Allemagne

Allemagne: la CSU veut obliger les immigrés à parler allemand à la maison

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 07.12.2014 à 16 h 11

Repéré sur Die Zeit, Die Tageszeitung

 Burghausen, Altstadt und Burg an der Salzach in Oberbayern  / Heribert Pohl via Flickr CC  License By-Sa

Burghausen, Altstadt und Burg an der Salzach in Oberbayern / Heribert Pohl via Flickr CC License By-Sa

La branche bavaroise de l'Union démocrate chrétienne, la CSU, voudrait que les étrangers vivant en Allemagne parlent allemand en toutes circonstances, et ce même en famille. Ce projet de résolution sur l'intégration devrait être présenté lors du prochain congrès du parti courant décembre, rapporte l'hebdomadaire Die Zeit. Le projet affirme que «Celui qui veut vivre ici dans la durée doit être tenu de parler allemand dans l'espace public et en famille».

À peine cette proposition rendue publique, elle a déclenché critiques et moqueries en cascade chez les autres partis politiques. Arif Tasdelen, porte-parole du SPD en Bavière sur la politique d'intégration, la considère comme totalement absurde:

«Pourquoi un couple marié d'ingénieurs américains vivant en Bavière ne devrait plus parler anglais à la maison? Ou pourquoi un restaurateur italien n'aurait plus le droit d'utiliser sa langue maternelle?»

Eike Hallitzky, chef des Verts bavarois, critique également une autre proposition de la CSU, qui attend des étrangers qui viennent vivre en Bavière qu'ils «s'identifient avec nos valeurs bavaroises»:

«Dicter le choix de la langue à la maison? On ne peut pas être plus éloigné de la réalité. Il ne manque plus que la CSU veuille obliger les citoyennes et les citoyens à avoir un tapis blanc et bleu dans leur salon.»

Une référence aux couleurs des armoiries de la Bavière. Même le secrétaire général de la CDU, Peter Tauber, a critiqué cette volonté d'ingérance dans la vie privée des citoyens, lançant sur Twitter:

«Je crois que ce n'est pas l'affaire de la politique si je parle latin, klingon ou hessois à la maison»

Parmi les nombreuses critiques parues dans la presse allemande ces derniers jours, l'éditorial du journaliste de la Tageszeitung Deniz Yücel, lui-même fils d'émigrés turcs, s'amuse de l'ironie et du grotesque de cette proposition, dans une région allemande où les habitants parlent un dialecte difficilement compréhensible du reste des Allemands. Yücel accuse la CSU, à défaut de pouvoir réduire l'immigration, de vouloir «au moins faire disparaître totalement ses traces»:

«Même si à l'avenir tous les étrangers ne parlaient plus étranger autour de la table de leur cuisine, mais allemand (ou bien ce que l'on considère comme tel au sein de la CSU), n'importe quel plouc se rendrait compte que beaucoup d'étrangers continuent à croire au prophète Mahomet ou à ne pas croire en dieu, et pas en la sainte Église catholique, qu'ils écoutent peut-être plus Hande Yener qu'Helene Fischer, qu'ils s'intéressent un poil plus au Fenerbahçe et au Galatasaray qu'au FC Bayern et au BVB, et qu'ils ne veulent absolument pas porter de Dirndl et de Lederhose.»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (342 articles)
Journaliste
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