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Londres: le bar à céréales hipster est-il celui de trop?

Temps de lecture : 2 min

Alan Keery, au centre, cofondateur du Cereal Killer Cafe, le 10 décembre 2014. REUTERS/Luke MacGregor
Alan Keery, au centre, cofondateur du Cereal Killer Cafe, le 10 décembre 2014. REUTERS/Luke MacGregor

C’est, comme l’a noté le Guardian, «au-delà de la parodie mais ça pourrait marcher»: une sorte de bar à céréales, qui sert en journée continue 120 références différentes de céréales de marques américaines et britanniques (mais on y trouvera aussi des Chocapic), a ouvert dans le quartier hipster de Londres, Shoreditch. Et à en juger par l’intérêt que suscitent les deux jumeaux irlandais barbus à l’origine du concept, ça marchera sans doute. Dans ce même quartier se sont multipliés les concepts de commerces de niche comme un bar à chats ou un lieu muni d’imprimantes 3D, au point que les rues adjacentes sont devenues un véritable salon de l’innovation hipster à ciel ouvert.

Le Cereal Killer Cafe, qui n’a ouvert que depuis deux jours (le 10 décembre), n’aurait pu n'être qu’un commerce de plus dans cette reconfiguration radicale de ce quartier relativement abordable de Londres, mais il semble qu’il doive payer pour tous les autres et soit devenu rapidement le coupable désigné de la gentrification des alentours.

La chaîne Channel 4 a consacré un reportage au café à céréales, lors duquel le journaliste pose une question déstabilisante: n’est-il pas indécent de vendre des bols de céréales 3 livres (3,80 euros) dans un quartier pauvre où la plupart des habitants ne peuvent se l’offrir? «Je pense que ça n’est pas cher pour le quartier», répond l'un des propriétaires, en plein service, avant de couper court à l’interview, agacé par l'insistance du journaliste. S’ensuit l’inévitable micro-trottoir d’habitants du quartier, qui jugent tous le prix bien trop élevé pour eux…

Le New Stateman, qui s’empare également de l’affaire, prend néanmoins la défense du bar à céréales. Dans un édito titré «Pourquoi le hipster-bashing paresseux ne règle pas la question des inégalités», sa journaliste Anoosh Chakelian rappelle que s’il faut faire le procès de la gentrification londonienne, c’est tout le marché immobilier qu’il faut accuser et non deux patrons de café, même si leurs barbes sont un peu ridicules… The Independent va plus loin et défend «l'esprit d'entreprise du Cereal Killer Café», jugeant «condescendantes» les attaques dont il fait l'objet.

Le reportage de Channel 4 a en revanche le mérite de rappeler, en montrant quelles populations fréquentent ces nouveaux lieux, et lesquelles les évitent, que l’appropriation de quartiers populaires par les classes créatives ne va pas sans heurt.

Slate.fr

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