Monde

Pourquoi Obama doit gracier les responsables des tortures post-11-Septembre

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 10.12.2014 à 9 h 59

Repéré sur The New York Times, Bloomberg

Selon le directeur de l'ACLU, la principale organisation de sauvegarde des droits civiques, c'est le meilleur moyen d'affirmer une fois pour toutes l'illégalité de cette pratique.

Donald Rumsfeld (alors secrétaire d'Etat à la Défense), George W. Bush son vice-président Dick Cheney, lors d'une parade au Pentagon en 2006. Photo Wikimedia CC by DoD

Donald Rumsfeld (alors secrétaire d'Etat à la Défense), George W. Bush son vice-président Dick Cheney, lors d'une parade au Pentagon en 2006. Photo Wikimedia CC by DoD

Après trois années d’enquête, la synthèse d’un rapport sur la torture réalisé par la commission du Renseignement du Sénat américain a été rendue publique mardi 9 décembre. Comme le rapporte le New York Times, on peut y lire le détail des méthodes de tortures pratiquées par la CIA entre 2002 et 2005 à la suite des attentats du 11 septembre 2001 –citons notamment le waterboarding, pratiqué 83 fois sur Abu Zubaydah, faussement accusé d’être membre d’al-Qaida.

Mais un autre point, très important, est mis en avant par les auteurs du rapport: la torture n’a jamais prouvé son utilité dans la lutte contre le terrorisme. «Aucun des cas n’a montré qu’une information obtenue de cette manière a sauvé des vies», explique Bloomberg. On y lit aussi la confirmation que la CIA a versé des millions de dollars à des gouvernements étrangers pour qu'ils acceptent d'héberger sur leur territoire des prisons secrètes où était pratiquée la torture

Très vite, les regards se sont tournés vers les responsables politiques en poste à cette époque: George W. Bush, alors président des Etats-Unis, et son vice-président Dick Cheney sont les premiers mis en cause. Si le rapport montre que Bush n'a été mis au courant qu’en 2006, il apparaît en revanche que Cheney était présent lors de la réunion qui décida de ces méthodes d’interrogatoire. Interrogé par le New York Times, l'ancien vice-président a répondu que l'usage de ces méthodes d'interrogatoire était «absolument, totalement justifié». «Nous avons la chance d'avoir des hommes et des femmes qui travaillent dur à la CIA, ce sont des patriotes», a répondu de son côté George W. Bush.

Mais selon Anthony Romero, directeur de l’American Civil Liberties Union, la principale association américaine de sauvegarde des libertés, qui publie une tribune dans les colonnes du New York Times, il faut gracier Bush et les autres responsables de ces tortures. «Le président Obama devrait les gracier finalement, parce que ce pourrait être le seul moyen d’affirmer, une fois pour toutes, que la torture est illégale.» Certes, l’actuel président a avoué l'été dernier que les Etats-Unis ont torturé, mais il n'a encore jamais demandé des comptes aux responsables. Gracier serait donc un moyen de souligner le crime commis, et de rappeler que cela peut entraîner des poursuites judiciaires. «La grâce rendrait clair le fait que des crimes ont été commis, que les individus qui ont autorisé cela sont des criminels et que les futurs architectes de la torture sont prévenus», conclut Anthony Romero.

Pour l’instant, même le gouvernement Obama semble embarrassé par ce rapport. Le secrétaire d’Etat John Kerry avait tenté, en vain, de convaincre ses auteurs de repousser la date de sortie du rapport. Dans l’attente d’une prise de position officielle du gouvernement sur d’éventuelles poursuites judiciaires, la CIA et plusieurs Républicains ont d’ores et déjà fait part de leur indignation. Ils affirment que ce rapport peut mettre en danger la sécurité des ambassades et des citoyens américains à l’étranger et même sur leur propre territoire. Mike Rogers, élu républicain de la Chambre des représentants, a déclaré sur CNN que rendre public ce rapport était «une terrible idée» et qu'il allait «provoquer de la violence et des morts».

D’autant plus que d’autres révélations pourraient venir enfoncer un peu plus le clou. Dans la synthèse rendue publique, qui fait 525 pages, de nombreuses informations ont été censurées, et le rapport en lui-même, qui fait 6.000 pages, n’a pas été dévoilé.

 

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