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Comment l'emoji «tas de caca» a dû lutter pour s'imposer dans Gmail

Repéré par Léa Bucci, mis à jour le 08.12.2014 à 12 h 28

Repéré sur Fast Company

Mr Poop Candy. Timothy Takemoto via Flickr CC License by

Mr Poop Candy. Timothy Takemoto via Flickr CC License by

Vous connaissez probablement l’emoji «pile of poop» («tas de caca»): une petite crotte, parfois affublée de grands yeux ronds, que l’on utilise sur Facebook, Gmail et autres outils de messagerie web. Le site Fast Company a retracé l’histoire de cet emoji sur Google, très populaire sur les messageries du Japon et d’abord incompris par les Américains. L’information a déjà quelques jours, mais c’est comme ça: le caca est éternel.

Les emojis ont été créés en 1999 au Japon par trois grands opérateurs de télécom. A l’époque, le système qui permettait de les lire n’était pas encore universel, et un emoji vu sur un téléphone mobile pouvait avoir un tout autre aspect sur un appareil fonctionnant avec un autre opérateur. En 2007, Google, qui souhaitait étendre son influence au Japon et en Asie, s’est associé avec l’une de ces trois entreprises pour intégrer les emojis dans Gmail. Il a alors décidé d’uniformiser la liste des émoticônes.

Au Japon, les emojis faisaient donc déjà partie de la culture populaire. L'image du «tas de caca» aussi, notamment grâce à la diffusion de la bande dessinée Dr Slump, dans les années 1980, rapporte Takeshi Kishimoto, autrefois chef de produit pour Google Japon. Ce caca bienveillant alors pris un sens humoristique. Un terme japonais bénin sert même à le désigner: «unchi».

Pourtant, Darren Lewis, ingénieur logiciel chez Google, raconte que Takeshi Kishimoto a dû se battre pour imposer la présence de cette image dans la version internationale de Gmail: 

«En fait, il y avait un conflit parce qu’il y avait des gens derrière au siège qui n’avaient aucune idée de ce qu’étaient les emojis, et pensaient qu’avoir un caca animé dans leur Gmail était repoussant.»

Mais des études statistiques permis de montrer que l’emoji tas de caca était l’un des plus plébiscités au Japon. Il était si intégré à la communication que l’enlever de la liste pour satisfaire les esprits offensés serait revenu à «ôter arbitrairement des lettres de l’alphabet». Et pour que l’émoticône ne soit pas limitée aux messageries japonaises, Daren Lewis raconte:

«Nous avons argumenté que cela ajouterait des complications au système et prendrait plus de temps –ce qui est en général un bon moyen d’obtenir qu’une fonctionnalité soit intégrée.»

Comme les autres emojis Google, le tas de caca version internationale a été créé par Ryan Germick et Susie Sahim, deux designers également chargés des Google Doodle. Pour Ryan Germick:

«Quand vous [...] construisez un outil de communication et essayez d’exprimer une idée pour les gens qui vont le regarder une fraction de seconde, vous devez être vraiment sans pitié sur sa clarté. Mon meilleur apport est probablement les petites mouches qui volent autour du caca. Ça amène de la vie. C’est intemporel [...]»

Les emojis Google ont été lancés en 2008, et le tas de caca a d’abord été introduit par Darren Lewis dans Gchat comme un «easter egg», une émoticône cachée.

Il a été bien adopté depuis, y compris sur d'autres supports que Gmail, comme en témoignent les louanges d'Eleanor Robertson au «tas de caca souriant» dans The Guardian. Elle qui n'aime pas les emojis lui reconnaît de vraies propriétés expressives:

«[...]l’emoji tas de caca [...] étend et enrichit notre capacité à montrer notre solidarité dans des moments pénibles. Il est difficile d’exprimer une véritable empathie avec du texte sans devenir maladroit ou verbeux, mais le petit gars du caca [...] atteint le juste milieu entre la reconnaissance et la peine tout en étant un peu ¯_(ツ)_/¯: [...] Envoyer le tas de caca souriant est une façon d’indiquer que vous aussi êtes émotionellement touché par l’absurdité essentielle de l’existence humaine. [...]»

Ryan Germick souligne lui aussi l’importance des emojis, qui découlent de langages fondés sur des symboles graphiques, comme ceux que l’on trouve au Japon ou en Chine:

«En fait, c’est vraiment, vraiment puissant. Ce n’était pas un moyen de communiquer il y a dix ans, mais maintenant il n’y a pas le moindre e-mail que je n’envoie sans smiley ou une émoticône dedans.»

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