Science & santé

«Je n'ai pas de fantasmes»

Lucile Bellan, mis à jour le 16.12.2014 à 9 h 44

Cette semaine, Lucile répond à une femme qui se demande s'il est normal de ne pas avoir de fantasmes, et à un jeune homme très affecté par une phrase de rupture de son ex, qui s'est plainte «de faire l'homme» dans leur couple.

 Portrait of Leonilla, Princess of Sayn-Wittgenstein-Sayn, nee Baryatinsky / Franz Xaver Winterhalter via Wikimedia Commons

Portrait of Leonilla, Princess of Sayn-Wittgenstein-Sayn, nee Baryatinsky / Franz Xaver Winterhalter via Wikimedia Commons

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du coeur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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Je n'ai pas de fantasmes

J’ai longtemps vu avec un œil amusé les injonctions au fantasme. Dans la presse féminine en particulier mais aussi de la part de mes amies. Je lis des top 5 des acteurs les plus sexy d’Hollywood et ça ne me parle pas. J’ai vécu mes 15 dernières années de sexualité active sans me soucier de n’avoir aucun fantasme. C’est simple, je n’imagine jamais un autre homme ou une autre situation pendant l’acte et je suis bien incapable de raconter comment j’aimerais qu’on me fasse l’amour. Cela n’a jamais été un problème mais c’en est devenu un récemment. J’ai un nouvel amant. C’est quelqu’un qui intellectualise beaucoup sa sexualité et qui me demande sans arrêt  de verbaliser mon désir. Au début, pour ne pas le décevoir, j’ai inventé des choses en m’inspirant de ce que j’avais lu ça et là. Et comme ça ne sonnait pas juste dans ma bouche, j’ai fini par me taire. J’ai peur qu’il me trouve sotte ou pudibonde alors que ce n’est pas le cas. Et maintenant, je m’interroge: est-ce normal de ne pas avoir de fantasmes?

Sans fantasme à Saint Cyr sur Loire

Chère «Sans fantasme à Saint Cyr sur Loire», vous n’êtes pas anormale. Vous semblez avoir une sexualité active saine et simple qui vous convient. Et la presse féminine a souvent tendance à simplifier les idées pour vendre plus de papier. Ne vous inquiétez donc pas de ne pas vous retrouver dans ces portraits de femmes qui vantent le fantasme du viol, des stars hollywoodiennes ou des plaisirs outdoor. Vous savez ce dont vous avez envie et vous le faites, cela vous convient très bien comme ça et c’est tant mieux. 

Le problème vient plutôt de votre relation avec votre nouvel amant. Ses demandes vous mettent mal à l’aise et gâchent votre plaisir. Vous avez tout à fait le droit de ne pas avoir de fantasmes, mais pourquoi ne pas devenir le fantasme de votre amant? Demandez lui à son tour de parler, de vous mettre en situation, de partager les images qu’il a en tête. Comme l’appétit vient en mangeant, il se pourrait bien que ce petit exercice exacerbe votre imagination et vous donne quelques idées. Ou pas. 

Finalement, l'important n’est pas d’avoir à tout prix des fantasmes mais bien d’avoir du désir pour celui qui partage votre lit. Et rappelez-vous surtout que vous n’avez rien à soigner, qu’il ne sert à rien de vous bousculer ou de vous approprier les fantasmes d’autres femmes qui n’ont pas votre vie, exagérés par des journalistes. Concernant la sexualité et les fantasmes, il n’y a pas de règle, vous en êtes la preuve... Alors concentrez-vous sur votre plaisir sur le moment et ne vous prenez pas la tête avec ça. Et si votre amant est gêné par cet état de fait, n’hésitez pas à en changer. Vous n’êtes pas anormale, peut-être avez-vous juste un problème d’incompatibilité sexuelle.

La femme dans le couple

J'ai 21 ans, je suis célibataire. Mes relations peuvent se compter sur les doigts d'une main. D'une demi-main pour être précis. Ma première relation amoureuse remonte il y a six ans. Elle a duré deux mois. Je ne peux m'empêcher de dire qu'elle a structuré ma vie amoureuse, mais aussi tout l'aspect psychologique de mon être. Mon ex m'a quitté, avec pour motif officiel qu'elle m'avait trompé. Jusque là, rien que du banal. Sauf que deux mois plus tard, elle m'a révélé les vraies raisons de la rupture. Elle m'avait certes trompé, mais elle se considérait aussi comme «faisant l'homme dans le couple».

Depuis, j'ai du mal à aller vers les gens, à leur faire confiance. Ma vie amoureuse est un désert, et j'ai du mal à ne pas rendre coupable mon ex de cette situation. J'ai l'impression qu'elle a agi comme un interrupteur et a juste actionné une partie de moi qui ne demandait qu'à surgir de sa boîte. La question n'est pas de savoir si je suis normal (j'ai depuis longtemps abandonné cette idée), mais de savoir si mon ex a pu, bel et bien, jouer un rôle dans mon auto-dépréciation constante.

Ailill

Cher Ailill, il me paraît évident que votre ex-compagne s’est mal exprimée et n’aurait même pas dû émettre une telle critique qui révèle un mode de pensée complètement passéiste et obtus. Je comprends que cette phrase qui vous a tant marqué ait encore des conséquences sur votre vie sentimentale actuelle tant elle n’a pas de sens. Seulement vous allez devoir prendre un peu de recul sur ces quelques mots pour avoir la chance de vous épanouir à nouveau. 

Tout le monde a un souvenir d’adolescence plus ou moins traumatisant, une blague anodine ou cruelle qui marque au fer rouge l’esprit, une rupture difficile, des sentiments qui ne sont pas partagés. Devenir adulte consiste à composer avec ces traumatismes d’adolescence pour évoluer et en faire quelque chose de constructif. 

Vous continuerez à avoir du mal à vous engager dans une relation si vous continuez à vous focaliser sur cette critique. À ce stade, votre angoisse et vos questionnements sont rassurants parce que c’est ce que vous avez toujours connu, il est temps de vous en affranchir et de prendre le risque de recevoir de nouvelles critiques, encore une fois plus ou moins justifiées. En couple, comme dans toutes les interactions sociales, on ne peut pas toujours plaire à tout le monde. 

En fait, pour répondre très simplement à votre question: par le fait que vous posez cette question et la façon dont vous racontez cette histoire, vous incluez vous-même la réponse. Oui, il semble que c’est bien sur votre ex et les motifs de cette rupture que se catalysent toutes vos angoisses. Seulement cette phrase anodine, bien qu’agressive, ne doit plus justifier votre peur d’aller vers l’autre. Il est temps d’admettre que vous avez évolué, que vous êtes une autre personne et que cette rupture était certainement une bonne chose. 

À votre tour, il est temps de rompre avec ce passé et ces souvenirs et d’embrasser votre vie d’adulte qui commence un peu plus sereinement. La vie et les expériences laissent des marques, c’est comme ça. Elles nous construisent, en bien ou en mal. Essayez donc, après toutes ces années, de renverser la tendance, d’oublier cette mesquinerie et d’être heureux. Vous le méritez autant qu’un autre. 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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