Monde

Le ministre de la défense iranien recherché par Interpol

Christopher Hitchens, mis à jour le 27.08.2009 à 12 h 35

Ahmad Vahidi, ministre de la défense de Mahmoud Ahmadinejad, a planifié l'attentat contre le centre culturel juif de Buenos Aires qui a fait 85 morts en 1994.

Le président des Etats-Unis, Barack Obama a déclaré à de nombreuses reprises qu'il souhaitait que la «République islamique d'Iran» revienne dans le giron de la «communauté des nations». Malheureusement, c'est justement le fait qu'il s'agisse d'une République islamique qui exclut une telle possibilité. Un excellent exemple en a encore été donné la semaine dernière quand le dictateur du pays, Mahmoud Ahmadinejad, à peine remis de son sanglant coup d'Etat, a fait part de son choix pour le poste particulièrement important de ministre de la défense. Il s'agit de Ahmad Vahidi, la seule personne dans le monde à occuper cette fonction et à être simultanément recherchée par Interpol.

Vahidi a dirigé la «Quds Force» une unité secrète des Gardiens de la révolution qui conduit des opérations clandestines à l'étranger. Selon les termes de son inculpation par la justice argentine transmise à Interpol qui l'a placé sur sa «liste rouge», il était l'un des responsables de «la conception, la planification, le financement et l'exécution» de la destruction du centre culturel de la communauté juive à Buenos Aires en 1994. L'attentat a fait 85 morts et des centaines de blessés. Parmi les cinq autres personnes considérées comme responsables se trouvent notamment: Mohsen Rezaee, ancien numéro un des Gardiens de la révolution et récemment candidat à la présidence iranienne et Imad Mugniyeh, le dirigeant basé à Damas en Syrie de la branche militaire du Hezbollah libanais mouvement considéré comme un affidé de la République islamique.

A l'époque en 1994, le Secrétaire général d'Interpol Ronald K. Noble expliquait que mettre une personne sur la liste rouge «limite les voyages à l'étranger et place le gouvernement au pouvoir dans une situation où il risque de devoir justifier pourquoi un individu présent sur cette liste a le droit de se déplacer librement». Une version différente de cette question s'est posée en 2006 quand le ministère canadien des affaires étrangères a été informé de la présence d'un certain Saeed Mortazavi dans la délégation officielle iranienne qui se rendait à Genève via Francfort à la Commission des droits de l'homme de l'ONU! Sacré ironie. Mortazavi était alors et est toujours le très craint et détesté procureur général de Téhéran qui porte la responsabilité du viol et du meurtre de la photojournaliste et citoyenne canadienne Zahra Kazemi en 2003. Il est aussi le responsable de la libération de ses violeurs et meurtriers en dépit du fait que deux commissions indépendantes les ont jugé coupables. Le ministre canadien des affaires étrangères Peter MacKay a téléphoné à son homologue allemand pour obtenir l'arrestation et l'extradition vers le Canada de Mortazavi, mais il n'a pas été assez rapide...

Il existe un grand nombre de cas similaires. En 1997, un tribunal allemand a jugé que l'assassinat de plusieurs kurdes iraniens dans le restaurant Mykonos à Berlin en 1992 a été autorisé et même ordonné par une commission du gouvernement iranien qui comprenait le «guide suprême» Ali Khamenei et le président d'alors Rafsanjani. Ce ne sera pas la seule fois qu'une enquête criminelle remontera jusqu'au chef de l'Etat iranien. Mark Bowden a montré des témoignages assez convaincants sur le fait que Mahmoud Ahmadinejad était l'un des preneurs d'otage de l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran et des élus du Parlement autrichien ont demandé l'ouverture d'une enquête sur son rôle en tant que chef des Gardiens de la révolution dans la fourniture d'armes et d'argent à un commando qui a assassiné le leader kurde iranien Abdul-Rhaman Ghassemlou à Vienne en 1989.

Le terme de Gardiens de la révolution a pris seulement depuis peu de temps la résonnance qu'il a aujourd'hui. Le coup d'Etat militaire récent à Téhéran dans lequel cette organisation a joué un rôle moteur a de nouveau attiré l'attention sur elle. Le viol et la torture de jeunes iraniens, les mauvais traitements infligés sadiquement à des femmes en public allant parfois jusqu'au meurtre, la fermeture de journaux et le procès public de politique et d'intellectuels de l'opposition, tout cela est le fait des Gardiens de la révolution.

Nos moyens sont limités pour aider et défendre les Iraniens bloqués dans leur pays. Mais il est surement temps pour la communauté internationale de parler d'une seule voix et pour dire que les dirigeants du gang de criminels qui dirige l'Iran doivent aussi être confinés à l'intérieur de leurs frontières. Peut-être que moins d'invitations au «président» Ahmadinejad à s'exprimer devant l'université Columbia à New York et peut-être que moins de pays déroulant le tapis rouge devant son ministre de la défense auraient un impact. Tout comme le fait d'empêcher des personnes connues pour avoir supervisé des meurtres et des tortures de se rendre à un sommet des droits de l'homme à Genève. Certains de ses dirigeants ont des comptes bancaires à l'étranger, la conséquence d'années de détournements de fonds et de corruption tandis que l'économie iranienne s'enfonçait dans une crise profonde. Geler ses comptes et saisir les avoirs en attendant le jour ou la démocratie s'imposera ne pourrait pas non plus faire de mal.

Quelque part caché en Iran se trouve des personnes qui ont été payées par leur propre gouvernement pour commettre des meurtres sectaires au Liban et en Irak et qui ont organisé et mené des tentatives d'assassinat contre les éditeurs de Salman Rushdie. Tout le monde sait aujourd'hui que le gouvernement iranien a perdu jusqu'à la moindre parcelle de légitimité dans son propre pays. De moindre importance est la fait qu'il se comporte aussi de façon criminelle à l'extérieur de ses frontières.

Il n'y a pas de famille des nations à laquelle il peut être invité de façon concevable à appartenir. Nous devons pour commencer clouer au sol ses dirigeants, demander l'extradition de leurs nombreux complices et exiger les mêmes lourdes sanctions contre leurs affidés dans le monde. La semaine où l'administration Obama est si volubile sur l'humiliation britannique par Mohammar Khadafi est le bon moment pour nous rappeler nos responsabilités. Khadafi, après la chute de Bagdad, a au moins renoncé à son programme nucléaire militaire. Il n'y a plus beaucoup de temps avant que les voyous, assassins et escrocs théocratiques possèdent leurs propres capacités en matière de missiles et de produits fissiles. Surtout ne l'oubliez pas.

Christopher Hitchens

Traduit par Eric Leser

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Image de Une: Les dirigeants iraniens poursuivis par la justice argentine. Ahmad Vahidi est le dernier en bas à droite.  REUTERS

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