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La Chine va arrêter de collecter les organes des prisonniers qu'elle exécute

Joshua Keating, traduit par Léa Bucci, mis à jour le 09.12.2014 à 16 h 38

Organ transplant.  Global Panorama / CMSRC via Flickr CC License by

Organ transplant. Global Panorama / CMSRC via Flickr CC License by

Les organismes de défense des droits de l’Homme estiment que la Chine est en train de diminuer le nombre de gens qu’elle exécute, bien qu’il soit encore difficile d’obtenir des chiffres solides. A partir du mois prochain, elle mettra aussi fin à l’un des aspects les plus horribles de ce procédé, l’utilisation des prisonniers exécutés comme source d’organes pour les transplantations. Cette mesure, qui a été promise il y a quelque temps, est une amélioration bienvenue pour les droits de l’Homme. Elle va aussi participer à une pénurie importante d’organes.

Avec sa population imposante et vieillissante, la Chine a un besoin évident d’organes, mais elle possède aussi l’un des taux de transplantation les plus faibles du monde. Selon les coutumes chinoises, les corps sont traditionnellement enterrés intacts et les proches de la famille sont souvent réticents à autoriser le retrait des organes. 130 personnes seulement se sont inscrites pour être donneurs d’organes en Chine entre 2003 et 2009.

Les organes des prisonniers exécutés ont souvent trouvé preneur au-delà des frontières du pays. En 2007, quand la Chine a diminué le nombre d’exécutions à l’approche des Jeux olympiques de Pékin, le prix des reins a grimpé en flèche en Corée du Sud. La même année, la Chine a officiellement banni la pratique de la vente d’organes de prisonniers chinois aux étrangers, même si un solide marché noir existe encore.

Cependant, cela ne concerne pas le problème intérieur. La Chine a admis en 2009 que 65% des dons d’organes du pays étaient obtenus sur des prisonniers exécutés. Ce chiffre est tombé à 54% aujourd’hui, selon les statistiques officielles.

C’est une bonne chose qu’une pratique atroce prenne fin, mais il est aussi vrai qu’on estime que seuls 10.000 patients reçoivent une transplantion chaque année en Chine, sur les 300.000 qui en ont besoin. Le gouvernement travaille à augmenter le nombre de dons, mais la méfiance du public envers le système de santé est importante. Les histoires de fonctionnaires de la Croix-Rouge locale qui menacent de débrancher les patients si leurs familles ne signent pas pour le don de leurs organes n’encouragent probablement pas la coopération.

Comme l’indique un reportage du New York Times, les maladies chroniques comme la cardiopathie et le cancer constituent une part plus importante du nombre de décès dans les pays en voie de développement, alors que l’espérance de vie augmente et que les maladies infectieuses autrefois dévastatrices sont sous contrôle. Voilà de bonnes nouvelles, mais assurer des soins sur le long terme pour ces maladies avec des ressources limitées va entraîner des problèmes éthiques majeurs, dont la collecte d’organes de la Chine est juste un exemple particulièrement extrême.

Joshua Keating
Joshua Keating (148 articles)
Journaliste
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