Culture / Égalités

Pas facile d’être auteur dans une série américaine, surtout avec Aaron Sorkin comme patron

Temps de lecture : 2 min

Casting de la série «The Newsroom» Via Allociné (© HBO)
Casting de la série «The Newsroom» Via Allociné (© HBO)

A la suite de la diffusion d’un épisode de The Newsroom, une de ses auteures a brisé la loi du silence et s’est insurgée contre la vision des femmes proposée par Aaron Sorkin.

Aaron Sorkin est une vedette. Créateur de A la Maison Blanche, il a est aussi connu pour avoir écrit le scénario de The Social Network, film de David Fincher sur la création du site Facebook. Il canalise autour de lui autant de fans que de détracteurs. Son style, fait de dialogues balancés à la mitraillette, ont d’ailleurs inspiré de nombreuses parodies, comme celle de l’animateur Seth Meyer, ou de la comédienne Amy Schumer.

Ces trois dernières années, il a travaillé sur une série pour la chaîne HBO appelée The Newsroom, qui raconte la vie d’une chaîne d’information, et dont l’ultime épisode sera diffusé la semaine prochaine. Dans l’avant-dernier, diffusé dimanche aux Etats-Unis, on y suit la discussion de Don Kieffer, producteur de la chaîne d’information ACN, avec une jeune étudiante de Princeton. Cette dernière affirme qu’un membre d’une fraternité l’a violée. Don, convaincu que la confronter à son agresseur en direct à la télé est une mauvaise idée, refuse de traiter l’affaire.

Mais pour le site Vox.com, au-delà des critiques que l’on peut faire à la façon dont est traitée cette affaire, il y un problème bien plus important:

«Don pense que quelqu’un va utiliser les propos de la jeune femme pour faire une fausse accusation, et ruiner la vie d’un jeune homme prometteur qui aurait pu faire médecine ou devenir joueur professionnel de football américain.»

Pour résumer, la thèse de Sorkin serait donc: pourquoi risquer de croire une jeune femme qui pourrait briser la vie d'un innocent jeune homme au futur brillant?

Il faut aussi savoir que cet épisode tombe mal, comme le rappelle Buzzfeed. Le magazine Rolling Stone a présenté ses excuses il y a quelques jours pour une histoire similaire. Il avait relayé le témoignage d’une jeune femme qui affirmait avoir été violée par plusieurs hommes sur le campus de l’Université de Virginie, mais dont l’histoire laisse apparaître de nombreuses incohérences. Ce timing malencontreux et une histoire plus que maladroite qui se sont attiré les foudres de critiques, et même d'une collègue à Sorkin.

Une des auteurs de la série, qui travaille avec Sorkin, s’est indignée des choix et du comportement de son patron lors de l’écriture de cet épisode.

«Donc quand j'ai essayé d'argumenter, dans la salle d'écriture, qu'on devrait peut-être enlever l'intrigue où une victime de viol se fait interroger par un type...»

«On m'a viré de la salle et gueulé dessus, comme on l'aurait fait pour le personnage Hallie à cause d'un "mauvais tweet".»

Face aux critiques, Aaron Sorkin a répondu dans un communiqué sous forme de démenti et de reproches, diffusé par le site Mediaite:

«J'ai été encore plus surpris qu'elle ait violé la règle la plus important du travail dans une salle d'écriture, à savoir la confidentialité.»

Cette histoire a au final renforcé les critiques à l’égard d’Aaron Sorkin. The Verge a d’ailleurs souligné que cet épisode confirme sa vision très critique à l’égard des femmes et d’Internet: avec The Newsroom, «on est toujours censés arriver à la conclusion finale: Internet: mauvais. Et plus précisément, Internet dans les mains des femmes: mauvais».

Slate.fr

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