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Les plateformes de musique en ligne ont un problème avec les contenus racistes

Repéré par Léa Bucci, mis à jour le 12.12.2014 à 12 h 02

Repéré sur The Daily Beast

Spotify cards. Andrew Mager via Flickr CC License by

Spotify cards. Andrew Mager via Flickr CC License by

Les noms de ces artistes ne vous disent peut-être rien: Broadsword, Arghoslent, Ian Stuart, Young Blood, Absurd, Bilskirnir. Pourtant, ils ont un point commun: leur musique prône la suprématie blanche (ou «white power»), autrement dit la croyance raciste qui consiste à placer les «blancs» au-dessus du reste de l’humanité. Leurs titres, et ceux d’autres groupes du même mouvement, sont largement présents sur les plateformes de musique en ligne, selon une enquête réalisée par l’association américaine Southern Poverty Law Center (SPLC), que relaye The Daily Beast.

Parmi les sites concernés, se trouvent (entre autres), tous les géants de la musique en ligne: iTunes, Spotify, Google Play, Amazon, Grooveshark. En novembre dernier, une enquête du quotidien suédois Dagens Nyheter notait que l’offre de musique «white power» était particulièrement importante sur Google Play Music.

Le quotidien relevait également que Spotify semblait plus rapide pour éliminer la musique raciste que Google Play. Sauf que ce ne serait pas exactement le cas, explique le SLPC. Après avoir reçu l’enquête, certains sites ont réagi: par exemple, le week-end dernier, iTunes a retiré de sa plateforme 30 des 52 groupes white power recensés par le SPLC.

En revanche, Spotify fait partie de ceux qui n’auraient pas encore censuré les titres de groupes racistes. Pourtant, le service de streaming suédois affirme prendre très au sérieux le problème. Selon lui, sa lenteur à modérer les contenus vient du fait qu’il se fonde sur la liste élaborée par le Département fédéral des médias dangereux pour la jeunesse allemand (BPjM). Les titres qui ne font pas partie de cette liste sont modérés au cas par cas lorsqu’ils sont signalés par les utilisateurs.

Amazon non plus n’a pas supprimé les albums de suprématistes blancs, alors qu’ils violent ses termes et conditions, selon le SLPC. Leur programme d’affiliation contribue par ailleurs à financer les sites racistes, puisque ces derniers reçoivent une commission sur les achats effectués sur Amazon.

Aux Etats-Unis, la musique «white power» a d'ailleurs été un business très lucratif dans les années 1990, car les lois pour protection de la liberté d’expression lui ont permis de se développer sans entrave. The Atlanta Black Star rappelle ainsi qu’en 1999, The National Alliance, l’organisation néo-nazie qui était la plus influente aux Etats-Unis, a acheté le label Resistance Record et vendait plus de 70.000 disques par an au début des années 2000.

Cette industrie de la musique «white power» est bien moins importante aujourd’hui, explique le SLPC. Mais autoriser sa diffusion sur des plateformes légales lui donne du pouvoir, et contribue à transmettre son idéologie. Ce n’est pas parce qu’un utilisateur d’iTunes ne recherche pas la musique des suprématistes blancs qu’il ne risque pas de tomber dessus, expliquait Noisey:

«Un client peut se voir recommander un groupe haineux après avoir jeté un oeil au catalogue d’un groupe de métal ou de hardcore non raciste, un type d’exposition qui n’avait jamais été si ouvertement à disposition pour une scène musicale étriquée qui a dépendu du bouche à oreilles pour gagner en popularité.»

En 2012, Mark Pitcavage, directeur des recherches à la Ligue anti-diffamation américaine, affirmait au New York Times que la musique était l’un des piliers du mouvement suprématiste blanc:

«Le message peut pousser les gens à l’acte, les faire se sentir fiers d’eux-mêmes et de leur cause. Il peut élever leur niveau de colère. Il peut stimuler le ressentiment.»

La suppression des contenus racistes sur les plateformes en ligne soulève évidemment la question de la censure en musique, comme le soulignait Noisey:

«Le fond du problème est que parfois, des gens vraiment odieux font des disques vraiment bons, et il revient à vous, consommateur, de décider comment aborder de tels disques [...] La problématique la plus essentielle, au coeur de ce sujet épineux est la transparence. Vous méritez de savoir quel genre d’artistes vous soutenez, que vous soyez d’accord avec leur vision ou non. Malheureusement, il peut être difficile de savoir qui embrasse quoi, sans creuser un peu [...]»

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