France

La France à 13 régions existait déjà en 1891, mais ce n'étaient pas les mêmes

Vincent Manilève, mis à jour le 10.12.2014 à 7 h 34

À la fin du XIXe siècle, le géographe Pierre Foncin avait proposé un découpage de la France métropolitaine en treize grands ensembles, très différents de ceux retenus par l'Assemblée nationale cette année.

A gauche, la carte des «13 ensembles» de 1891. A droite, celle du découpage de 2014. Via Wikimedia Commons.

A gauche, la carte des «13 ensembles» de 1891. A droite, celle du découpage de 2014. Via Wikimedia Commons.

L'Assemblée nationale devrait définitivement adopter, ce mardi 9 décembre, le passage du nombre de régions de 22 à 13 en France métropolitaine. L'aboutissement de longs et vifs débats depuis le printemps dernier et la présentation par l'Élysée d'une carte à 14 régions dont ses opposants disaient qu'elle avait été «dessinée sur un coin de table à l'Élysée» et qui a connu plusieurs modifications au fil des allers-retours entre l'Assemblée et le Sénat.

Carte du redécoupage territorial avec les 13 futures régions françaises. 

 

Et pourtant, l’idée d’une carte de France avec 13 régions n’est pas neuve. Elle a même fait un petit bout de chemin dans notre histoire, comme le prouve ce tweet récent de Gallica mettant en avant une carte de 1798, dont l'auteur est malheureusement non identifié.

La fin du XIXème siècle a vu de la même manière apparaître une volonté de regrouper les départements au sein d'ensembles territoriaux. Les géographes Pierre Foncin et Paul Vidal de La Blache étudièrent à l'époque la question des «assemblages géographiques», avec pour finalité le regroupement de départements sur «des critères purement géographiques», comme l'explique le rapport législatif du Sénat sur le redécoupage des régions. Pour Guy Mercier, auteur de Entre science et patrie. Lecture du régionalisme de Paul Vidal de La Blache, ce dernier voulait alors «doter la géographie d'une définition objective de la région et d'une méthode appropriée pour étudier les régions géographiques. [...] Il se contenta d'expliciter que la géographie ne pouvait pas retenir les divisions administratives pour délimiter et expliquer la réalité régionale» 

Pierre Foncin avait alors proposé dans le même esprit, en 1891, puis en 1910 et en 1920, 13 «ensembles» respectant les limites des départements, dont l'un (l'heure était à la revanche) constitué des deux départements alsaciens et de la Moselle, alors allemands.

La carte des «13 ensembles», selon Pierre Foncin, en 1891 (l'Alsace-Lorraine, territoire allemand à l'époque, forme un territoire à part).

Ces nouvelle régions avaient pour noms: 

  • Plaines du Nord
  • Plaines de Paris et de la Champagne
  • Plateau Lorrain
  • Plaines et Collines de Normandie
  • Bretagne, Vendée et Poitou
  • Plaines de la Loire
  • Le Massif Central
  • Plaines du Sud-Ouest
  • Pyrénées
  • Jura & Saône
  • Alpes
  • Plaine du Languedoc

Il est amusant de comparer les nombreuses différences entre des régions sur ces deux cartes, à plus d'un siècle d'écart –sachant que seule la Normandie réunifiée est identique, preuve du quasi consensus sur le sujet (la Corse, elle, est associée aux départements du Sud-Est). Ainsi, l'Île-de-France (alors appelée «Plaine de Paris et de Champagne») s'étalait jusqu'en Picardie et en Champagne Ardenne, réunissant des départements comme l'Oise, l'Aisne, la Marne, l'Aube... La question d'un rattachement de la Picardie à l'Île-de-France s'est encore posée aujourd'hui, la région (et notamment le département de l'Oise) étant considérée par certains comme un de ses «périphériques historiques».

On peut aussi citer la Bretagne, qui, en 1891, aurait pu être unie avec la Vendée, la Loire-Atlantique et une partie du Poitou-Charentes. Une fusion qui aurait fait scandale aujourd'hui, où un débat assez vif a déjà eu lieu sur le destin d'un seul de ces trois départements, la Loire-Atlantique.

Toujours selon sa volonté d'organisation géographique, Pierre Foncin proposait de créer les Plaines du Sud-Ouest, les Pyrénées et le Massif Central, afin de dinstinguer les massifs des bassins. Une préoccupation qui n'est plus d'actualité, puisque dans la nouvelle carte, le Massif Central est divisé entre Limousin (uni à l'Aquitaine et au Poitou-Charentes) et Auvergne (uni à Rhône-Alpes). Le découpage actuel entre les deux régions plutôt «horizontales» que sont Rhône-Alpes et Paca éclatait aussi complètement en 1891 avec deux régions verticales, une associant le Jura et les Alpes et une regroupant la vallée du Rhône et les plaines du Languedoc.

Cette carte reflète ce qu'aurait pu être un redécoupage territorial si on avait choisi de démembrer des régions entre plusieurs nouvelles collectivités, là où l'option inverse, celle de conserver ensemble les groupements de départements existants, a été retenue. Un droit d'option des départements à changer de région a été créée, mais l'Assemblée nationale l'a étroitement encadré: pour y avoir droit, un département aura besoin d'une majorité des trois cinquième au sein de son propre conseil, mais aussi au sein des deux régions concernées.

Le projet de carte de Pierre Foncin n'a pas eu de suite, il faudra attendre les années 1950 et le travail du haut-fonctionnaire Serge Antoine pour voir émerger un premier découpage à 22 régions, comme le racontait L'Express en 2004. Là encore, des modifications avaient été nécessaires en cours de route, car on ne comptait au début que 19 régions «dessinées sur un coin de cheminée», avait alors raconté Serge Antoine. 

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
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