mes angoisses.

Merci grandement pour votre avis.
Martin

Cher Martin, je comprends votre désarroi. Et même si je n’ai jamais été techniquement dans votre position, principalement parce que je ne suis pas un homme, je peux comprendre dans quel état de doute et d’angoisse vous êtes.

Et je tiens à vous dire tout d’abord que je suis touchée de l’analyse que vous avez faite de votre situation ainsi que vos tentatives pour en sortir. Oui, le terme friendzone est à bannir. Il met les femmes, celles qui sont vos amies en tête, dans une position où elles vous doivent quelque chose. Et vous avez bien compris que l’affection, et a fortiori le sexe, ne sont pas des choses que l’on doit aux autres, en échange d’un service rendu ou d’un comportement adéquat. Vous savez ça, et parce que vous le savez, vous n’avez pas développé de rancœur et je vous en félicite.

Comme vous vous en doutez, je n’ai pas les pouvoirs magiques qui pourraient vous trouver une copine en un claquement de doigts. Vous sortez? Continuez comme ça. Continuez à rencontrer du monde. Parce que les amies que vous vous faites ont de leur côté des amies qui pourraient chercher l’amour et qui accepteraient peut-être un rendez-vous avec vous si vous leur aviez été recommandé. 

Vous êtes respectueux des femmes et de leurs envies? Alors continuez comme ça parce qu’on ne peut pas l’être trop, dans la limite du respect de votre personne et de vos propres envies. Et ne vous découragez pas. Parce qu’il n’y a pas de fatalité dans votre solitude et encore moins dans votre position «d’éternel ami». C’est certainement juste une question de timing. Vous êtes jeune et vous avez tout votre temps. Vous allez découvrir les opportunités du quotidien, du monde du travail, des soirées entre amis. Ne vous fermez jamais à une rencontre.

Concernant la question des escortes, je suis assez partagée. Le problème d’une prestation comme la girlfriend experience, c’est qu’elle brouille les codes, les places, les limites. Elle peut être confortable et rassurante pour quelqu’un qui fait ses premiers pas comme client dans le domaine de l’escorte. Mais elle détruit aussi les personnalités les plus fragiles et n’est, en fait, que du cinéma bien loin, trop loin, de la véracité d’une relation à deux pour être honnête et saine. Dans la position du client, vous avez ce que vous demandez et uniquement ce que vous demandez. Aucun inconvénient, aucune friction, aucun triste quotidien. Cela peut être addictif, comme une drogue. J’ai peur que ce genre d’expérience ne vous éloigne de ce que vous désirez vraiment et ne vous frustre plus qu’autre chose.

Si vous cherchez du sexe pour le sexe, et c’est votre droit, laissez tomber le cinéma et l’illusion de l’affection et allez chercher, sur des applis ou des sites dédiés, une relation furtive mais honnête avec une personne du sexe opposé qui désirerait la même chose. C’est en vous confrontant au réel que vous gagnerez confiance en vous, pas en le masquant. Devenez fort de qui vous êtes, avec vos défauts et vos qualités. Soyez honnête sur vos intentions ou au moins sur vos désirs profonds. Demandez à vos ami-e-s de vous aider.

Enfin, pour finir, la société d’aujourd’hui a rendu le sexe évident et omniprésent. Tout le monde doit pratiquer, tout essayer et avoir des orgasmes multiples. Questionnez cet état de fait. Vous n’êtes pas en échec. Effacez ce mot de votre esprit, ne vous focalisez pas sur ce qui vous manque et profitez de l’instant présent. Je ne connais personne de votre âge qui n’a pas l’impression de gâcher sa vie et qui n’a pas peur de ne pas assez en faire. Je le sais parce que j’ai été de ceux-là. C’est à 30 ans qu’on se rend compte de la valeur de ce qu’on vit à 20. Ne vous jugez pas trop vite. Vivez. 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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