Monde

Selon le rapport du Sénat américain, ce n'est pas la torture de détenus qui a permis de retrouver Ben Laden

Ben Mathis-Lilley, traduit par Claire Levenson, mis à jour le 10.12.2014 à 8 h 00

Les unes de la presse américaine au lendemain de la mort de Ben Laden. REUTERS/Jason Reed.

Les unes de la presse américaine au lendemain de la mort de Ben Laden. REUTERS/Jason Reed.

La question de savoir si des informations obtenues sous la torture ont permis aux Etats-Unis de trouver Oussama ben Laden a été posée dès l’annonce de la mort du leader d’Al-Qaida, le 2 mai 2011. Le débat a refait surface en 2012, lorsque le film Zero Dark Thirty a représenté un interrogatoire «renforcé» comme la première étape ayant permis de localiser la cachette de Ben Laden au Pakistan.

Le rapport du Sénat qui vient d'être publié répond à cette question: le document explique que les déclarations de la CIA à ce sujet étaient malhonnêtes et que la «grande majorité» des informations utilisées pour retrouver Ben Laden n'ont pas été obtenues par la torture.

La question a toujours été de savoir comment avait été identifié le messager Abu Ahmed al-Kuwaiti, qui a été suivi jusqu'au complexe fortifié de Ben Laden à Abbottabad, au Pakistan. Selon les défenseurs du programme de torture, dont l'ancien vice-président Dick Cheney, l'identité d'Al-Kuwaiti a été obtenue par l'«interrogatoire renforcé» de Khalid Sheikh Mohammed. De son côté, le film Zero Dark Thirty donne l'impression que c'est la torture de plusieurs détenus qui a permis d'obtenir des informations sur Al-Kuwaiti. Lors d'un breefing tenu le 4 mai 2011, l'ancien directeur de la CIA, Leon Panetta, a affirmé à des sénateurs que l'«indice» sur l'importance des messagers de Ben Laden venait de détenus qui avaient subi le waterboarding. Peu de temps après la mort de Ben Laden, des documents de la CIA indiquaient que neuf détenus qui avaient fourni des renseignements essentiels sur Al-Kuwaiti avaient enduré des interrogatoires renforcés.

Cependant, le rapport du Sénat prouve que la CIA connaissait l'existence d'Al-Kuwaiti bien avant la capture de Khalid Sheikh Mohammed, le responsable opérationnel des attentats du 11-Septembre, en mars 2003, et que l'agence avait obtenu des informations sur les coups de téléphone, les e-mails et les relations d'Al-Kuwaiti grâce à des techniques de renseignement traditionnelles, avant que les détenus ne mentionnent son nom.

Le rapport dit qu'aucun des trois détenus torturés par waterboarding n'ont donné d'information véridique sur Al-Kuwaiti. De plus, des neuf détenus torturés qui ont donné des informations de «premier plan» sur le messager, cinq avaient parlé avant d'être torturé et quatre ont donné des renseignements faux ou hypothétiques. Selon le rapport, l'information la «plus exacte» sur Al-Kuwaiti et Ben Laden venait d'un détenu nommé Hassan Ghul qui a parlé à la CIA avant d'être torturé en 2004.

En règle générale, le récit du Sénat correspond aux compte-rendus de la capture de Ben Landen écrits par des observateurs sceptiques quant au rôle de la torture dans cette opération. Certains détenus ont certes parlé d'Al-Kuwaiti de manière utile pour la CIA, mais selon le rapport, une majorité importante des informations sur le messager, y compris la première mention de son nom et la description la plus exacte de son rôle, a été obtenue par des méthodes autres que les interrogatoires renforcés. (Le passage du rapport sur Al-Kuwaiti et Ben Laden se trouve des pages 407 à 429 dans le pdf du New York Times, et de la page 378 à 400 dans le document original).

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