France

Ségolène Royal, ministre du Bon sens ou du Sens du vent?

Eric Dupin, mis à jour le 11.12.2014 à 17 h 06

Après l'abandon de l’écotaxe, la proposition de gratuité des autoroutes le week-end ou la lutte contre «l'écologie punitive», l’affaire des feux de cheminée franciliens est la dernière sortie qui révèle que la ministre de l'Ecologie est obnubilée par sa popularité.

Ségolène Royal après un conseil des ministres, le 26 novembre 2014. REUTERS/Philippe Wojazer

Ségolène Royal après un conseil des ministres, le 26 novembre 2014. REUTERS/Philippe Wojazer

Avouons que l’affaire des feux de cheminée franciliens est cocasse. Ce mode de chauffage ancestral, naturel et convivial qui nous rappelle de doux souvenirs d’enfance était promis à l’interdiction, dès l’année prochaine, au nom d’obscures considérations environnementales!

Heureusement, Ségolène Royal veillait. Particulièrement sensible à la dérision, la ministre de l’Ecologie a jugé qu’on était, ici, «un peu dans le ridicule». Et, plus encore, dans une lourde incompréhension: 

«On nous a fait croire que les feux de cheminée polluaient plus que les voitures diesel.»

Ah, ce «on»: il pointe du doigt l’expert arrogant, l’insupportable technocrate, le fonctionnaire tatillon...

Ministre du Bon sens

En l’occurrence, il s’agit tout bonnement de la Direction Régionale et Interdépartementale de l’Environnement et de l’Energie de l’Ile-de-France (DRIEE-IF), un des services de l’Etat placés sous l’autorité d’une ministre dénommée Ségolène Royal. Le document de présentation de la mesure contestée précise que «le chauffage au bois contribue à hauteur de 23% aux émissions totales de PM10 (les particules fines de moins de 10 microns) en Île-de-France, soit autant que l'échappement des véhicules routiers».

C’est étonnant, mais c’est ainsi. Une volumineuse étude d’Airparif (l’organisme de surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France) a «mis en évidence l’impact sur les concentrations franciliennes (de particules fines) du chauffage au bois». En hiver, sa contribution à cette pollution en zone urbaine serait même supérieure à celle du trafic pour les particules de moins de 2,5 microns.

La ministre du Bon Sens a promis de revenir sur cet arrêté d’interdiction au motif qu’il n’allait pas «dans le bon sens». Si elle a raison, elle doit virer ces charlatans qui se font passer pour des experts d’Airparif et des fonctionnaires de la DRIE-IF, pour les envoyer couper du bois dans les forêts du Morvan.

A défaut, elle pourrait les lire un peu plus attentivement. Elle se rendrait compte que la mesure qui fâche visait simplement à interdire les «foyers ouverts», particulièrement polluants pour les habitants eux-mêmes, en «zone sensible» francilienne. De quoi relancer la vente des poêles et autres «inserts», petits ruisseaux de l’immense fleuve de la «croissance verte» pourtant bénie par Royal...

Les autoroutes du dimanche

Mais la ministre n’a pu résister à la tentation de prendre la pose de celle qui protège les simples gens de la frénésie réglementaire –au demeurant bien réelle– de ceux qui savent tout. Il est vrai que la démagogie reste le fil rouge de son action et de sa parole ministérielles.

Son invraisemblable proposition d’obliger les sociétés qui les gèrent à rendre les autoroutes gratuites le week-end ou aux heures de pointe en reste l’illustration la plus caricaturale. Là encore, Royal a su se saisir d’une préoccupation réelle.

Ces entreprises bénéficient, sans le moindre doute, d’une rente dont elles abusent. Mais, outre les obstacles juridiques s’opposant à l’idée de la ministre, cette manière d’envisager une solution trahissait l’attente d’une approbation populaire. Ce ne sont pas les professionnels de la route mais bien les particuliers, et surtout ceux qui partent en week-end, qui y auraient gagné.

Ségolène Royal cherchait, en cet automne 2014, à faire oublier l’abandon de l’écotaxe, qu’elle défendait pourtant avant d’être ministre, autre grand moment de sa geste démagogique. Cette concession au lobby du transport routier amputera de quelques 500 millions d’euros par an les finances publiques, avec pour conséquence nombre de transports publics et d’infrastructures en moins.

Sans compter les indemnités, qui pourraient dépasser le milliard d’euros, dues à la société Ecomouv. Ne sachant trop comment se dépatouiller de ce dossier, la ministre n’a pas craint le ridicule en proposant que ces fameux portiques soit recyclés «par la gendarmerie pour mesurer les embouteillages, prévenir des intempéries, etc». Elle n’a évidemment pas parlé de contrôle des vitesses...

Pas peur du loup

Tout ceci a de quoi irriter quelque peu les écologistes. Les défenseurs des animaux sont particulièrement remontés contre une ministre qu’ils imaginaient plutôt de leur côté. «Le territoire des Pyrénées n'est pas adapté à la réintroduction de l'ours», a-t-elle lâché en juillet, assumant de donner la priorité aux éleveurs, effectivement très remontés contre le plantigrade. On est loin du François Mitterrand de 1982, qui avait signé un appel pour sauver les populations d’ours des Pyrénées.

Ségolène Royal n’est pas mieux disposée à l’égard du loup. Elle a décidé de relancer les «opérations de prélèvements de loup», ce que l’on appelait autrefois des battues. «Les dommages aux troupeaux restent trop importants», a expliqué la gardienne du pastoralisme, qui n’hésite pas, dans les dîners d’apparat, à arborer un magnifique col de fourrure.

Le contenu de la loi sur la transition énergétique actuellement en débat constitue une preuve autrement plus sérieuse de son tropisme démagogique. La ministre fait des gorges chaudes autour de la voiture électrique, au point d’avoir proposé «un bonus de 10.000 euros pour l’achat d’une voiture électrique contre un véhicule diesel». Ce thème a, pour elle, le mérite d’éviter de s’en prendre à la populaire bagnole, même si sa version électrique est écologiquement discutable.

Dans le même esprit, Royal privilégie la rénovation énergétique et célèbre, sur tous les tons, la «croissance verte». S’étant refusée, dès sa nomination, à être la représentante d’une «écologie punitive» qui l’aurait rendue impopulaire, elle laisse faussement croire que la «transition» écologique peut se dispenser d’arbitrages courageux et d’une remise en cause des mauvaises habitudes.

Jamais deux sans trois

La clef de ce comportement se situe dans les rêves de revanche –elle aussi– qui obsèdent l’adversaire malheureuse de Nicolas Sarkozy en 2007. Royal n’a jamais compris pourquoi elle avait été battue cette année-là. Elle a encore moins compris pourquoi elle a été éliminée de manière aussi humiliante par les militants socialistes lors de la primaire présidentielle de 2011.

Celle qui avait autrefois si bien pris la lumière caresse l’espoir d’être un recours pour la gauche en 2017. Son retour au gouvernement, en avril, dernier lui a permis de revenir sur le devant de la scène. Elle le souhaitait ardemment. Depuis lors, elle s’efforce, par tous les moyens, de regagner ses galons de popularité.

Cet activisme un peu brouillon produit des effets limités. Les saillies démagogiques dopent un temps sa popularité, mais celle-ci est tendanciellement plombée par le rejet de l’exécutif par l’opinion. Le drame de Sivens a encore coûté quelques précieux points sondagiers à Ségolène Royal. Voilà qui promet certainement d’autres fortes paroles destinées à charmer nos oreilles.

Eric Dupin
Eric Dupin (207 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte