Sports

Michel Bourez, la star du surf que se disputent la France et Tahiti

Camille Belsoeur, mis à jour le 19.12.2014 à 16 h 50

Le Tahitien, avec deux victoires sur le circuit mondial cette saison, représente la nouvelle vague du surf français. Même s’il se sent d’abord Polynésien.

Michel Bourez, en mai 2011. REUTERS/Sergio Moraes.

Michel Bourez, en mai 2011. REUTERS/Sergio Moraes.

La géographie de la planète surf n’est pas la même que celle qui fait la loi à l’Onu. Sur le site web de l’Association of Surfing Professionnals (ASP), qui organise le championnat du monde, Hawaï et la Polynésie française sont présentés comme des pays à part entière.

Le surfeur tahitien et numéro un français Michel Bourez représente donc officiellement la Polynésie pour l’ASP sur le circuit mondial. Avec deux victoires au compteur après dix manches de Coupe du monde (sur onze, la dernière se déroulant justement à Hawaï du 8 au 20 décembre), l’enfant de Rurutu, une île de 38 km2 située 572 km au sud de Tahiti, s’est hissé dans le gratin mondial cette saison. Dans un monde ultra-dominé par les Australiens et les Américains, dont les surfeurs cumulent 36 victoires sur 38 éditions de la Coupe du monde depuis 1976, l’émergence de Michel Bourez, 28 ans, est une vraie chance pour la France, à laquelle est étroitement liée la Fédération polynésienne en réalité.


«Spartan» –c’est son surnom, inspiré de son physique de gladiateur– dit lui se sentir «plus Tahitien que Français», comme il le confiait dans une interview donnée au journal L’Equipe le 22 septembre. «Quand je suis venu pour la première fois en métropole, j’avais 18 ans. Je n’ai pas eu l’impression d’être chez moi, question de culture, de climat, de distance, expliquait-il. Alors oui, je me sens plus Tahitien que Français, c’est même du 80-20%. Mais quand je vais surfer dans le Sud-Ouest, tout change. C’est comme me retrouver dans ma deuxième maison. Hossegor, par exemple, je le vois comme un village qui ressemble à chez moi.»

Cela tombe bien, puisque c'est dans les Landes qu'avait lieu la neuvième étape du circuit mondial, fin septembre. «Michel Bourez était vraiment attendu par le public cette année en France après ses deux victoires en début de saison», explique Michel Plateau, le DTN de la Fédération française de surf (FFS). Mais le spot landais aura eu raison des derniers espoirs de «Spartan» dans la course au titre mondial. Éliminé au troisième tour par l’Australien Matt Wilkinson, le Tahitien a ensuite été témoin à distance de la lutte pour le titre opposant le jeune prodige Brésilien Gabriel Medina, étoile montante de la discipline, à l’inoxydable star américaine Kelly Slater (42 ans, 11 fois champion du monde) et à l’Australien Mick Fanning.

Manque de régularité

«Michel a un surf très puissant et solide qu’il adapte à toutes les vagues, analyse Michel Plateau. «Aujourd’hui, il sait qu’il est capable de gagner dans des conditions variées, comme à Margaret (Australie) ou à Rio. Mais en surf, il y a toujours ce petit facteur chance. À Hossegor, il n’a pas eu de bonnes conditions lors de son round. Mais il faut aussi pouvoir durer toute la saison, qui est très longue (de février à décembre), et un surfeur doit emmagasiner de l’expérience pour apprivoiser tous les spots du circuit.» Pas le plus beau styliste du circuit, Michel Bourez l’admet lui-même: «J’ai toujours recherché la puissance.»

Le numéro un du surf français manque pour le moment de régularité. Vainqueur de deux étapes cette saison, il est seulement devancé par Gabriel Medina et Mick Fanning au nombre de succès, mais n’est monté que trois fois sur le podium et a souvent dévissé (quatre fois hors du top 10). Ce manque de régularité, il le paye cash au classement avec «seulement» une 5e place avant d’attaquer la dernière manche de la saison.

Mais la progression de Bourez est fulgurante. En 2008, il remportait la manche de Haleiwa à Hawaï, avant-dernière étape du World Qualification Series (deuxième division mondiale) et accédait à l’ASP. Puis, à l’issue d’une saison très dense en 2011, le Tahitien se classait 6e du circuit mondial, avant de décrocher ses premières victoires cette saison.

Pour Michel Plateau, il ne fait aucun doute que «Spartan» peut décrocher un titre mondial dans les prochaines années:

«Il a tous les atouts dans sa main. Il a appris à gagner cette année. Mais la force des très grands, comme Fanning ou Slater, c’est de toujours signer un top 5, quelque soit le spot et les conditions. Là, Michel a fait un bon début de saison avant de s’écrouler un peu ensuite.»

«Collaboration étroite»

Pour le surf français, quatrième au classement mondial et leader au niveau européen, l’émergence de Michel Bourez est en tout cas une bénédiction pour tirer la fédération vers le haut. Depuis 2010, le nombre de licenciés à la Fédération française de surf est passé de 10.000 à plus de 13.000, soit une hausse de 25%. Et un champion du monde français boosterait sûrement un peu plus la dynamique… même si c’est à la Fédération tahitienne de surf qu’est officiellement affilié le surfeur de Rurutu. «Si Michel l’emporte, cette victoire est pour l’équipe de France, sourit le DTN des Bleus. Il est Tahitien mais il se sent aussi Français. Il y a une collaboration étroite entre nos deux fédérations.»

Au sein de la maison Bleue, Michel Bourez a pris de vitesse un autre surfeur  Jérémy Florès. Le Réunionnais de 26 ans est actuellement au creux de la vague après avoir explosé très jeune. Classé 8e du circuit en 2008, ce dernier a pourtant déjà lui aussi remporté une étape du circuit de l’ASP: c’était en 2010 sur le spot de Pipeline à Hawaï, l’épreuve la plus prestigieuse de la saison. «J’ai connu une année difficile avec des séries très disputées, mais j’ai aussi commis des erreurs», analysait t-il en conférence de presse en ouverture de la manche d’Hossegor, le 25 septembre.

Cinquième du classement général, Michel Bourez peut encore accrocher une place sur le podium et faire entrer l’équipe de France dans une nouvelle dimension. Mais la fête aurait sûrement lieu à Tahiti dans son fief, loin, très loin du siège de la FFS à Hossegor.

Camille Belsoeur
Camille Belsoeur (133 articles)
Journaliste
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