Monde

L'homme derrière l'un des comptes Twitter pro-Etat islamique les plus influents démasqué

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 12.12.2014 à 11 h 39

Repéré sur Channel 4, The Washington Post

Des membres d'une milice chiite en Irak brandissent le drapeau de l'Etat islamique après avoir pénétré l'une des bases de l'organisation. 1er septembre 2014 | REUTERS/Youssef Boudlal

Des membres d'une milice chiite en Irak brandissent le drapeau de l'Etat islamique après avoir pénétré l'une des bases de l'organisation. 1er septembre 2014 | REUTERS/Youssef Boudlal

Shami Witness. Son nom ne vous dit peut-être rien mais Channel 4 News raconte que derrière ce pseudo et depuis l’année dernière se cachait «le plus influent des comptes Twitter suivi par des djihadistes étrangers», avec près de 18.000 abonnées. Deux-tiers des combattants étrangers présents sur Twitter le suivaient, précise Channel 4 sur son site web. Sur ce compte, il conversait régulièrement avec des djihadistes britanniques avant qu’ils ne rejoignent la Syrie et l’Irak. 

Ce 11 décembre 2014, la chaîne britannique a diffusé une enquête où elle raconte comment ses journalistes ont réussi à retrouver qui se cachait derrière ce compte.

En remontant sa timeline (qui contenait au moins 130.000 tweets), ils ont réalisé que Shami Witness utilisait un autre pseudo par le passé. A partir de ce pseudo, ils ont réussi à mettre la main sur une adresse mail, et de fil en aiguille, de réseau social en réseau social, ils sont remontés jusqu’à sa véritable identité.

Shami Witness s'appelle en fait Mehdi (son nom de famille n’a pas été révélé pour le protéger –même s'il semble qu'il ait déjà été identifié et que son nom circule sur Internet), et il s'agit d'un cadre qui vit et travaille à Bangalore pour un conglomérat indien. Mehdi n’est cependant pas parti en Syrie pour rejoindre l’organisation Etat islamique. Il explique à Channel 4 qu’il l’aurait peut-être fait s’il avait eu «la possibilité de tout quitter». Il détaille que sa famille «a besoin de lui», principalement ses parents qui en sont dépendants.

Le compte Twitter a depuis été fermé. Et selon Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions islamistes à l’Institut français du Proche-Orient, affirme que plusieurs sympathisants en ont fait de même dans les heures qui ont suivi.

Le Washington Post remarque de son côté que ce «semi-doxxing» a amené moqueries sur le style de vie mené par un tel soutien de l’organisation Etat islamique, «tandis que d’autres suggèrent que Shami Witness a toujours été pris bien trop au sérieux par son audience internationale».

C’est ce que répète au quotidien américain le blogueur britannique Eliot Higgins:

«Shami Witness est un exemple d’un certain type de personne sur les médias sociaux qui répète ce qu’il voit ailleurs et le prend à son compte. Au départ, ce sont souvent des informations partagées par des comptes pro-EI en arabe, ce qui donne une fausse impression. On a l’impression qu’il sait de quoi il parle. Ces genres d’individus sont plus difficiles à identifier pour les utilisateurs lambda parce qu’ils ont tendance à gagner des followers, ce qui leur donne plus de crédibilité. Shami Witness démontre que juger la crédibilité d’une source n’est pas toujours aussi simple et c’est pourquoi avec les médias sociaux, il est important d’utiliser de nombreuses sources.»

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